‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 42 sur 76 · RP D PEER RE ET · texte numérisé non relu

RP D PEER RE ET

toire que Miryam et les femmes israélites avaient répété dans leurs chœurs.

Je chanterai à Yahové, car il est très grand. Cheval et cavalier, il les a précipités dans la mer.

Et après cette proclamation solennelle, c’est un hymne épique en l’honneur du seigneur des batailles, du dieu qui sauve

Israël:

Ma force et ma protection ‘, c'est Yahvé, C'est lui qui m'a sauvé.

I1 est mon Dieu, je le célébrerai,

Le Dieu de mon père, je l’exalterai.

Yahvé est un homme de guerre, Yahvé est son nom. |

Les chars de Pharaon et son armée,

Il les a précipités dans la mer. ; L'élite de ses combattants

A été engloutie dans la mer des roseaux.

Les flots de l’abîme les ont recouverts.

Au fond des eaux ils sont tombés comme une pierre. Ta droîte, 6 Yahvé, magnifique dans sa puissance, Ta droite, Ô Yahvé, a écrasé l'ennemi.

Dans ta majesté souveraine

Tu renverses tes adversaires ;

Tu déchaînes ta colère,

Elle les consume ‘comme du chaume.

Au souffle de ta face

Les eaux s'amoncellent, \

Les ondes se dressent comme une digue,

Les eaux se figent dans le sein de la mer.

Il disait, l'ennemi :

Je les poursuivrai, je les atteindrai, Je partagerai le butin,

Que mon âme s’en repaisse !

Je tirerai l'épée,

Que ma main les extermine !

Tu as soufflé de ton haleine,

La mer les à engloutis.

Ils se sont enfoncés comme du plomb Au fond (des eaux puissantes.

! Au lieu de zimräti, lire avec les Septante vesiträti.

Qui est comme toi parmi les Elohim, Ô Yahwvé, Qui est comme toi magnifique en sainteté, Redoutable dans ta renommée,

Et qui accomplis des prodiges !

Tu étends ta droite,

Et la terre les ‘engloutit.

Tu conduis par ta bonté

Ce peuple que tu viens de sauver,

Tu le diriges par ta puissance

Vers ta demeure sainte.

Les peuples l'ont appris, et ils tremblent.

La terreur s'empare des habitants de la Philistie, Ils sont dans l'anxiété, les princes d'Edom,

Et les chefs de Moab sont saisis d'épouvante, Consternés, tous les habitants de Canaan,

Sur eux pèsent l'angoisse et la détresse.

Par la puissance de ton bras

Ils deviennent muets comme la pierre.

C'est ainsi qu'il à passé, ton peuple, Yahvé,

C'est ainsi qu'il a passé, le peuple que tu t'es acquis. Tu les as menés et plantés

Sur la montagne de ton héritage,

Au lieu dont tu as fait ta demeure, ô Yahvé,

Au sanctuaire, Ô Seigneur, que tes mains ont fondé. Yahwvé est roi, éternellement, à jamais.

Bien que le style et la langue de cet hymne n'’aient plus trace de la dureté archaïque, et que l’agencement strophique y soit particulièrement régulier, il n’y a pas de raisons décisives pour en contester le caractère antique. C’est toujours la note guerrière, la religion du Dieu des batailles qui prédomine, et nous y retrouvons, quelque peu atténués, les accents vigoureux

1 Le cantique de la Mer Rouge est une des pages les plus puissamment belles de l'Ancien Testament. Le fait que, dès une antiquité déjà lointaine — sans doute avant le VIIIe siècle — le lyrisme hébreu a pu parvenir à une telle perfection de forme, n’a rien d'inattendu après ce que nous avons vu dans les précédents chapitres sur l’évolution de la poésie tribale et nationale. Avec cela il y a dans tout ce morceau une fraîcheur et une intensité de mouvement qui rappellent par bien des côtés la manière primitive. V. les versets 6, 7, 9, 10.

du chant de la rentrée de l’arche et du cantique de Débora. L’horizon politique ne diffère guère de celui que décrivent les oracles de Balaam. Les Cananéens ont été vaincus, et Israël apparaît grand et redoutable au milieu de ses voisins. Quant à l’allusion à la montagne où Yahvé a fait sa demeure, elle n’indique pas nécessairement que le temple de Jérusalem aït déjà pris sa place prépondérante, ni même qu’il ait été bâti’. Les expressions behar : nakhälâtek, mâkôn lechibtekä, peuvent s’appliquer à d’autres sanctuaires qu’à celui de Sion ; elles conviennent aussi bien à toute autre des anciennes bamot d’Israël.

Le dernier stiche: Yahvé est roi! n’est pas une simple addition liturgique; il est bien une conclusion et le point culminant du cantique. Les victoires qu’Israël a remportées sur les puissances hostiles, depuis le passage de la Mer Rouge jusqu’à l’établissement en Canaan, sont la manifestation de la grandeur et de la fidélité de Yahvé. Parmi les élohim, nul n’égale le Dieu de Jacob. Le récit des grands événements de l’histoire sainte, «les justices de Yahvé* en faveur de son peuple », paraît avoir tenu une place importante dans les liturgies de fête, et cela probablement dès les premiers temps de la vie nationale. Certains critiques y ont vu une espèce d’enseignement, un catéchisme, que les prêtres répétaient devant la foule assemblée *. De là viendraient les très

? De nombreux critiques voient ici le chant de la Pâque, et d'après une hypothèse de Staerk, Lyrik, p. 23, c'est sous Josias, au moment de la fête solennelle célébrée après la réforme que ce psaume aurait été composé et chanté pour la première fois. C’est beaucoup préciser. En réalité le poète célèbre les victoires de Yahvé sur l'armée du Pharaon et sur les peuples cananéens ; mais il ne fait aucune allusion à l’institution de la Pâque.

? Conf. Juges V, 11.

$ Le fait que les traditions historiques étaient conservées dans les anciens sanctuaires, et enseignées au peuple à l’occasion des fêtes, nous paraît indiqué par diverses allusions ; Exode X, 12; XII, 86, 27; XIII, 8. Deutéronome IV, 9; VI, 6, 7. ‘Josué IV, 6, 7. Ps. LXXVIII, 1 à 4 On peut

nombreux psaumes historiques conservés dans le Psautier. En réalité, dans les plus anciens documents, et en particulier dans le cantique de la Mer Rouge, il ne s’agit pas précisément d’un enseignement, d’une démonstration didactique, mais d’un chant

considérer que nous avons dans Deutéronome XXVI, 5 à 10 un exemple particulièrement ancien de ces exposés didactiques. Au moment de l’offrande des prémices, le sacrifiant devait répéter cette liturgie :

« Mon père était un Araméen nomade. Il descendit en Egypte avec un petit nombre de gens; il s’y fixa comme gêr, et il devint un peuple grand, fort et nombreux.

Alors Jles Egyptiens nous molestèrent et nous opprimèrent et il nous imposèrent un dur travail d'esclaves.

Nous criâmes vers Yahvé, l’'élohim de nos pères, et Yahvé entendit notre cri, il vit notre oppression, notre peine et notre détresse.

Et Yahvé nous fit sortir d'Egypte à main forte et à bras étendu, et par sa force redoutable avec des signes et des prodiges.

I1 nous conduisit vers ce lieu, et il nous a donné cette terre, une terre où coulent le lait et le miel.

Et maïntenant voici que j'apporte les prémices des fruits du sol que tu m'as donné, Ô Yahvé. »

V. Gunkel : Die Sagen der Genesis dans Schriften des A. T., 1911, pp. 21 à 22 et Jirku, Die älteste Geschichte Israels im Rahmen lehrhafter Darstellungen, 1917. Sellin, Geschichte des israelitisch-jüdischen Volkes, 1, p'131.132.

C’est l’incontestable service de Gunkel d’avoir mis en lumière les * relations entre Je culte et la tradition historique dans l’ancien Israël. Le livre de Jirku pose le problème sous un aspect nouveau à propos des exposés d'«histoire sainte » contenus dans les livres historiques, dans les prophètes et dans les psaumes, et il cherche à dégager les conséquences pour l'étude des origines de l’historiographie israélite.

D'une manière générale on peut estimer que Jirku a trop accentué le caractère catéchétique de la tradition. Sans doute à l’origine s'agissaitil beaucoup plus de récits poétiques, peut-être aussi de représentations dramatiques, que de Zehrhaften Darstellungen. Conf. Mowinckel, Das Thronbesteigungsfest Yahwäs, pp. 45 à 80. D'autre part, la critique à tendance conservatrice de Jirku a quelque peu exagéré l'antiquité des documents étudiés, et ses conclusions sur la formation du Pentateuque restent «contestables. Si certains «exposés» paraissent vraiment antiques et peuvent remonter jusqu'au commencement de l'époque royale, le plus grand nombre sont plutôt des rédactions postérieures de tendance deutéronomistique, et qui portent déjà la marque de l'haggada. Quant aux psaumes historiques (ex. Ps. LXXVIII, CV, CVI) ils sont généralement parmi les plus prosaïques et sans doute les plus récents.

de louange. Le poète célèbre Yahvé, le dieu roi qui à conduit Israël, et annonce sa domination souveraine.

: Et c’est ici l’un des moments où le génie Ib s’affirme ! dans sa vigoureuse originalité. À force de grandir leur élohim national et de célébrer ses gestes et ses victoires, les poètes et les prophètes l’ont considéré comme le maître de l’histoire”. Dans le passé il a manifesté sa puissance en conduisant à main forte et à bras étendu le peuple qu’il s’est choisi. Dans lPavenir il apparaîtra de nouveau puissant et terrible, comme le héros des

vengeances suprêmes, et il exterminera les nations au milieu des catastrophes.

1 Sur les origines de l'esthatologie israélite, v. Gressmann, Der Ursprung der israelitisch-jüdischen Eschatologie, et la discussion de Mowinckel, op. cit., pp. 211 à 324.

Avec Gressmann et Gunkel nous croyons pouvoir maïntenir la signification eschatologique des psaumes de l'avènement de Yahvé. Même s'il t fallait admettre comme démontrée l'hypothèse que la mythologie eschatolo- : gique n’est qu'une projection dans l’avenir du drame d'intronisation, ce ne serait pas une raison pour contester l'antiquité de ses éléments essentiels. L'acclamation : «Yahvé règne, il vient pour juger la terre, toutes les nations verront sa gloire ! », n’a sa pleine signification qu'autant qu'elle

exprimait l'espérance d'un peuple; elle était un appel à l'avenir. Et les.

grandes actions que Yahvé avait accomplies dans le passé ne démontrent pas seulement sa force et sa dignité, elles sont le gage du triomphe suprême.

? Dans les hymnes égyptiens et babyloniens précédemment mentionnés, les dieux suprêmes sont considérés avant tout sous leur aspect naturiste et cosmique. Ils sont essentiellement les grandes forces de l'atmosphère et ide la lumière. Si l'on mentionne parfois leurs attributs sociaux — ils sont aussi les seigneurs des hommes et les maîtres de la cité — il n’est cependant pas autrement question de leur action historique.

D'autre part, s’il est vrai que Yahvé lui aussi a commencé par être un élohim naturiste, v. supra, p. 94, 95, dans la religion yahviste telle que l'ont faite les prophètes, les attributs naturistes ne sont plus qu'un décor grandiose. L'essentiel ce sont les gestes de Yahvé conduisant son peuple et établissant son règne parmi les hommes.

en

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