‹ Les poèmes à tous crinsChapitre 14 sur 56 · ENSEIGNE PARISIENNE · texte numérisé non relu

ENSEIGNE PARISIENNE

NOTRE Paris, profond comme les mers, Montre aux passants des spectacles sans nombre On y surprend l'avoué de Mamers, Que les destins ont rejeté dans l'ombre Et qui végète ici d'un métier sombre; On y perçoit, sans être épouvanté,

Plus d'un farceur par le diable hanté, — Ce qui nous vaut quelque opuscule rance — Et l'on y trouve encore — étrangeté! — Les fournisseurs des anciens rois de France!

Les temps présents ne sont pas trop amers

Aux fournisseurs des rois, noble décombre;

Et les marchands de galettes Palmers

Ne les ont point jetés dans la pénombre.

Ils font des nez aussi longs qu'un concombre

Depuis la mort de toute royauté,

Et l'on prétend même qu'ils ont sauté

Quand Charles Dix a signé l'ordonnance

Qui nous mena droit à la liberté,

Les fournisseurs des anciens rois de France!

Le chocolat qu'ils vendent prend des airs

Majestueux, quand leur plume dénombre

Sur le papier les mérites divers

De ce produit royal, mais qui n'encombre

Nul Castillan prompt à vous crier : hombre!

11 faut aimer le zèle patenté,

Le dévouement, la longanimité.

De ces mortels qui gardent l'espérance

De vendre aux Lys cacaos fins et thé.

Les fournisseurs des anciens rois de France!

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Prince indolent, dont le flair est vanté,

On trouve un bon chocolat de santé

Chez deux gaiilards, qui n'ont point lu Térence,

Mais qu'on dit être, avec sérénité,

Les fournisseurs des anciens rois de France!

LUXEéM'BOUT{G VE T\l[NiTEéMTS

A Léon Valade.

LE printemps ne veut point nous voler, cette année. Les reines, Velléda, les marbres du jardin. Ont pris un petit air radieux et badin; Et la terre de fleurs est tout enrubanée.

Le Luxembourg, dont l'herbe était jadis fanée, S'est mis à verdoyer; et, qui plus est, soudain. Des oiseaux sont venus y camper : Paladin 5t guerriers l'ont bien fait dans Byzance étonnée!

Bonsoir les écuyers, les gardes, les héros!

Les princesses n'ont plus qu'une cour de pierrots:

Berthe au grand pied s'en plaint, mais Clotilde en est fière

Elle adore, 6 Clovis! ses petits pages gris...

Et Saint-Sulpice, en proie aux chantres amaigris,

Montre au loin ses deux tours, qui sont des sœurs de pierre

mil

TUILERIES V^o4U70éMC^E

^.4 François Coppè»-

ADIEU la dame en noir foulant d'un pied mutin L'allée où les marmots bruyants ont leur parlotte! 11 fait froid; les rentiers ont mis une calotte Avant de déplier le journal du matin.

Le bon vieux décoré, qui traduit du latin, S'arrête autour du grand bassin, dont l'eau clapote Tristement. Les gardiens ont passé leur capote; A peine un promeneur, ou deux, dans le lointain.

Le jardin, délaissé, s'est empli de mystères. Au loin, résonne un bruit d'éperons militaires; — Réalisme qui rend le rêveur mécontent; —

Et ce gros marronnier, dont une branche craque,

Semble déjà gémir sur le sort qui l'attend :

L*an prochain, des soldats en feront leur baraque.

PARIS ET SES PRESTIGES yj

zAïmÈE'OirmvE vesclée

COMME s'éteint parfois une aurore aveuglante, Ainsi qu'à l'horizon se couchent des lueurs, Elle est morte les yeux tout rougis par les pleurs, Morte comme un oiseau sous la bise sifflante.

Moi, qui me sens épris des âmes où l'art chante Le cantique béni des intimes douleurs, J'ai versé sur ta tombe une larme brûlante, O mortel et j'ai paré ta croix avec des fleurs!

Froufrou n'est plus! Hécate, une vieille à caprices, Prenant la maladie et l'art comme complices, A souffleté son corps par un matin d'hiver.

Il faut à l'humble fosse où dort cette païenne,

Qui fut femme deux fois, étant comédienne,

Le bruit des pas bien doux et le gazon bien vert.

cAI'B^ VE "BTicAVOUl^E

JE viens d'apercevoir une tête charmante, Qui se cache parfois derrière un blanc rideau : Il me semble avoir vu la Bcatrix du Dante, La dryade du bois ou l'ondine de l'eau:

Il me semble avoir vu la face languissante D'Ophclie, emportée en un rêve nouveau : Mon cœur serait plus fier, mon âme plus vaillante, Aux feux de son regard, au frisson de sa peaul

Mais, puisque jusque-là mon bras ne peut atteindre, Il me reste l'espoir et le droit de me plaindre, La richesse en un mot d'un cœur déshérité;

Et quoique étant privé, femme, de ta caresse Je te dois de pouvoir affirmer mon ivresse : Ne fut-ce qu'un instant mon être a palpité!

LÈTÈE VE CHc4]{LE^rz4G[\^E

%,4 LouiS'Xavifr de Ricard.

CH A RLEM ACNE, cmpercur, barbu comme un vieux Mage, Régnait sur les Gaulois, les Alpes et le Rhin; Les Lombards saluaient sa cuirasse d'airain. Et les Saxons venaient souvent lui rendre hommage.

Joyeuse, son cpce, a vu plus d'un carnage, Plus d'un combat sanglant de Cologne à Turin; Mais on garde son nom à grands coups de burin; Et toujours glorieux, ce nom vaillant surnage.

Tout périt : les guerriers, les rois. les empereurs; Seuls, les glaives, rompus aux terribles fureurs Des batailles, ont presque une vie éternelle.

Joyeuse brille encore! Et les peuples, épris

De ses exploits, la vont contempler, tout surpris

De voir que l'empereur n'a pas plus vieilli qu'elle

jm

LÈLÉTHoACNiT VU Cl\QUE

So N oeil malicieux semble dire à la foule Que pour elle il n'aura jamais que du dédain; Et sa rugueuse trompe, appendice badin, Médite vaguement le larcin d'une poule.

Sur son dos, où l'indou s'accroupissait en boule, Un singe, mauvais clown et triste baladin, Danse, affolé de peur, amusant un gandin Dont la place plutôt serait à la Bourboule.

L'éléphant, philosophe ingénu mais profond, Ne daigne s'émouvoir des grands gestes que font Quelques voyous venus pour railler ses allures;

Et du macaque ému devinant le secret, Comme il sait pratiquer le mépris des injures. Il marche lentement, d'un air probe et discret

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