‹ Les poèmes à tous crinsChapitre 12 sur 56 · ANDRÉ GILL · texte numérisé non relu

ANDRÉ GILL

Moi qui ne suis qu'un égreneur de rimes, J'ai remarqué, — dois-je le dire ici? — Que vers Clichy se commettent les crimes Bien plus qu'autour de i'Odéon; — aussi L'idéal, c'est d'habiter le Raincy !

Or, comme il faut courtiser Nicarette

Et prendre au Grand-Hôtel la cigarette Inoubliable, à Paris, vrais Lapons, Nous végétons; mais, d'après Bernerette, Le vrai Paris commence après les ponts!

En passant l'eau, nous trouvons moins de grimes,

Moins de Gobsecks au poil jaune ou roussi.

La Rive Gauche est la terre où tu trimes,

O grand d'Arthez! Le carrefour Buci

Pourrait charmer les regards de Cussy,

Car il détient l'artichaut vinaigrette,

Le fin gigot que Foyot nous apprête,

La poularde et les timides chapons...

Près du Sénat j'ai rencontré Laurette :

Le vrai Paris commence après les ponts !

Etudiant, les jeux et les escrimes

Régnent chez toi bien plus que dans Passy;

Grâce à Bullier, jamais tu ne comprimes

Ton jeune front, et le papier noirci

Te séduit moins que Meudon et qu'Issy !

Montmartre, hélas 1 succombe sous la traite.

A l'Elysée, on donne une barrette

Aux cardinaux-, et nous nous attroupons.

Lorsque Sarah passe avec sa levrette.

Le vrai Paris commence après les ponts!

ENVOI

Prince, il se peut qu'on porte mieux l'aigrette, La toque ou bien la simple collerette Dans le pays des rentes en coupons; Mais lâche-moi ton quartier de Lorette ! Le vrai Paris commence après les ponts !

Vin

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