ORACLES DE GUERRE
attribué le psaume à David «lorsqu'il fit la guerre aux Araméens de Tsoba et que Joab battit les Edomites dans la vallée du Sel». Des exégètes modernes, avec une non moins grande ingéniosité, ont pensé que la lamentation décrivait la grande détresse des Juifs au jour des persécutions syriennes, et que
l’oracle annonçait les conquêtes des Hasmonéens, en particulier celles de Jean Hyrkan’. En réalité, rien ne nous oblige à descendre jusqu’à une date aussi récente. Les conceptions religieuses du psaume sont d’un anthropomorphisme naïf et brutal. Yahvé y apparaît comme le Dieu national, qui sort avec les armées d'Israël pour combattre et qui pousse le cri de guerre à la tête des vaillants. Et ceci évidemment n’a rien à voir avec la théologie fortement épurée et spiritualisée du judaïsme des premiers siècles. D'autre part, il paraît bien que l’oracle-est plus ancien que le psaume lui-même*; la manière en est particulièrement primitive, et le fait que nous le retrouvons avec une introduction différente, un chant de louange au lieu d’une lamentation, au Ps. CVIII, semble indiquer qu’il pouvait servir à des usages cultuels divers.
1 Cette hypothèse a été défendue en dernier lieu par Cheyne, Duhm, Stärk et la Bible du centenaire. Kautzsch et Kittel l'acceptent avec des réserves. On fait remarquer que Juda Macchabée guerroya dans l’au-delà du Jourdain, que la Philistie fut conquise par Jonathan. Jean Hyrkan conquit Sichem et la Samarie; il soumit aussi l'Idumée. Cependant les allusions sont beaucoup moins évidentes que ne l'ont pensé les commentateurs susnommés. En tout cas au v. 8 Sichem, la vallée de Soukkot, Ephraïm et Manassé ne sont pas précisément considérés comme des terres
à conquérir, mais comme l'héritage de Yahvé qu'il s'est acquis dès les . temps antiques et comme son armure et sa parure, tandis que Moab, Edom, la Philistie sont nations méprisables, et terres maudites. Quant à la grande détresse d'Israël abandonné par son élohim, c’est là une formule classique de lamentation ; il faut renoncer à dire à quel moment elle a été prononcée pour la première fois. Nous savons seulement que, depuis le temps des Juges jusqu'à la fin de l’époque royale, les désastres et les invasions n'ont pas manqué pour Israël et pour Juda.
? C’est aussi l'hypothèse de C. A. Briggs, The Book of Psalms, 1909, II, p. 57 à 64.
Que la parole du nabi ait dès l’abord fait partie des rites préparatoires à la guerre, c’est ce qui est attesté par de nombreux témoignages: Avant de partir pour le combat on cherchait à obtenir une promesse et une bénédiction de la part de Yahvé. Quand Akhab et Yehochafat voulurent monter contre Ramoth en Galaad, ils commencèrent par consulter Yahvé:; et les deux princes vêtus de leurs vêtements royaux s’assirent chacun sur son trône à l’entrée de la porte de Samarie, et les prophètes prophétisaient devant eux‘. De même, lorsque Yehoram et Yehochafat marchèrent contre Moab, à travers le désert d’Edom, ils emmenèrent Elisée avec eux, et le prophète annonçait la parole de Yahvé dans les diverses circonstances de la campagne”, Mais le plus souvent la consultation préliminaire se faisait dans le cadre d’une fête cultuelle. Le peuple montait à la maison d’Elohim et disait la lamentation. Puis le prophète annonçait la réponse divine:
Ta main (ô roi) atteindra tous tes ennemis,
Ta droite atteindra ceux qui te haïssent ;
Tu les rendras.semblables à une fournaise ardente, Au temps où tu apparaîtras.
Yahvé dans sa colère les anéantira,
Et un feu les dévorera.
Tu feras disparaître leur postérité de la terre,
Et leur race du milieu des fils des hommes.
S'ils complotent le mal contre toi,
S'ils forment des desseins néfastes,
Ils seront frappés d'impuissance.
Tu les obligeras à s'enfuir ;
Tu tendras ton arc et tu les frapperas à à tête ?,
1 I Roïs XXII, 6, 10 à 12.
? II Rois III, 11 à 19.
* Ps. XXI, 9 à 18. Comp. les oracles de Bel et d’Assour à Asarhaddon, roi de Ninive.
Les Gimirréens à sa main j'ai livrés, Le feu au pays d'Ellipi je mettrai, Les quatre confins Assour lui donnerai.
Au-dessus de ma maison il m'ilustrera.
Ma maison grandira.
De roi égal à lui il n’y a pas.
Comme le lever du soleil il brille.