‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 68 sur 76 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Poësie lyrique et individualisme religieux

| Au moment où nous sommes parvenus, la poésie lyrique d’Israël n’a pas encore définitivement dépassé le stade collectiviste. Même lorsqu'elle nous apparaît comme une œuvre relativement originale, et que la personnalité de l’artiste inspiré commence à s’y affirmer, elle n’en a pas moins pour but l’expression des sentiments communs au groupe. Qu'il s'agisse des anciens chants patriotiques ou des hymnes et lamentations que l’on répétait dans le culte, c’est tout un peuple qui parle par la voix du poète, tout un peuple qui dit sa joie et son orgueil, ou qui crie sa plainte vers Dieu. Quant aux prières et aux oracles qui devaient être prononcés par un individu, ou pour un individu, psaumes pénitentiaux, oracles royaux, c’étaient presque toujours des formules qui pouvaient s’appliquer à un grand nombre de cas analogues. En réalité, les variations individuelles étaient encore réduites au minimum, chaque genre développait, parfois dans des termes identiques, les mêmes motifs traditionnels, ou plutôt les variations où pouvait se manifester la fantaisie créatrice du poète tendaient à se grouper autour d’un certain nombre de thèmes que l’on reproduisait avec une relative fixité. La liberté et la subjectivité qui caractérisent aujourd’hui la création artistique étaient contenues dans des limites très étroites. Et comment aurait-il pu en être autrement dans une civilisation où la poésie, la musique et la danse étaient étroitement associées à l'institution cultuelle et sociale? Après avoir été une fonction du clan, elles étaient devenues une fonction de l’Etat et de la communauté religieuse. Elles devaient donc être régies et sauvegardées par des règles très étroites, elles partici-

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