LES PSAUMES ROYAUX
L'esprit de Yahvé parle en moi
Et sa parole est sur ma langue,
I1 a dit, l’élohim de Jacob,
I1 a déclaré à mon sujet, le rocher d'Israël :
« Celui qui règne avec justice sur les hommes,
Qui règne dans la crainte d'Elohim,
Est comme la lumière du matin quand le soleil se lève, Un matin sans nuages,
Et fait germer la verdure de la terre ‘.
N'en est-il pas ainsi de ma maison avec Dieu ? 11 a fait avec moi une alliance éternelle, Alliance bien ordonnée et bien gardée ;
Ne fera-t-il pas germer mon salut et ma joie ? ?.
Maïs les pervers seront comme les épines qu’on évite, On ne les prend pas avec la main,
Et personne n’y touche
Qu'’avec un fer ou un bois de lance ?,
Et elles sont consumées par le feu“.
C’est le roi lui-même qui parle, il est prophète et chantre inspiré, et il annonce une parole de la part de Yahvé: Le prince juste et craignant Dieu recevra gloire et force, joie, et salut. Pour lui et pour sa race, il est comme le soleil du matin qui fait reverdir la steppe. Et après la bénédiction, la parole de malé-
1 Dans le prologue de son code, Hammourabi se compare au soleil. El et Bel l'ont appelé « pour apparaître aux hommes comme le soleil et éclairer la contrée », Il est «le roi puissant, soleil de Babylone, qui projette lumière sur le pays de Soumer et d'Akkad » (traduction Scheil).
? Au lieu de khéphéts ki-lé’, lire khéphtst Rä0’..
ÿ Le texte est altéré; traduction conjecturale.
4 Que ce poème soit de David lui-même, ou qu'il ait été placé dans la bouche du roï par un poète de cour, les deux hypothèses sont également vraisemblables. En tout cas on ne saurait retenir l'interprétation qui veut en faire un morceau gnomique de date récente. (V. K. Budde, Die Bücher Samuel, p. 315.) Le morceau appartient bien au genre oracle royal, comme les Psaumes II et CX. Quant aux paroles sur les méchants (versets 6 et 7), elles ressemblent beaucoup moins à une sentence comme celles du livre des Proverbes ou du Ps. I qu'aux formules contre les rechâ‘îm employées dans les Ps. XXV, 4 à 7 et LXIX, 23 à 26.
diction prononcée sur les adversaires. Les méchants, les ennemis du roi, seront extirpés de la terre comme des épines.
Et ceci n’est plus un chant national à l’ancienne manière, mais un oracle dynastique. Israël, le peuple que Yahvé conduisait au combat comme chef suprême passe maintenant à l’arrièreplan. Point n’est question de l’alliance entre l’élohim et la nation, mais seulement de l'alliance que Yahvé a faite avec David et avec sa maison. En réalité, au point de vue religieux comme au point de vue politique, le roi est le centre d’unité du groupe social, il est à la fois intermédiaire entre Dieu et la nation, et le représentant de la nation devant Dieu‘. Comme tel il préside aux sacrifices et aux pompes sacrées. David, au jour de l'entrée de l'arche à Jérusalem, marche à la tête de la maison d'Israël et danse comme « prince du peuple »°. Salomon pour l’inauguration du temple, apparaît entouré de tous les anciens d'Israël, de tous les chefs des familles d'Israël, il offre les holocaustes et prononce les paroles sacrées au nom de «tout Israël »*?.
? Sur la fonction religieuse du roi considéré comme chef du groupe religieux voir d'une part Frazer, Les Origines magiques de la royauté, trad. française 1920, pp. 92 à 173, et Davy, Des clans aux empires, L'organisation sociale des primitifs, 1923, pp. 69 à 132. Deux conceptions sur l'origine du pouvoir également ingénieuses, mais trop étroites et. partielles, dont il y a cependant quelque chose à retenir : La souveraineté royale a ses origines dans la tradition religieuse. Le roi incarne l'âme du groupe ; en lui se concentre l'énergie divine. C'est pourquoi on considère qu'il à reçu des dieux un mana spécial. Conf. Mowinckel, Psalmenstudien II, 206.
? II. Samuel VI, 21.
3 I. Rois VIII, 5, 22.
Les prêtres du temple de Jérusalem n'ont été d’abord que des servants } chargés d'assister le prince dans l’exercice de ses fonctions cultuelles. Avant, , l'exil il n’y a pas de grand prêtre, le roi lui-même est le chef religieux.
Dans les monarchies orientales le sacerdoce est l'attribut essentiel de la royauté. Sans cette dignité le roi n'eût été qu'un tyran vulgaire. C'est pourquoi les monarques de Babylone et d’Assyrie aiment à s'appeler «prêtre saint, prêtre sublimé, conjurateur sublime ». Tiglat Phalasar invoque les dieux en ces termes: «Que les dieux Anou et Adad accordent une bénédiction bienfaisante à moi et à ma postérité sacerdotale ! Qu'ils fondent à jamais avec stabilité comme une montagne mon sacerdoce en
20 C’est ainsi qu’il Sue de se représenter les rapports du roi et de la communauté religieuse dans la liturgie du Ps. XX.
Cette liturgie consiste dans une bénédiction et dans un oracle
que l'on prononçait avant de partir pour la bataille. Le roi est | monté au sanctuaire avec ses prêtres, ses hommes d’armes, et | la foule des adorateurs qui vient invoquer le secours de Yahvé. - Et pendant qu’il préside aux sacrifices et aux rites préparatoires à à la guerre, la voix des chanteurs s’écrie:
» Que Yahvé t'exauce au jour de la détresse,
Que le nom de l’élohim de Jacob soit ta sûreté! ; Que du sanctuaire il t'envoie son secours,
‘fi Et que de Sion il soit ton appui!
ls,
‘4 fe Qu'il se Souvienne de tes offrandes
nr: Et qu'il-agrée! tes holocaustes !
# Qu'il t'accorde ce que ton cœur désire, Et qu'il accomplisse tous tes desseins !
4 Puissions-nous pousser des cris de joie pour la victoire Et exalter * le nom de notre élohim !
À Que Yahvé comble tous tes vœux!