‹ Les plus vieux chants de la BibleChapitre 9 sur 76 · LME LA FORME ET LE RYTHME · texte numérisé non relu

LME LA FORME ET LE RYTHME

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Ces chants, dont nous retrouvons des parallèles, non seule-

ment chez les Sémites anciens et modernes, mais aussi chez un

très grand nombre de primitifs’, n'avaient pas. seulement pour . but d’exprimer la douleur des parents et de rendre honneur au

mort, ils étaient un véritable rite cultuel, qui devait assurer le * repos de l’âme dans la tombe et préserver les vivants d’influences

néfastes ?.

La poésie hébraïque à ce premier stade est un art encore très rudimentaire et d’une extrême simplicité. C’est le lyrisme dans sa forme populaire et alittéraire. Les dimensions des chants sont restreintes : un, deux, trois stiches que l’on répète un très grand nombre de fois, à intervalles réguliers et dans une certaine cadence.

Nous sommes encore tout près de la nature. La phrase poé- !

tique est comme le cri dé joie ou de détresse qui jaillit du cœur

? Pour les parallèles palestiniens et arabes à l'époque actuelle v. G. Dalman, Divan, p. 322 à 344 A. Musil Arabia Petraca III, 425 ss. Pour les chants funéraires en général v. Bôckel, Psychologie der Volksdichtung, p. 100 à 130.

Comp. le mispêd hébraïque dans sa forme primitive à la plainte funèbre que chantent les femmes du Sud-Ouest australien pour l’enterrement d’un jeune homme.

Les jeunes femmes disent :

«Mon jeune frère ! »

Les vieilles femmes disent :

«Mon jeune fils ! »

Ensemble :

«Jamais je ne le reverrai, Jamais je ne le reverrai. »

E. Grosse, Les débuts de l’art, traduction française, 1902, p. 182.

? V. l'étude fondamentale d’Ad. Lods, La vie future et le culte des morts dans l'antiquité israélite, 1906. Conf. Grüneïisen, Der Ahnenkultus und die Urreligion Israels, 1900, p. 61 à 104, et H. Jahnow, Das hebräische Leichenlied, 1923, p. 1 à 57.

des hommes”. Pourtant il y à déjà un ordre rythmique constitué par la répétition et le parallélisme, et sans doute aussi par une certaine disposition des syllabes et des tons”. Le rythme est la forme musicale qui accompagne naturellement l'expression poétique. Parole et musique ont paru en même temps, elles sont également essentielles, et elles resteront longtemps inséparables. Ce

1 De là la fréquence des interjections, des appels, des onomatopées : dans la poésie primitive. Souvent même le chant n’est qu'une NOTE de cris modulés, de sons plus ou moins incompréhensibles.

2 Le procédé poétique le plus universellement usité RUE avoir été d'abord la simple répétition de la phrase. Le parallélisme a ajouté à cette répétition une espèce de balancement de la phrase et de la pensée, un rythme encore très primitif analogue aux ondulations et aux vibrations qui sont dans la nature. D'autre part les exigences de la diction musicale supposaient un ordre métrique élémentaire. V. E. Schmidt, Die Anfänge der Literatur dans Die Kultur der Gegenwart!, VII, 1906, p. 6 à 10.

Dans la pensée hébraïque le parallélisme est le seul procédé prosodique que nous connaissions avec quelque certitude. Il consiste dans la juxtaposition de deux ou plusieurs memibres de phrase symétriques et se * répondant l'un à l'autre par leur sens. Tantôt c'est une même idée qui s'exprime en deux stiches analogues, tantôt se sont deux idées posées en antithèse, tantôt c'est la pensée qui se développe logiquement, us gresse et se complète d'un stiche à l’autre.

Quant à une véritable organisation métrique superficiellement affirmée par Josèphe et St. Jérôme, on n'est pas arrivé à en retrouver exatte- ment Îles lois. Les travaux de Ley et de Sievers, attribuant à chaque vers. un nombre constant de temps forts alternant, d'après Sievers, avec certaines syllabes non accentuées, ont orienté les recherches vers la solution vraisemblable. Cependant, l'application que Sievers a donnée du système est parfaitement artificielle. Le fait que l'hébreu, depuis plus de deux mille ans, à cessé d'être une langue vivante, et que la vocalisation et l'accentuation attribuées par les massorètes aux textes bibliques diffèrent sans doute sur bien des points de l'accentuation et de la vocalisation primitives, n'est pas pour faciliter les essais de reconstruction. Dans tous les cas, on ne saurait parler de règles rigoureuses, comme dans la poésie classique. La poésie des primitifs, pas plus que leur musique, n’a un rythme parfaite ment régulier.

Parmi les nombreuses études parues sur la question de la prosodie hébraïque, il faut signaler les exposés de Budde: Die Gesetze der hebräischen Dichtung dans Geschichte der althebräischen Litteratur, pp. 23 à 82, et de Ad. Lods : L'état actuel des recherches sur la métrique hébraïque, dans le Bulletin de la Société Ernest Renan, I, pp. 52 à 61.

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