RELIGION ET ROYAUTÉ
Mais cette pensée est sans doute d’allure beaucoup trop moderne, et outre qu’elle rompt brusquement le développement de la conclusion, elle dépasse infiniment les conceptions de l’époque. Les Septante ont lu yazkiroû, «ils perpétueront ». Le seul moyen pour un homme, même pour un roi, de faire survivre son nom dans la mémoire des hommes, c’est d’avoir des fils.
* si *
Quelle était en tout ceci la place de la religion de Yahvé? Bien secondaire à première vue. Pourtant il serait inexact de prétendre que l'idéal des princes d'Israël était purement profane et sans fondement dans la tradition. Avec un sens admirable des facteurs spirituels qui commandent aux grandes transformations politiques, David avait très fortement établi les bases religieuses de l'institution royale. Il avait servi Yahvé, et Yahvé l'avait fait réussir dans toutes ses entreprises, rendant son nom grand parmi les peuples et affermissant sa mission. Désormais religion et royauté sont intimement associées. C’est au nom de Yahvé que le roi gouverne, au nom de Yahvé qu’il exerce le jugement, au nom de Yahvé qu’il combat. Le roi est un homme de Dieu comme les prêtres, les voyants et les prophètes. L’onction lui a conféré un caractère sacré, une vertu divine. Il est plus encore qu’un homme, il est comme l’un des Benê hâ’élôhîm, comme le mal’ak Yahvé.
La vieille femme de Tékoa dit à David:
«Le roi mon seigneur est comme le mal'ak hâ’ëlôhim, prêt à entendre le bien et le mal, et Yahvé ton élohim est avec toi. Mon seigneur
est sage comme le mal'ak h&ëléhim pour connaître tout ce qui se passe sur la terre » ‘.
entouré de tout un monde. Les peuples prêtent l'oreille à son chant, les générations à venir écoutent sa voix. Par lui son seigneur sera éternel. » Gunkel, Die Psalmen, p. 193.
1]. Samuel XIV, 17 et 20.
Et c’est aussi la signification de ces paroles que nous avons trouvées dans l’éloge royal, et dont les traducteurs juifs et chrétiens ont en vain essayé d'effacer le naïf polythéisme.
Ton trône, Ô élohim, est un trône d'éternité ! :.
Le culte du maître et la croyance en son caractère divin était l’un des traits fondamentaux des monarchies antiques. Et, pour ne parler que des Sémites et des civilisations qui ont exercé la plus grande influence sur Israël, dans les inscriptions babyloniennes le roi est appelé le «vicaire des dieux», «le vicaire sublime de Bel et de Mardouk », le lieutenant de la terre des dieux. Les Igigi seigneurs de la cité l’ont appelé pour régner sur les hommes, pour être leur chef et leur pasteur*.
Hammourabi proclame solennellement dans le prologue de son code:
El et Bel m'ont appelé par mon nom, moi Hammourabi, prince insigne craignant les dieux, pour promouvoir le bien des hommes, pour faire prévaloir le droit dans le pays, pour exterminer le pervers et le méchant, pour empêcher le puissant de nuire au faible, pour apparaître aux hommes comme le soleil et éclairer le pays. — Hammourabi, pasteur élu de Bel, le roi fort qui. réjouit le cœur de son seigneur Mardouk.… rejeton royal créé par le dieu Sin, le sage favori de Chamach.… *.
A l'autre extrémité de l’histoire de Babylone, Mérodakbaladan IL dans sa stèle, décrit ainsi son élection divine: :
Mardouk prit en bienveillance le pays d'Akkad, dont il s'était détourné dans sa colère. et il regarda avec.joie Merodak-baladan, roi
1 Ps XLV, 7. Les anciennes versions ont considéré que nous avions ici un vocatif adressé à Dieu et y ont vu un cri d'adoration, une pieuse parenthèse. La Bible du rabbinat français, à la suite de Hitzig et Graetz, traduit : « Ton trône, fondé par Dieu ». En réalité nous avons ici une survivance du culte du maître en Israël, et cela aussi est un argument pos l'antiquité du Ps. XLV.
? Dhorme, La religion assyro- DORE nel p. 146 à 148,
$ Code de Hammourabi, traduction Scheil. Prologue et épilogue passim.