‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 8 sur 76 · BÉNÉDICTIONS ET MALÉDICTIONS · texte numérisé non relu

BÉNÉDICTIONS ET MALÉDICTIONS

femmes et les jeunes filles qui viendront y remplir leur cruche, et les bergers qui abreuveront leurs troupeaux, chanteront aussi l'antique chanson. 4

D’autres fois cest un chant de joie, un chant de fête, comme le refrain que les membres du clan disaient au moment où la fiancée quittait la maison de son père pour aller dans la maison de son mari. Les frères de Rébecca la bénissent en ces termes:

O notre sœur, deviens

Des milliers de myriades,

Et que ta postérité s'empare Ê De la porte de ses ennemis .

Les paroles de bénédiction ou de malédiction paraissent avoir tenu une grande place dans cette poésie primitive. Dans

les anciens documents du Pentateuque nous en trouvons un cer-

tain nombre. Les destinées des tribus et des peuples sont expliquées par une sentence qui aurait été prononcée sur leur premier ancêtre ”. La bénédiction du chef de maison paraît avoir été

1 Genèse XXIV, 60. L'allusion aux portes des ennemis n’est pas

nécessairement l'indice d’une composition postérieure à la conquête de

Canaan.

Conf. Ruth IV, 11, 12 Au moment où Booz va épouser Ruth la Moabite, les gens de Bethléem réunis à la porte de la ville l’acclament avec cette bénédiction: «Que Yahvé rende la femme qui va entrer dans ta maison semblable à Rachel et à Léa qui à elles deux ont fondé la maison d'Israël, Sois puissant à Ephrata, et que ton nom devienne illustre à Bethléem. Que, grâce à la postérité que Yahvé te donnera par cette jeune femme, ta maison devienne comme la maison de Pérets que Tamar enfanta à Juda ». s

Un homme est puissant grâce au nombre de ses fils qui perpétueront son nom et dont la vaillance soutiendra le clan dans la vendetta et dans la razzia. C'est pourquoi la vertu suprême de la femme c'est d'être féconde. En enfantant beaucoup de fils elle grandit en dignité.

I1 en est encore ainsi chez les Bédouins de la péninsule arabique. « La femme est aussi désireuse que son mari de voir dans sa maison des fils vigoureux. S'entendre appeler «mère d’un tel» est un honneur qu'elle brigue avec avidité. Et cette maternité lui procurera un autre avantage, elle lui gagnera les bonnes grâces de son époux.» Jaussen et Savignac, Coutumes des Fugar&, 1920, p. 14, 15.

? Voir la malédiction de Noé sur Canaan, Genèse IX, 25 à 37, et les sentences d'Isaac sur Jacob et Esaü, Genèse XXVII, 28, 29, 39, 40.

particulièrement efficace. Mais il y avait aussi des hommes spéciaux, prêtres, voyants, prophètes, magiciens, réputés pour leurs pouvoirs, et qui savaient jeter ou conjurer les sorts par leurs paroles *,

D'autre part la bénédiction avait sa place dans le culte et elle était l’un des actes accompagnant l’action sacrée °. Une bénédiction cultuelle de couleur très antique est la parole de Melkisédeq.

Béni soit Abram de par El Elyon, Auteur des cieux et de la terre;

Et béni soit El Elyon Qui a livré tes ennemis en ta main*.

Une autre formule, qui bien que rapportée dans le Code sacerdotal n’en date pas moins de l’époque ancienne, est la bénédiction aaronide. Le prêtre élevant les mains «imposait le nom de Yahvé» sur les enfants d'Israël en disant:

Que Yahvé te bénisse et te garde!

Que Yahvé fasse rayonner sa face sur toi et qu'il te soit ia OrEbIOt Que Yahvé tourne sa face sur toi et qu'il te donne la paix ! ?

? Conf. la légende de Balaam, qui, envoyé par Balak pour maudire Israël, le bénit. Nombres XXII-XXIV, et le récit de la malédiction d'Elisée sur les jeunes garçons qui se moquaient de lui à Béthel, II Rois II, 23, 24.

? Le culte était lui-même un moyen de créer bénédiction en établissant le contact entre l’adorateur et la divinité. Voir l'étude pénétrante et suggestive de S. Mowinckel, Psalmenstudien V, Segen und Fluch in Israëls Kult und Psalmdichtung, 1924, p. 14 à 35.

$ Genèse XIV, 20. Melkisédeq ne se contente pas de bénir Abraham, il bénit aussi le dieu qu'il a invoqué. La parole sacrée, chant de louange, prière ou bénédiction, n'avait pas seulement pour but de disposer favorablement le dieu et de gagner sa grâce, elle pouvait comme le sacrifice intensifier la puissance du dieu. Mowinckel, op. cit., p. 29 à 30.

La tradition qui veut faire remonter cette liturgie à Moïse et au temps du désert n'a rien d’invraisemblable. Nous y trouvons des conceptions fortement primitives : Et d'abord l'imposition--du nom de Yahvé par le rite de l'élévation des mains, puis cette idée d’un anthropomorphisme naïf que lorsque le dieu fait resplendir sa face sur l’homme et dirige vers lui son regard, il lui procure paix, prospérité, abondance de biens.

Nous trouvons dans la littérature religieuse babylonienne des expressions parallèles. Conf. dans un hymne à Ichtar :

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De telles paroles, une fois proclamées, devaient diriger en faveur des adorateurs les énergies divines. Comme les gestes et les rites qui les accompagnaient, elles créaient le salut.

La malédiction créait le malheur et la mort. Elle aussi exerçait une influence décisive sur les hommes et sur les choses. Et quand on avait prononcé l’anathème sur le peuple et la ville ennemis’, ou sur le coupable qui avait violé la coutume ancestrale *, cet anathème agissait fatalement et il était irrévocable comme un arrêt du destin’. La sentence imprécatoire de Josué sur Jéricho: «Maudit soit l’homme qui rebâtira cette ville!» demeurera pendant des siècles”. Et à cause de la malé-

O Ichtar.…..

Là où tu regardes, le mort vit, le malade se lève, L'injuste devient juste en voyant ta face.

Que tes yeux bienveillants soient sur moi, De ton visage brillant regarde-moi avec fidélité. Dhorme, Choix de textes religieux assyro-babyloniens, 1907, p. 360, 361.

V, aussi dans un hymne à Chamach :

Qu’Ea se réjouisse sur toi, Que Damkina, reine de l'Océan, t’éclaire de sa face, Que Mardouk, le maître des Igigi, élève ta tête!

Cité par Gressmann, Die Anfänge Israels, 1914, p. 104, 105. Conf. Delitzsch, Babel und Bibel, 1°, 1905, p. 27, 28, 64, 65.

? Chez les Israélites comme chez beaucoup de primitifs, la malédiction paraît avoir fait partie des rites de guerre. (Nombres XXII, 6, Juges V, 23.) Conf. les malédictions des prophètes contre les peuples ; par exemple l’oracle contre Moab Esaïe XV, XVI. Il semble que dans certains cas, en répétant la formule d'imprécation, on lançait une flèche dans la direction du territoire ennemi. V. II Rois XIII, 14 à 19. Pour les coutumes analogues chez les anciens et chez les non-civilisés v. Fr. Schwally, Semitische Kriegsaltertümer, p. 22, 28.

? Deutéronome XXVII, 15 à 26. La malédiction était une sanction pénale grandement redoutable que les juges, prêtres ou anciens pouvaient prononcer contre certains crimes. 5

# Telle était la puissance de la parole magique. Bénédiction ou malédiction, elle opère ex ore orato. Isaac trompé par Jacob a prononcé sur lui la bénédiction qu'il destinait à Esaü. Revenu de son erreur, il ne

. songe pas à retirer les paroles qu'il a dites, il sait qu’il ne peut plus en arrêter l'effet. Genèse XXVII.

* Josué VI, 26. Conf. I Rois XVI, 34.

diction de Noé: « Maudit soit Canaan!..» tous Es Crée ê seront vaincus et réduits en servitude *. ÿ 4 à | Parmi les chants et les paroles sacrées des Benê Israël à: l’époque nomade il convient aussi de mentionner la complainte funèbre. Quand un membre du clan venait à mourir, ses proches L se réunissaient autour de la tente; ils se déchirairent les vêtements, se revêtaient du sac, se voilaient le visage, se rasaient la Lie chevelure et se faisaient des incisions. Puis ils chantaient la

dy lamentation: 4 à s hô! hô!? |

où bien encore ‘1

hôy ‘dkhi hôy ’akhôt ! 43

hélas, mon frère, hélas, ma sœur! 4

Et quand c'était un chef on ajoutait:

hôy 'âdôn vehôy hôdô!

hélas, seigneur, hélas, sa majesté ! ?

j De bonne heure on doit avoir ajouté à ces exclamations mispéd des chants de plus ou moins grande étendue. C'était la

| comiplainte, la gêné. NS La qginâ aura un jour ses spécialistes, les pleureurs et les.

pleureuses, ceux qui savaient les complaintes'. Maïs à l’origine M

elle ne se distinguait sans doute pas du mispêd*.

Genèse IX, 25 à 27.

Amos V, 16.

Jérémie XXII, 18. I Rois XIII, 30. | Jérémie IX, 16. C'étaient généralement les femmes qui chantaient les complaintes. De même chez les Arabes. V. Wellhausen, Reste arabischen Heidentumes ?, 1897, p. 177, 181, 172. Cependant les hommes pouvaient aussi y prendre part. Conf. Amos V, 16; Jérémie VII, 29. Chez les Babyloniens les pleureurs répondaient aux pleureuses. V. A. Jeremias, Hôlle ee Paradies bei den Babyloniern*?, 1903, p. 11.

5 V. Amos V, 16: On appellera le laboureur au deuil (‘ébél), et à la lamentation (mispéd) ceux qui savent les thrènes (yôde‘é néhi). Ici néht est un synonyme de gind.

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