‹ Les poèmes à tous crinsChapitre 38 sur 56 · ARMAND SILVESTRE · texte numérisé non relu

ARMAND SILVESTRE

JE ne regrette pas d'avoir cru que ton âme Hantait un lieu rempli de magiques lueurs, De rayons et d'azur, de perles et de flamme; Je ne regrette pas d'avoir versé des pleurs;

Je ne regrette rien de ce que je dérobe A mon rêve obsesseur: je ne regrette pas D'avoir mis, comme un fou, des baisers sur ta robe, Sur tes cheveux et sur la trace de tes pas;

POÈMES VINGTENAIRES

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Je ne regrette point d'avoir suivi ton ombre Maintes fois, et d'avoir fait sécher dans ma main L'oeillet cueilli par toi, la veille; je suis sombre Et triste, mais je suis plus grand qu'un être humain;

Car j'entendrai, vois-tu, jusqu'au jour de la tombe, Ton éloquente voix qui m'a parlé d'amour. Voix plus douce à mon cœur qu'un soupir de colombe. Ou qu'un cri de faunesse à l'approche du jouri

T{E^OVVEqAU

CE matin, — je ne sais ce qu'il avait, ma belle, Mon cœur qui t'oubliait s'est remis en émoi; Ayant cru que brillait dans la nuit ta prunelle, O lâche que je suis! je n'ai pensé qu'à toi.

J'ai vécu de nouveau les longs jours de tendresse, Les belles nuits d'amour et les heures d'orgueil. D'audace, de désirs et de fièvre et d'ivresse; Et les larmes encore ont coulé de mon oeil.

POÈMES VI NCTENAIRES 1^7

Et pourtant, je jurai, quand nous nous séparâmes, Cher ange ! que j'avais assez de ton amour; Mais je ne savais pas combien de temps nos âmes Respectent les serments quand ils ont vu le jour.

Je ne le savais pas, non! Quoique ma poitrine Fût pleine de mépris, de dédain, de fierté. J'ignorais qu'à son gré la femme nous domine Et que l'homme, ici-bas, n'a point de volonté.

Maintenant, je te vois comme au temps de mon rêve. Le plus pur de mon cœur vers toi s'est élancé : Quelque chose de noble à mes yeux te relève. Car le souvenir vient où l'amour a passé.

Ta face resplendit ainsi qu'une auréole; Tu me semblés surgir de quelque firmament; Parfois, je suis tenté d'adresser la parole A ton ombre invisible, ô fantôme charmant !

O lointains souvenirs d'une heure éblouissante 1 Laissez encore un peu mon cœur se consumer; O rayons disparus, qui parlez de l'absente. Laissez croire à mon cœur qu'il peut encore aimer!

Oh ! de grâce, cachez bien longtemps sous ses voiles La vérité! Laissez luire encor les splendeurs De mon rêve: le ciel est pour moi plein d'étoiles : J'ai dans le cœur l'amour et dans les yeux les pleurs.

POEMES VINGTENAIRES

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CHcAC^SOC^ VHIVET{

PUISQUE l'hiver nous fait la guerre, Mettons les pieds sur les chenets; Et près du feu tâchons de faire Des ballades et des sonnets.

Agréable est la solitude Quand on entend gémir le vent, Et qu'on relit par habitude, Souvenir, ton livre émouvant!

Rêves bleus, aimables mensonges.

Je vous adore à deux genoux:

L'homme ne vit que par les songes, L'homme n'existe que pour vous!

Chimères qui peuplez mes mondes, Je vous dois mes plus longs moments De bonheur, douces lueurs blondes.

Chers rayons de mes firmaments!

Oh! que je vous dois de caresses.

De jours par l'espoir arrosés, De désirs fous et de tendresses, D'enchantements et de baisers!

Ne trahissez pas mon attente.

Ce soir, ô mes chères amours!

Dans une sphère éblouissante « Portez mon âme pour toujours!

Allez sous de splendides voûtes Et sous des arceaux séducteurs, Rêves d'or! m.ais fuyez les routes Qui manquent d'oiseaux et de fleurs.

ISJÔ.

POEMES VINCTEN AIRES

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JE ne veux point parler de celle qu'on adore Sous le nom de Marie. En mon âme, il n'est rien De mystique; d'ailleurs, je suis fou de l'aurore, Et, quand on l'aime, on est profondément païen.

Mon cœur, joyeux, module une arpège sonore Pour une jeune fée, un être aérien :

Phœbus, le bel archer, de ses rayons la dore, Et les Grâces n'ont pas son radieux maintien.

Son regard m'est fatal comme un chant de sirène. Dans une épaisse nuit je sens qu'elle m*entraîne; Son culte a la saveur puissante du tourment.

Tout en l'aimant, je songe à ces liqueurs amères, Qui luisent doucement dans le fond des grands verres. Mais dont les gouttes d'or font mourir lentement.

POEMES \'INGTENAIRES

s ET^É^cAVE

PUISQUE un sourire d'elle clectrise mon être Et puisque dans la nuit scintille son oeil noir, Partons, ô ma guzla! car nous devons, ce soir, Roucouler des chansons d'amour sous sa fenêtre.

La mollesse de l'ombre en mon âme pénètre. C'est l'heure des soupirs éclabousses d'espoir, L'heure des fiers accords chargés de nonchaioir, L'heure où les langoureux clairs de lune vont naitre.

Guzia, chère giizla! tressaille sous ma main; Jette à l'écho joyeux ta gaîté, car, demain, Pendant que dormira la belle et que l'aurore

Couvrira son balcon de folâtres lueurs, Il me semblera voir son fier visage encore; Et mes yeux affolés retrouveront des pleurs.

POEMES VINGTENAIRES I4Ç

»ADi, l'exquis poète aux douces métaphores, ) Se délassait au bain, ayant à son côté ne Persane à l'œil ardent et velouté.

)ans le bosquet voisin chantaient des lophophorcs.

[uand la dame eut vidé les mignonnes amphores

c senteurs, elle offrit avec humilité

n peu d'argile à son seigneur, ^n vérité,

>n geste rappelait celui des canéphores.

Sadi prit cette argile à l'arôme subtil.

— « O terre 1 es-tu le musc? es-tu l'ambre? » dit-il

— « Poète, je ne suis qu'une terre commune;

Mais j'ai connu jadis les roses de l'Iran.

Leur parfum m'est resté, c'est toute ma fortune. »

^ — Et Sadi murmura, pensif : « Allah est grand! »

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