‹ Les Pneumonies expérimentales à RickettsiasChapitre 35 sur 55 · C. Maladie de la Souris · texte numérisé non relu

C. Maladie de la Souris

Avec une émulsion de 1 à 3 poux par souris, ou avec une dilution de poumons infectés de virus au 1/10, ces animaux meurent en quarante à soixante heures. L'animal revient rapidement de son anesthésie et semble en parfait état; la température prise huit à vingt-quatre heures plus tard est normale ou un peu abaissée, sauf si l’anesthésie a été trop poussée ou si un trop grand volume de liquide a été inoculé ; le choc se traduit alors par une hypothermie plus ou moins marquée. Après une inoculation bien faite, l'hypothermie typhique débute au bout de vingt-quatre à trente-six heures, au moment où l’animal montre les premiers signes de malaise : poils hérissés, paupières collées; il se meut peu volontiers et commence à accélérer ses mouvements respiratoires. À mesure que progresse l'infection, augmente Fabattement. Tout à à fait dyspnéique, le poil souvent mouillé sur la partie postérieure du corps, la souris

reste immobile. Si on la prend par la queue, celle-ci

ER OPÈLS

est froide, et le thermomètre indique une baisse très rapide et très prononcée. Certains animaux descendent, avant de mourir, au-dessous de 24°. Cette baisse thermique ne peut être systématiquement attribuée à l’oblitération du poumon, qui provoquerait une diminution des échanges respiratoires, car certaines souris ont une température très basse, et lorsqu on les sacrilie, on est tout étonné de ne trouver

que des lésions macroscopiques minimes.

Il n'est pas rare, dans ce cas, de trouver de très nombreuses rickettsias dans les frottis de poumons

sains en apparence.

Toutes les fois qu une souris inoculée de typhus par voie pulmonaire a une température supérieure à 30, il y a bien des chances qu'une complication quelconque soit intervenue, infection secondaire, perforation intestinale par le thermomètre (exception nelle avec un personnel exercé), et l’on peut être en principe assuré que lon ne trouvera que peu :i

rickettsias à l'autopsie.

D. Lésions pulmonaires.

Les animaux mourant au cours de la journée sont immédiatement autopsiés. Ceux dont une température égale ou inférieure à 30° montrent qu'ils ne passeront pas la nuit sont sacrifiés par chloroformi-

sation et autopsiés.

Lg

Les souris mortes spontanément présentent toujours une hépatisation hémorragique massive ; les poumons turgescents sont rouge foncé ; ils laissent échapper à la coupe une abondante sérosité sangui-

nolente.

Celles qui ont été sacriliées montrent plus rarement pareille hépatisation, même limitée. Il leur reste presque toujours une petite portion de parenchyme pulmonaire intact en apparence, portion qui peut, d'ailleurs, être assez étendue; rarement le poumon entier semble normal. Les régions hépatisées englobent une partie d'un ou plusieurs lobes où bien la “totalité d’un ou plusieurs lobes. Elles sont souvent centrales. Plus souvent qu'hémorragique, la lésion se présente macroscopiquement sous un aspect OTis rougeâtre, plus où moins foncé, parfois translucide sous une pelite épaisseur, ne laissant pas écouler de sérosité à la coupe, et plongeant franchement dans l'eau.

En dehors des lésions pulmonaires, l'autopsie des animaux ne montre rien d'autre, sauf parfois une certaine congestion du foie et de la rate.

Si l'on recherche la présence des rickettsias sur frottis des divers organes de ces souris, on n en trouve pratiquement nulle part en dehors des poumons. Ni le foie, ni [a rate, ni le rein (parenchyme ou capsule), ni le péritoine, ni les vaginales, ni le cerveau, n'en montrent. L'étalement du produit de raclage de la.

RIT TEE

plèvre pulmonaire renferme un certain nombre de cellules à rickettsias, dont la plupart sont remarquables par ie nombre de ces éléments qui y sont con-

tenus.

- Par contre, les frottis pulmonaires laissent voir en sénéral, après coloration au Giemsa ou au Castaneda, des quantités énormes de rickettsias. Celles-ci sont, pour la très grosse majorité, extra-cellulaires, probablement par éclatement des cellules-hôtes, lorsque Ja souris meurt ou est sacrifiée en hypothermie 48 heures environ après l'inoculation. Dans ces conditions, il y a un certain parallélisme entre l'importance des lésions et le nombre des rickettsias: mais ce nest pas constant, et l'on peut trouver beaucoup de rickettsias dans des parties de poumon apparem-

ment normal.

Avant ou après ce délai, les rickettsias, moins nombreuses, sont plus souvent intra-cellulaires, que ce soit dans les cellules du type endothélial ou dans des polynucléaires. Lorsque la survie de la souris se prolonge, les rickettsias tendent à disparaître malgré que des lésions très intenses et très étendues puissent

subsister.

E. Virulence des poumons.

La virulence a été étudiée chez les souris en in-

stillation pulmonaire, et chez le cobaye, réactit ty-

pique du typhus historique, inoculé par voie périto-

néale.

Enfin, on en peut rapprocher les réactions provo-

quées par l'injection intra-dermique chez le lapin.

a) Souris.

Les souris inoculées avec une dilution de poumon au 1/10 meurent au bout de quarante à soixante heures, celles qui ont reçu une dilution au 1/100 au bout de quatre-vingt à quatre-vinget-dix heures. Chez les unes et les autres, les lésions sont intenses, avec rickettsias très abondantes.

Avec une dilution au 1 7 1.000, un certain nombre de souris meurent après une huitaine de jours, avec lésions étendues et assez nombreuses rickettsias : d'autres survivent; si elles sont sacrifiées tardivement on note la présence de lésions discrètes et de rares

rickettsias.

La dilution au 1/10.000 donne seulement une fièvre légère avec, si on les sacrilie, très peu de lé-

sions.

b ) Cobaye.

Des dilutions différentes sont injectées par voie

péritonéale. Un dixième de poumon provoque une

fièvre élevée après moins de quarante-huit heures.

pes fl

L'incubation monte à deux jours et demi environ,

pour le 1/100 et le 1/1.000: elle est de sept jours

pour le 1/10.000, le 1/100.000 et le 1/1.000.000 ; du 1/10.000.000 au 1/100.000.000, les cobayes font quelques poussées autour de 40°. Enfin, un cobaye inoculé avec un trillionième de poumon présente, après douze jours, une fièvre élevée. Du sang de cet animal, prélevé au 3° jour de la fièvre, inoculé à deux cobayes, donne après une semaine une fièvre

à plus de 40°.

Son cerveau inoculé donne le typhus à des cobayes sains et ne provoque rien chez des cobayes

ayant déjà eu le typhus.

L'épreuve par inoculation de 1/40 de cerveau de

cobaye infecté de la souche de Nicolle, montre que

les cobayes ayant reçu au moins 1 millionième de poumon sont complètement immunisés. Ceux ayant

reçu des dilutions plus élevées réagissent à l'épreuve.

c) Injection intra-dermique au lapin.

Les poumons de souris inoculées de typhus historique, broyés et inoculés dans le derme de lapin provoquent chez cet animal des réactions nodulaires semblables à celles qu'a obtenues P. Giroup, par des injections d'émulsions de vaginales de cobayes

ou de rats infectés de typhus murin. Ces réactions

sont également empêchées par l'adjonction à l'émulsion de poumon, d'un sérum de convalescent de typhus. On est donc en possession d'une forme de virus qui doit permettre d'évaluer avec plus de précision les anticorps contenus dans un sérum de convalescent de typhus historique donc homologue, que ne le faisait la méthode primitive de Giroup à l’aide du virus murin hétérologue. Les poumons de souris donnent assez régulièrement une bonne réaction nodulaire dans le derme du lapin à la dose de 1 dix-

millième de poumon.

Enfin, bien que l'on ne puisse découvrir de rickettsias par la méthode de frottis, les organes, tels que le cerveau ou la rate de souris infectées de typhus historique par voie pulmonaire, ont pour le cobaye une virulence certaine et parfois élevée. Ainsi, 1 /10 de cerveau de souris donne le typhus, lorsqu'il est injecté par voie péritonéale, chez le cobaye, au bout de cinq jours d'incubation. II en est de même de la rate, à la dose identique de 1/10 de rate.

Un dernier fait sur lequel il y a lieu d'attirer l'attention est l'asepsie relative des poumons de souris typhiques, déjà signalée par CASTANEDA. Les cultures sur gélose ordinaire ou sanglante du produit

e broyage de ces poumons, donnent relativement peu de germes, et parfois pas du tout. Des rats et des cobayes ont reçu dans le péritoine des quantités

considérables de poumons de souris typhiques : en

particulier au cours d'essais de sérum, des doses de 1/10 de poumon broyé ont été mises en contact avec 1 cc. de sérum dilué ou non, et le tout, après une heure de séjour à l’étuve, a pu être inoculé dans le péritone de rats ou de cobayes sans provoquer de réaction septique; et même une vingtaine de cobayes ont reçu 1/4 de poumon mélangé à 1 cc. de sérum,

sans réaction.

De même, il faut remarquer combien f'inoculation par voie pulmonaire chez la souris, malgré des conditions peu aseptiques, amène rarement une infection secondaire du poumon. Sur de nombreuses centaines d'animaux utilisés, deux souris seulement sont mor-

tes d infection secondaire à pneumocoque.

Bien mieux, les auteurs sont arrivés à inoculer des poumons de souris mortes depuis plusieurs heures par temps chaud. Bien qu ils montrassent au microscope des bacilles dus à la putréfaction de F'animal, | l'inoculation a permis cependant de recueillir des

rickettsias à l'état de pureté.

Page 1