‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 52 sur 76 · IV. LA POÉSIE LYRIQUE A L'ÉPOQUE ROYALE · texte numérisé non relu

IV. LA POÉSIE LYRIQUE A L'ÉPOQUE ROYALE

prises de luxe et en grandes constructions. Mais, grâce à lui, Israël vécut une heure de gloire et d'éclat profane. La maison de David comptait parmi les grandes dynasties de l'Orient ; elle dominait « d’une mer à l’autre » ; elle était en relations assidues avec les cours étrangères ; des princesses phéniciennes, hittites, moabites, et même une fille du Pharaon, étaient parmi les épouses royales; et la reine de Chéba venait du fond de l'Arabie pour contempler la magnificence et la sagesse de Salomon.

En réalité la nouvelle culture n’avait d’abord pénétré qu'une aristocratie peu nombreuse, et son champ d'influence ne s’'étendait guère au delà de la capitale et de la région immédiatement avoisinante. Les tribus, superbement isolées dans leurs montagnes, restaient fidèles à la coutume ancestrale et à l’organisation traditionnelle de la michpâkhâ. L'action du pouvoir royal y restait lointaine et intermittente autant qu'impopulaire. A la mort de Salomon les clans d’Ephraïm lancèrent le eri de révolte: « À vos tentes, Israël! » Juda seul demeura fidèle à la maison de David.

L'œuvre civilisatrice en fut retardée, mais non définitivement compromise. Au siècle suivant les Omrides parurent qui furent politiques habiles autant que vaillants guerriers. Dans des circonstances particulièrement difficiles, lorsque Damas, alors au faîte de sa puissance, établissait sa domination sur les petits peuples syro-palestiniens, ils instaurèrent fortement leur royauté et maintinrent l’indépendance d'Israël. Contre Damas ils s'étaient alliés avec Tyr, et ils favorisèrent la pénétration des modes et des mœurs phéniciennes dans le pays, ainsi que l’établissement des cultes syncrétiques.

Mais dans leur effort politique les Omrides se heurtaient aux instincts profonds d'Israël. Les éléments les plus ardents de la nation, le parti vieux yahviste, avec les prophètes et les Rekabites, s’opposèrent aux impiétés étrangères et aux ambitions de la nouvelle royauté. Et ce fut une lutte violente et sans merci,

qui devait aboutir à la chute de la maison d'Akhab et à l’extermination de la race maudite :.

Cependant, malgré ces protestations et ces résistances, il y avait quelque chose de changé dans l’âme de la nation, et, du Xe au VIII: siècle, le développement culturel se poursuit, lent mais continu. |

Et d’abord les villes, détruites ou plus ou moins diminuées depuis l’éviction des Cananéens, et contre lesquelles le paysan israélite, ainsi que ses ancêtres nomades, éprouvait une instinctive aversion, se relèvent de leurs ruines. D’après une notice du livre des Rois, Salomon rebâtit Khatsor, Megiddo, Bethoron, Baalat, Tamar et Gézer* ; Sichem avait retrouvé son ancienne

… prospérité au centre des vallées d'Ephraïm. Plus tard sous Akhab,

Khiel de Béthel rebâtit Jéricho*. Ces villes, à la croisée des chemins du pays, sont des centres pour les échanges locaux. Le commerce était resté jusqu'alors entre les mains des Cananéens, et, pendant des siècles encore le mot cananéen restera synonyme de marchand”. Mais maintenant que la population cananéenne ! a été assimilée ou asservie, les Israélites ne dédaignent pas de se livrer eux aussi au trafic, et ils commencent à y manifester leurs aptitudes. Les grandes entreprises de transit inaugurées par Salomon pour le commerce des articles de luxe et des métaux précieux : chevaux de l’Egypte, parfums de l’Arabie et l’or d'Ophir, subirent une éclipse avec le schisme des dix tribus et la décadence de la maison de David. Cependant Israël avait appris à se mêler aux peuples. Ce n’est pas en vain qu’il habite près de lune des grandes artères commerciales de l'Orient. Au siècle

1 V, Les Pauvres d'Israël, Les Prophètes contre la civilisation royale, } pp. 23 à 44. Ë 2 I Rois IX, 17. 18.

3 J Rois XVI, 34.

* Osée XII, 8.9. Sophonie I, 11. Ezéchiel XVI, 29, XVII, 4.

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