‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 43 sur 76 · LES LAMENTATIONS DE LA COMMUNAUTÉ · texte numérisé non relu

LES LAMENTATIONS DE LA COMMUNAUTÉ

A côté de l’hymne de louange destiné à exalter les élohim et à célébrer leur puissance et leurs bienfaits, il y avait la lamentation qui devait apaiser leur colère et provoquer leur pitié. Lorsqu'un fléau avait frappé le peuple, lorsque la sécheresse ou l’invasion de sauterelles dévastaient les vergers et les champs de blé, lorsque la peste enlevait jeunes et vieux dans les villages, ou bien lorsque les soldats ennemis avaient été les plus forts et faisaient irruption sur la terre d’Israël, on se disait que Yahvé était irrité contre son peuple et qu’il le châtiait à cause de ses péchés. Alors la foule misérable et douloureuse montait au sanctuaire pour implorer son Dieu. Et pendant que les prêtres accomplissaient les rites de purification et les sacrifices expiatoires qui devaient assurer l’expulsion des maux de la communauté, les fidèles, couverts du sac et de la cendre, exhalaient leur plainte, tantôt en une mélopée monotone, tantôt avec des cris de violente détresse.

Nous avons dans le Psautier un certain nombre de ces lamentations. (Ps. XLIV, LXX, IV, LXXIX, LXXX, LXXXIII, XC). Bien que ce soient presque toujours des morceaux très littéraires, où l’on sent le travail de composition, il est cependant possible d’y distinguer les éléments primitifs de la lamentation cultuelle. Les mêmes thèmes essentiels y reviennent dans un ordre à peu près constant et avec des expressions presque identiques.

Les deux premières strophes du Ps. LXXX nous offrent le type traditionnel du genre:

Berger d'Israël, écoute,

Toi qui gardes Joseph comme un Lo

Toi qui es assis au milieu des chérubins,

Apparais dans ta splendeur !

Devant Ephraïm, Benjamin et Manassé

Réveille ta force

Et viens à notre secours!

Elohim Tsebaot, rétablis-nous,

Fais resplendir ta face sur nous et nous serons sauvés.

Yahvé Elohim Tsebaot, jusques à quand

Seras-tu irrité contre la prière de ton peuple ?

Tu l'as nourri du pain d'angoisse t,

Tu l'as abreuvé de larmes abondantes,

Tu as fait de nous la risée ? de nos voisins,

Nos ennemis se moquent de nous *.

Elohim Tsebaot, rétablis-nous,

Fais resplendir ta face sur nous et nous serons sauvés “.

À l’encontre des critiques qui ont daté ce psaume de l’époque des persécutions syriennes’, nous y voyons les formules stéréotypées d’une plainte liturgique dont l’origine remonte aux temps anciens de la vie nationale. Yahvé y est invoqué comme le Dieu qui trône au milieu des chérubins, ce qui peut être une allusion à l’arche de Silo. Ephraïm, Benjamin et Manassé y sont seuls mentionnés, ce qui paraît bien indiquer une époque où la maison de Joseph constituait la partie essentielle d’Israël*°. D’autre part,

1 Au lieu de dim‘ lire de’ ägä.

? Au lieu de mâdôn lire mânôd.

$ Au lieu de Zâm6 lire lânoû.

4 Ps. LXXX, 1 à 8 La deuxième partie du psaume développe l’allégorie traditionnelle de la vigne de Yahvé dévorée par les bêtes des de Conf. V, 1 à 7. Jérémie II, 21.

5 L'hypothèse de l'origine macchabéenne du Ps. LXXX, émise pour la première fois par Théodore de Mopsueste, a été reprise par Hitzig, Olshausen, Reuss. Elle est encore défendue par Cheyne, Duhm et Bertholet, et avec des réserves, par la Bible du Centenaire.

D'une manière générale c'est à l’époque d’Antiochus Epiphane que l'on a cru pouvoir placer les principales lamentations du Psautier où il est question de la détresse d'Israël ravagé et opprimé par les payens. Même des critiques de l'école conservatrice comme Kittel considèrent comme macchabéens les Ps. XLIV, LXXIV, LXXIX, LXXXIV. Ceux qui n’admettent pas cette explication placent les mêmes psaumes à l’époque de la ruine de Jérusalem par Nebukadnetsar. Dans les deux hypothèses c'est beaucoup trop préciser les dates et moderniser les circonstances.

“ D'après les partisans de l’origine postexilique ou macchabéenne, la mention d’Ephraïm et de Manassé (Benjamin étant considéré comme une : glose) serait un procédé poétique et une réminiscence de l'antique, ayant pour but de désigner Israël en général, c’est-à-dire les Juifs fidèles. D’autres estiment que nous avons ici une allusion au retour des dix tribus et au rassemblement final d'Israël et de Juda, qui devaient être les actes

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