STYLE EXTATIQUE
à contraindre la réalité. Après tout cela, il restait assez peu à dire
avec des mots, et ce qu’on disait n’est pas précisément littérature … méditée et organisée: le style se ressent du caractère catastro-
phique de l'inspiration; c’est le style extatique obscur et pas-
sionné; les images s’y succèdent comme des énigmes; elles ont ” pour but, non seulement d’intensifier la pensée, mais parfois
aussi de la voiler et de la rendre plus mystérieuse. Avec cela la phrase se précipite, abrupte et violente comme l’émotion qu’elle … exprime, c’est la fureur divine qui déborde.
| Nous avons vu un exemple de ce style dans les derniers
oracles de Balaam*. On peut citer aussi la prophétie de Mikhaye- hou ben Yimla:
J'ai vu tout Israël dispersé sur les collines | Comme un troupeau qui n’a pas de berger.
Yahwvé dit :
Ces gens-là n'ont point de maître,
Que chacun retourne en paix dans sa maison !?.
et la complainte d’Amos sur la fille d’Israël :
Elle est tombée, elle ne se relèvera plus, La vierge fille d'Israël.
* Elle est étendue sur son sol,
Et il n'y a personne pour la relever...
Ainsi parle Yahvé Elohim Tsebaot :
Sur toutes les places on se lamente, Dans toutes les rues on crie hô! hô!
On appelle le laboureur pour le deuil,
Et pour le mispêd ceux qui savent les thrênes. Dans toutes les vignes on se lamente, Car je passe au milieu de toi, dit Yahwvé ?.
1 Sur les gestes extatiques et les actions symboliques qui actom- ” pagnaïent la prédication des prophètes, v. Gunkel: « Die geheimen Erfah- … rungen der Propheten, dans Die Schriften des A. T. in Auswahl, IL, LA pp. 23, 24.
Hôlscher, Die Profeten, pp. 66 à 68, et A. Causse, « Quelques remarques sur la psychologie des prophètes », dans Revue d'Histoire et de Philosophie . religieuses, 1922, pp. 349 à 356.
? En particulier dans Nombres XXIV, 17 à 19.
$ Rois XXII, 17.
ne. . * Amos V, 2, 16, 17.
Nous pouvons nous rendre compte de la place que la prophétie a eue dans le culte des sanctuaires d’après certains morceaux du Psautier, où nous trouvons d’anciens oracles devenus paroles liturgiques. Par exemple au Ps. LX:
O Yahvé, tu nous as rejetés et dispersés,
Tu t'es irrité, tu nous as mis en déroute,
Tu as ébranlé le pays, tu y as ouvert des crevasses : Guéris ses ruines, car il chancelle. .
Tu as fait voir à ton peuple de durs malheurs,
Tu nous as fait boire un vin de vertige,
Tu as donné à ceux qui te craignent un signal Pour fuir devant l'arc.
Afin que tes bien-aimés soient délivrés,
Donne-nous le secours de ta droite et exauce-nous.
— Yahvé a parlé dans son sanctuaire :
Je suis vainqueur ‘, j'ai Sichem en partage, J’étends le cordeau sur la vallée de Soukkôt. À moi est Galaad, à moi Manassé; Ephraïm est l'armure de ma tête,
Juda mon sceptre.
Moab est le bassin où je me lave,
Sur Fdom je jette ma sandale ; | Contre la Philistie je pousse mon cri’!
— Qui me conduira vers la ville forte,
Qui me mènera jusqu'en Edom ?
N'est-ce pas toi, Ô Elohim, qui nous 2 rejetés,
Et qui ne sors plus avec nos armées ?
Donne-nous ton secours contre l'ennemi !
— Vanité que l’aide de l'homme —
Avec Yahvé nous accomplirons des gestes héroïques, Il écrasera nos ennemis.
Nous avons ici un vieil oracle des guerres de Yahvé, qui nous est parvenu dans le cadre d’une liturgie de lamentation. On a en vain essayé d’y découvrir des allusions historiques précises. Les scribes qui ont rédigé les suscriptions du Psautier ont .
! Mot à mot, je tressaille d’allégresse.
* Au lieu de ’élay peléchét hitrô‘4‘i lire selon la leçon du Ps. CVIII, 10, ‘älé peléchét ‘'étrô‘d:.