ORACLES DE GUERRE
L’oracle était sans doute accompagné d’actes symboliques qui devaient déterminer la ruine de l’ennemi. Dans la consultation décrite au chap. XXII de I. Rois, Sédécias, fils de Kenaana, s’étant fait des cornes de fer, disait à Akhab: « Avec ces cornes tu frapperas Aram jusqu’à ce qu’il soit anéanti»'. D’autres fois on lançait des flèches dans la direction du territoire de la nation qu’on voulait combattre: Le vieil Elisée mourant ordonne à Yoach de bander l’are; et posant ses mains sur les mains du roi, il lui ordonne de tirer du côté de l'Orient, puis il dit:
C'est une flèche de victoire de la part de Yahwvé, Une flèche de victoire contre Aram.
Tu battras les Araméens et tu les extermineras ?.
En même temps on prononçait la formule de malédiction conformément à l’antique coutume‘.
Nous trouvons encore quelques-unes de ces formules dans le Psautier: Ps. LXXXIII, 10 à 18; CXXIX, 4 à 8; CXXX VII,
Voïlà l'oracle que devant Bel «de la fécondité », devant les dieux on a placé.
Voici que les gens de Sarsara Fondent sur toi, font irruption contre toi.
Ils t’attaquent. Toi ta bouche tu as ouvert en criant: Pitié Assour !
Moi j'ai entendu ta voix, du haut de la grande porte des cieux ; je me montre aussitôt.
Je veux les brûler, par le feu je les consumerai. Toï, tu te tiendras debout au milieu d'eux.
De ta présence je les ôterai, Les montagnes je leur ferai gravir.
Des pierres de malheur sur eux je ferai pleuvoir. Tes ennemis je les terrasserai, De leur sang je remplirai le fleuve.
Qu'on regarde et qu'on me loue, Car Assour le seigneur des dieux, c'est moi.
F. Martin, Textes religieux assyro-babyloniens, p. 87 à 97. 1 J Rois XXII, 11, 12.
? II Rois XIII, 14 à 19.
3 Nombres XXI, 29. XXII, 6. Esaïe XV, 1.
8, 9. De l’oracle et de la malédiction avant la bataille procède tout un genre littéraire auquel les prophètes de la grande époque vont donner son développement, les paroles de Yahvé contre les peuples.
A côté des rites et des oracles de guerre se développent aussi d’autres aspects de l’activité prophétique. La parole de Yahvé, parole de destruction pour l’adversaire, est bénédiction pour les fidèles qui invoquent le nom de leur Dieu. Elle annonce délivrance au malheureux et guérison au souffrant (Ps. XII, 6; XCI, 14 à 16)‘; elle annonce au
peuple la paix et le salut, la fertilité de la terre et la pros-
périté, la restauration d’Israël au jour suprême (Ps. LXXXV, 9 à 14)’. Elle peut devenir aussi un enseignement, une tôr4. À côté de la t6râ des prêtres, de la coutume ancestrale et des rites établis, il y avait aussi l’enseignement des prophètes.
1 Le Ps. XCI, que les commentateurs ont généralement considéré comme un «psaume didactique », doit être rattaché aux liturgies d'exorcisme qui accompagnaient les rites pénitentiaux. Le prêtre annonce à l'orant la protection divine contre le filet de l’oiseleur, des atteintes de la peste, v. 1 à 13; puis l’oracle proclame la parole de délivrance, v. 14 à 16. Voir Mowinckel, Psalmenstudien III, pp. 102 à 105.
? Le Ps. LXXXV, qui annonce le retour des «captifs de Jacob», est très vraisemblablement une liturgie postexilique. Il est apparenté au Ps. CXXVI; mais ici encore l’oracle est plus ancien que la rédaction du psaume lui-même. Nous y trouvons les traits habituels de l'eschatologie populaire : La gloire de Yahvé va habiter le pays, le ciel va donner la pluie et la rosée, et Israël, dans la paix et dans la justice, jouira des fruits de son sol.
Certainement son salut est proche pour ceux qui le craignent, Et la gloire va habiter notre pays.
Bonté et fidélité se rencontreront, Justice et paix s'embrasseront ; La fidélité germera de la terre Et le salut regardera du haut des cieux.
Yahvé acordera ses biens, Et notre terre donnera ses fruits.
Le salut marchera devant lui, Et la paix suivra la trace (de ses pas.
(Au lieu de veyäsém, lire vechälôm.)
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