‹ Les Pnongs, peuple sauvage de l'Indo-ChineChapitre 3 sur 6 · VI · texte numérisé non relu

VI

l’idée de dieu, immortalité de l’ame, SORCEL- I LERiE. — Le Brah est une sorte d’esprit suprême, i de Dieu, qui n’est ni mâle ni femelle ; c’est lui que | les Cambodgiens nomment l’Arak thom, le grand j esprit (i). Il n’a ni subordonnés, ni égaux, mais il i peut se transformer en homme, en femme, en ani- | maux. Ce mot Brah est commun aux Pnongs, ; aux Stiengs, et peut-être à d’autres races. Partout il désigne un esprit. Dieu peut-être. Pour les Pnongs il est bon ou mauvais selon qu’on est bon , ou mauvais. Il récompense les bons en leur donnant | de la chance, en leur faisant trouver de l’ivoire, ; des cornes, en leur procurant une bonne chasse, en ' leur faisant rencontrer des pierres portant des em- | preintes d’animaux, de végétaux, ou des pierres | que les serpents ou les oiseaux laissent tomber et qu’on nomme louk kléang, pierres portées. Ces

(i) C’est par ce mot cambodgien que les pnongs traduisent leur mot Brah et jamais par Préas Path (Buddha), bien que le mot Préas ou prah paraisse le voisin de celui qu’ils emploient. Le mot prao, chez les Bahnar est un dragon fabuleux. Quant au mot arak, je le crois celui du dieu des Kmers avant leur conversion au brahmanisme, c’est-à-dire le nom de leur premier dieu.

pierres sont des fétiches qui procurent le bonheur et la santé à ceux qui les possèdent. Le Pnong les conserve précieusement, les renferme dans des bouts de chiffons et les traite comme ses dieux lares.

En outre, le Brah récompense ceux qui lui font des offrandes, qui lui sacrifient des buffles ou des porcs, et même ceux qui pensent à lui. Il punit les voleurs, les assassins, les menteurs et les autres méchants. C’est pour cela qu’il faut lui rendre un culte, proscrire l’ivrognerie les jours de fêtes, les jours où on conclue une affaire par un festin. Quant on part pour une expédition, il accompagne les guerriers et les aide à vaincre.

Quand on lui fait une offrande, on lui dit : « Brah, venez manger ce que nous vous offrons, ce cochon (ou ce bœuf, ou ce buffle) et donneznous du riz, le bonheur, la paix, la santé dans notre famille et dans notre village ».

Au dire des Pnongs, il n’y a qu’un seul Brah, mais ils pensent qu’il a autant de noms qu'il y a de races d’hommes, et que chacun lui donne le nom qui leur plaît et qui lui plaît. Il n’a pas de forme, on ne l’a jamais vu, mais il voit tout, sait tout et peut être partout à la fois. On n’a jamais entendu sa voix, on ne l’a jamais entendu marcher, mais tout le monde sait qu’il existe et la preuve que donnent les Pnongs de son existence, est que tous les hommes pensent à lui. Les penseurs disent

Adhémard Leclère.

que Brah est une émanation de la terre et de l’eau, mais nul ne sait expliquer comment s’est produite cette émanation ni dire sa cause. On croit qu’jl est de toute éternité, qu’il a toujours vécu. Il communique avec les humains par leurs rêves ; il les fait naître et mourir ; il produit les accidents, les maladies et tout le bien, tout le mal dont ils profitent ou dont ils souffrent. On ne sait pas dire pourquoi il est ainsi providence et justicier, mais nul ne doute au pays pnong qu’il punit et récompense.

Il n’a pas de lieu consacré à son culte; il n’a pas de temple, pas de maison, pas de pierre fétiche qui passe pour le contenir ou le représenter. Cependant il y a au pays pnong des endroits où chaque passant jette une pierre, ce qui finit par faire un tas. On ne sait pas au juste pourquoi on jette cette pierre et ce que signifie ce tas, si ce n’est qu’on rend hommage à quelque chose, mais on la jette parce que cela s’est toujours fait. Les Cambodgiens nomment ces tas de pierres thmar pnon (tas de pierre) et les Pnongs book pmi, deux mots qui ont le même sens et qui ont certainement la même origine (i).

(i) Le mot stieng bûn signifie « mettre en tas, entasser », le mot bahnar buôn buân signifie « vouer quelque chose aux divinités ». — Ce tas de pierres est souvent le tombeau de guerriers morts en combattant, auxquels tous, amis et ennemis, rendent hommage avec une pierre mise au tas en passant.

Les morts sont toujours enterrés sur le territoire I que la tribu considère comme lui appartenant^ toujours assez près du village, jamais sur un territoire qu'un autre groupe pourrait revendiquer, presque toujours au bord de la route, ou au carrefour de deux routes, afin que sans se déranger, on puisse j leur rendre visite plus souvent, afin que les morts soient moins abandonnés. C’est pour les enterrer près des leurs, qu'on ne laisse pas ses morts sur le champ de bataille et qu’on les rapporte quelque soient les dangers à courir. L’inhumation d’un mort près d’un village auquel il était étranger par les gens de son village peut amener la guerre ; c’est en tous cas une cause de difficultés qu’il faut régler avec des palabres, des compositions et terminer par un festin. Il en est de même quand un pnong étranger à un village y méurt; ses proehes le croient victime de la méchanceté des gens du village où il est mort et réclament une composition. On porte le deuil d’un père, d'une mère, d’un oncle, d’un mari, en lui sacrifiant sa chevelure qu’on ensevelit avec le corps. Alors les cheveux coupés au ras du cou, sont portés sans chignon.

Les Pnongs ne croient pas que tout disparait de l’homme à sa mort et n’admettent pas la réincarnation. Les parents d’un décédé disent qu’il est venu rôder autour d’eux et qu’il cherche constamment quelqu'un à entraîner avec lui. On n’a jamais rencontré un revenant, parce que ce qui re-

Adhémard Leclère.

vient c’est le corps invisible du mort, mais personne ne doute qu’il y en ait partout. On ne sait où ils habitent, mais on est porté à croire qu’ils continuent d’occuper le tombeau où le cadavre est enfoui. On croit que les père et mère, que les ancêtres veillent après leur mort sur leurs enfants et sur leur descendance.

SORCELLERIE, — Les Pnongs croient aux sorciers (chah) et aux sorcières (chah pouk)-, nul ne doute qu’ils connaissent des moyens magiques de faire mourrir ceux qui leur déplaisent. Aussi quand un sorcier ou une sorcière est dénoncé, le village le saisit, ouvre une enquête, procède à une épreuve et le supprime si l’enquête et l’épreuve lui sont défavorables.

Si, à la mort de quelqu’un, on soupçonne qu’elle est l’œuvre d’un sorcier ou d’une sorcière, si le mort avant de mourir l’a déclaré, si la famille l’affirme, le village se réunit. On discute un instant, et, s’il y a des doutes, on procède à l’épreuve suivante : on fait fondre du plomb, puis on verse quelques gouttes d’eau ; si le plomb fondu se disperse violemment, on conclut que la mort est certainement l’œuvre d’un sorcier ou d’une sorcière. On cherche le coupable, et on arrête celui ou celle sur lequel les soupçons se sont portés, celui ou celle que son air étrange, son oèil vif, mobile et brillant a signalé, et on le soumet à une autre épreuve. On lui verse dans la main du

Les Tnongs.

I plomb fondu ; si le plomb ne brûle pas la ffîain, l’inculpé est innocent ; s’il y fait une brûlure ou s’il refuse de subir l’épreuve, il est coupable, et on le tue. Quand les accusations désignent une sorcière appartenant à un autre village, on informe celui-ci. S’il refuse l’épreuve, ou s’il refuse de livrer la sorcière, on lui déclare la guerre.

Ayant un jour à m’occuper d’une sorcière que tout son village accusait de sorcellerie et d’avoir fait mourir six personnes, j’appris qu’elle avait refusé l’épreuve et que son mari, sur ce refus, l’avait abandonnée aux gens du village. Comme c’étaient des Pnongs soumis des environs de Kratié, ils n’avaient pas osé la mettre à mort et venaient me demander l’autorisation de me l’amener. Je discutai un instant ce qu’ils nommaient les preuves, et toujours ils me citaient son refus de subir l’épreuve. Je leur dis que cette femme avait raison, parce cette épreuve ne prouvait rien et que le plomb fondu versé dans la main y faisait toujours une brûlure. Ils souriaient d’un air incrédule et se regardaient. « Alors, leur dis- je, vous êtes tous des sorciers et je vais vous le prouver. Je vais faire fondre du plomb et je vous le verserai dans la main. Voulez-vous tenter cette épreuve ». Ils refusèrent tous et après m’avoir longtemps regardé, ils baissèrent la tête paraissant réfléchir. Je fus obligé de me faire amener la sorcière et son mari afin d’empêcher ces gens de la tuer à leur retour.

Aàhémard Leclère.

J’ai dit plus haut que Brah procurait des pièces fétiches à ceux qui l’invoquaient ou lui rendaient un culte. Ces pierres sont considérées comme extrêmement précieuses. On les enveloppe dans des chiffons et on les garde soigneusement pour se les transmettre de générations en générations, car elles procurent le bonheur et assurent la durée de la famille.

PRÉSAGES. — Ils croient aussi aux présages. Tel oiseau rencontré le matin quand on part en expédition, en voj^age, est un mauvais présage; de même le cri de certains oiseaux entendus sur la gauche. Alors, il est inutile d’aller plus loin; on rentre au village pour attendre le lendemain; si le lendemain, le même présage ou tout autre, également défavorable se reproduit, on rentre encore, et ainsi de suite, tous les jours, jusqu'à ce que la route soit «ouverte». Les Cambodgiens, les Laotiens, les Siamois du peuple cioient aussi aux mêmes présages, mais en tiennent moins compte.

IGNORANCE DES PNONGS. — Les Pnongs ne savent pas comment la terre est faite, mais ils croient qu’on peut en trouver le bout. Ils croient qu’elle a toujours existé et qu’elle durera toujours. Ils ne sauraient dire pourquoi elle est peuplée de races différentes.

Les Stieng et les Bahnar nomment Iç soleil nar,

Les Tnonqs.

qui veut dire aussi « jour», les Pnongs lui donnent le nom de nai'l, qui a aussi le même sens (i). Les Cambodgiens donnent à la lune le nom de hhê, les Pnongs et les Bahnar celui de khay ou hhey. Les étoiles sont nommées manh par les Pnongs qui ne leur donnent aucun nom particulier. Ils disent que le soleil ou la lune « monte » (haau) et «disparaît » (nhâp) quand l’un de ces astres se lève ou se couche.

Les Pnongs n’ont pas de mots pour nommer les années qui, chez les Cambodgiens, les Annamites, les Marmons, les Birmans, ont un nom qui revient tous les douze ans ; ils n’en ont pas davantage pour nommer les mois et les jours. Ils ne connaissent pas la semaine et ne comptent pas par lune. Les plus intelligents, ceux qui ont été en rapport avec les Cambodgiens, disent quelque fois le quantième de la nouvelle lune, mais comme ils datent le premier jour de la lune du jour où ils la voient paraître, ils ne sont jamais d'accord avec les Cambodgiens.

l’alimentation. — Les Pnongs mangent, en général, le matin en se levant, dans le milieu du jour et le soir un instant avant que le soleil se

V) Le mot cambodgierx qui désigne le jour est thngay et ce mot est aussi le nom vulgaire du soleil,

Adhérnard Leclère.

couche ; mais ses repas ne sont pas si régulier que le dit ce qui précède ; car, en ontre, ils mangent ce qu’il leur tombe sous la main. Les repas fixes sont les repas préparés par les femmes, principalement les repas chauds et d’aliments cuits.

Les Pnongs, comme tous les sauvages d’ailleurs, mangent tout ce qui peut être mangé sans danger, la chair de tous les animaux, y compris ceux des chiens, des chats, des rats, des serpents, les sauterelles, les grosses fourmis rouges ou noires, les lézards, les vers blancs, les grenouilles, les crapeaux, et même le placenta des vaches et des bufflesses;! ils mangent tous les poissons sans en excepter un seul et tous les végétaux tendres, les patates, les racines de certaines plantes et lierres, les feuilles' tendres de cinquante espèces d’arbrisseaux. i

Cependant, si les Pnongs pris comme peuple se; nourrissent de toutes les choses mangeables qui leur tombent sous la main, chaque famille a telle: chose que nul de ses membres n’ose manger. Ici c’est la viande du daim, ici celle du lièvre, là la' chair de la tortue, plus loin le grillon, etc., etc. Nul! de ceux qui s’abstiennent de cette chose, ne peut! dire pourquoi elle est véal pour leur famille ; elle! est vèal parce qu’elle était véal pour leurs aïeux, parce qu’elle est vèal dans leur famille. S’ils mangeaient une chose véal, il est bien certain qu’ils tomberaient malades et presque certain que lal mort suivrait. J’ai plusieurs fois essayé de faire

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rompre cette défense, j’ai toujours échoué devant la crainte.

Ils salent les aliments avec du sel marin quand ils ont pu s’en procurer soit aux marchés du grand fleuve, soit par échange avec les commerçants chinois et surtout cambodgiens qui parcourent leur pays avec des charrettes et les exploitent durement. Quand ils n’ont pas de sel marin, ce qui est souvent ^e cas pour les villages éloignés de 150 kilomètres des centres cambodgiens, et s’il est indispensable de saler les aliments, on met de la cendre dans de l’eau et on emploie cette eau à les cuire.

Le riz le plus ordinaire est le riz gluant qui provient des rizières sèches. On le fait cuire, soit à la mode cambodgienne dans des marmites en terre, avec très peu d'eau, ou même à la vapeur après qu’il a été bien lavé et aussi trempé que possible, soit à la mode des sauvages dans un bambou où, après avoir été bien lavé, il est enfermé et jeté sur les charbons; quand le bambou est brûlé, le riz est cuit à point. Ce dernier procédé n'est plus guère employé par les Pnongs que lorsqu’ils voyagent sans leurs marmites. Ils savent saler le poisson et les viandes ; mais comme ils ont rarement et toujours peu de sel à leur disposition, ils préfèrent les fumer ou simplement les faire sécher au soleil.

Les Pnongs mangent avec les doigts, comme les Cambodgiens, leurs voisins civilisés, et comme tous

i8o Adhémard Leclère.

les sauvages. Les hommes mangent à part ; les 5 femmes et les enfants mangent après eux, mais il ^ n’est pas rare de voir les enfants s’accroupir et \ manger avec leur père. Ils mangent à terre sur j des feuilles posées sur les nattes grossières qu’ils | savent faire avec du rotin. Mais ceux qui sont en ( relations avec le pays cambodgien ont déjà rem-, , placé les feuilles par de petits bols et même par | des assiettes.

L’alcool pnong, dit andranh, est plutôt une boisson fermentée qu’un alcool. Voici comment on le prépare. On fait cuire à demi la valeur de deux bols de riz (environ 600 grammes), puis on l’expose au soleil jusqu’à ce que les grains se détachent d’eux-mêmes. On y mêle une boule faite de ferment grosse comme le poing, puis cinq, six ou sept fois: autant de feuilles d’un petit arbuste qu’on a broyées: dans le mortier avec le pilon ; puis, le tout étant bien mélangé, presque sec, on le met au fond d’une jarre haute de 70 centimètres environ, achetée 1 au marché, dodue, à gorge étroite et à bouche à: peine plus large. On ferme cette bouche avec une 1 épaisse couche de terre glaise et on attend deux et trois mois que la fermentation ait fait son œuvre, pourri | le mélange et l’ait rendu propre à faire de l’alcool. ! Ce ferment n’est autre que l’écorce d’un certain j arbre qu’on a laissé fermenter d’elle-même au fond i d’un vase quelconque. Quand on pense que la fermentation est achevée, on découvre la jarre et

Les ‘Pnâtm.

on la remplit d’eau tiède. Au bout d’un quart d’heure, une demi-heure au plus, on place un petit tube de bambou qui va jusqu’au fond de la jarre, on invite les ancêtres, le Brah, puis on aspire le liquide jusqu’à ce que le col de la jarre soit vide. On remplit d'eau froide et on passe le tube à un autre. Et ainsi de suite jusqu’à ce que l’eau n’ait plus aucun goût, aucune force. Il est d’usage que le maître de la maison, après avoir bu la première gorgée afin de s’assurer que l’alcool est de bonne qualité, passe le chalumeau à son invité le plus digne ; il boit après lui et avant les autres invités. Un Pnong peut boire de deux à quatre litres de cette boisson, cela dépend des hommes, avant d’arriver à l’ivresse. Alors, il se couche, dort deux heures, trois heures, puis se lève solide comme avant et tout près à recommencer. Cette liqueur que j’ai goûtée, me paraît aigre, agréable et moitié plus faible que la bière.

Les Pnongs fument un tabac qu’ils plantent euxmêmes et qui pousse sans soins, sans arrosage. Ils coupent les feuilles dix ou quinze jours après quelles sont arrivées à leur parfaite croissance, quand elles sont encore vertes et tendres. Ils en font un rouleau gros comme le poignet, puis soit avec un couteau, soit avec une lame de bambou bien effilé ils le coupent très menu, et le mettent sécher au soleil jusqu’à ce qu’il soit bien sec. Ce tabac est fort, ou gras et, au dire des fumeurs, n’a

Adhémard Leclère.

pas mauvais goût, mais dessèche un peu la gorge. On le fume dans des pipes de bois que tous les Pnongs savent fabriquer, dans des pipes de cerisier qu’on tire du pays des Tampuan, une tribu sauvage voisine, ou bien on en fait des cigarettes en employant les feuilles de plusieurs arbres, du bananier, qui brûlent bien quand elles sont très sèches.

Les Pnongs chiquent comme le font les Cambodgiens, les Laotiens, les Chams, les Malais et presque tous les sauvages de l’Indo-Chine. Mais ils remplacent la noix d’arec par l’écorce du J>oh (le popée des Cambodgiens et le sên des Annamites), la feuille du bétel par la feuille du ôarey (mot pnong et cambodgien^, arbre qu’on trouve à peu de distance du grand fleuve mais qui est extrêmement rare de trouver au pays pnong. La chaux colorée en rose que les Cambodgiens emploient pour leur chique n’est point prisée par les Pnongs ; ils lui préfèrent la chaux qu’ils fabriquent euxmêmes avec des coquillages.

LES SENS. — Les Pnongs ont l’odorat très développé. Ils prétendent sentir l'odeur du tigre à cinquante mètres et reconnaître avec le nez un Cambodgien, un Annamite, un Chinois, un Français, un Pnong mâle, un Pnong femelle, un enfant pnong. Ils affirment encore pouvoir, les yeux fermés, reconnaître à leur odeur, le plomb, le fer,

Les Pnoms.

: le cuivre, l’or et l’argent. Ils savent, en aspirant ; l’odeur laissée sur le sol, qu’un homme ou une femme, ou quelqu’un de telle race y a couché, s’il ne s’est pas passé plus d’une journée et si le sol n’a pas été détrempé par la pluie, brûlé par le . soleil ou balayé par un grand vent.

Ils entendent de très loin des phrases prononcées bas ; ils distinguent les bruits entre eux beaucoup I mieux que les Cambodgiens, et très clairement.

Leur vue s’étend à des distances inouies. Sans : être presbites, ils voient aussi loin que ceux des Européens qui sont atteints de cette infirmité; mais je crois qu’ils savent mal voir les couleurs ; peutêtre même ne savent-ils pas les déterminer. Il ny a pas de miopes chez eux, mais il y a des presbytes, en très petit nombre il est vrai, mais il y en a et j’en ai rencontré un. On m’a parlé d’un cas de daltonisme : le malheureux qui était affecté de cette maladie voyait vert ce qui était rouge et bleu ce qui était' blanc.

Le sens du goût est très peu développé, celui du toucher ne l’est guère il m.e semble. La peau du Pnong est très épaisse, durcie aux rayons du soleil, par la brise et la pluie, et peu sensible. Je ne les crois cependant pas, à ce point de vue, inférieurs aux Cambodgiens dont la sensibilité n’est généralement pas très grande. Chez ces derniers, les peaux les plus tendres à la lancette des vaccinateurs, m’ont toujours paru être celles des

Adhimard Leclère.

plus noirs. J’ai très peu vacciné de Pnongs, mais sur les 32 que j'ai vaccinés en une fois, j’ai cru remarquer que les plus sensibles étalent aussi les plus bruns. !

Il ne m’a pas paru que les femmes eussent les sens de l’odorat, du goût, de l’audition, du toucher ou de la vue, plus ou moins développés que ceux des hommes. ;

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