PROGRÈS DE L'ORGANISATION LITURGIQUE
Et cet enseignement s’exprimait, non dans des codes de lois et des préceptes immuables, mais dans la parole vivante des hommes inspirés. Nous avons dans certains psaumes quelques vestiges de ces t6rôt que les nebiim annonçaient à la foule assemblée devant le sanctuaire (voir Ps. L; LXXXI, 7 à 16; LXXXII: XCV, 6 à 11). Le Ps. L est l’oracle d’enseignement le plus complet et le plus caractéristique du genre. Il est, d’ailleurs, de date plutôt récente, et l’on y aperçoit déjà l'idéal du yahvisme éthique.
C’est ainsi que l’on peut se représenter à grands traits les origines de la littérature lyrique religieuse et l’évolution de ses
différents genres. Dans cette évolution l’influence du sanctuaire
salomonien et du clergé hiérosolymite devait être décisive. Le temple de Salomon n’avait été tout d’abord que le sanctuaire palatin, une annexe de la maison du roi. Par le luxe exotique de ses décorations et par le syncrétisme de ses rites et de ses symboles, il put d’abord apparaître comme une œuvre toute profane, une infidélité à la tradition religieuse et nationale‘, Cependant, le culte royal devait finir par prendre la prépondérance sur les cultes des bamot les plus vénérés. Le clergé hiérosolymite — sacrificateurs, chantres et servants — était nombreux et bien pourvu, et le rituel qu’il célébrait se faisait remarquer par la splendeur de ses pompes et l’éclat de son orchestrique. Et de « tout le pays » le peuple montait à Sion pour célébrer la fête”.
C’étaient là des conditions particulièrement favorables à la
2 Conf. I Sam. VII, 4 à 7 et I Rois XI, 4 à 8.
2Voir I Rois VIII, 1 à 13, 65, 66. II Rois XXIII, 1, 2, 21 à 23, et 1 Chroniques XVI, II Chroniques V, ?, XXX, XXXV, 1 à 19. Les descriptions que le Chroniste nous donne des pompes du temple et des fêtes solennelles au temps des rois de Juda sont en partie apocryphes. L'auteur a transposé dans le passé lointain ce qu'il voyait du rituel du second temple. Il n’en est pas moins vrai qu'il avait sur l'histoire du temple des documents
anciens et qu'il nous fournit dans certains cas des renseignements de valeur.
formation d’une abondante poésie hymnique*; et ce n’est sans doute pas pur caprice de la légende si les chantres des suscriptions du Psautier, Asaph, Héman, Yedoutoun, ont été placés par le Chroniste dans l’entourage de Salomon: au moment de la dédicace *. D’autre part — et c’est ici le fait capital — le jour est venu où les prophètes réformistes ont considéré Sion comme le sanctuaire par excellence, «le lieu où Yahvé a établi sa demeure », et toutes leurs aspirations se sont tendues vers la sainte montagne”. C’est alors que la littérature cultuelle d'Israël, dégagée des superstitions de l’animisme et de la magie, parviendra à sa forme la plus classique, et à son expression religieuse la plus élevée.
1 V, Sellin, Geschichte des israelitisch-jüdischen Volkes, I, p. 200.
2? I] Chroniques V, 11 à 13. Sellin op. cit., p. 183, suppose que déjà David aurait ramené des groupes de Lévites de Qadech, et ce seraient ces Lévites qui auraïent le plus contribué au développement de la poésie cultuelle dès cette époque. |
3 Comparer aux protestations d'Amos et d'Osée contre le culte des maisons royales (Amos V, 5 à 7, 21 à 27; VII, 9. Osée VIII 14; X, 8; XII, 12) l'attitude d’Esañe qui a reçu vocation dans le temple et qui annonce l'inviolabiïlité de Sion (Esaïe VI, XXXVII, 33 à 35).