‹ Les poëmes de l'amour et de la merChapitre 10 sur 29 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

I4'as-tu pas des frissons parfois 7

Ne sens-tu pas Tâme des bois

Se glisser dans ta chair frileuse,

^ Et, sinistre, pour te parler

) Le vent des montagnes souffler

Dans ta chevelure houleuse ?

Que le monde est terrible et grandi Mon esprit s'épouvante, errant Parmi la blanche horreur des pôles...

L^air est aussi doux qu'un baiser;

Mais ne sentons-nous pas peser L'atmosphère sur nos épaules ?

Deux pauvres petits amoureux Glieminent dans un sentier creux.

Riant, trempés par la rosée Dont le soleil fait des rubis; Et tout le long de leurs habits 4 S'égoutte une pluie irisée.

Vois-tu partout où nous passons S'écarter les branches? Buissons, Taillis épineux, sombres haies Qu'ensanglante la mûre, et fleurs De toutes sortes de couleurs Te savent amoureuse et gaie.

Mais le ciel nous regarde et suit

De son œil terrible qui luit

Nos galtés et nos rêveries.

Ohl baise-moi longtemps, longtemps;

Je veux, le cœur soûl de printemps.

Que dans les yeux tu me souries.

Ton parfum seul peut me guérir Du mal d^ennuî qui fait mourir, Dont je suis la proie et la dupe Je veux, muet, agenouillé.

Le front dans ta robe noyé, « Tembrasser à travers tes jupes.

IjOQ, les baisers d^amour n'éveillent point les morts 1 Baise Tamour vivant de ta lèvre divine ; Et le dernier soupir que rendra ta poitrine Ne sera point chargé d'inutiles remords.

Non, les baisers d'amour n'éveillent point les morts. N'en crois pas là-dessus les ballades anciennes! Chantez, chantez toujours, lèvres musiciennes, La chanson des amours qui vivent sans remords.

On ne fait point l'amour dans le lit froid des mortal On ne se cherche pas des yeux dans la nuit noire. N'en crois pas là-dessus quelque ancienne histoire; Sous terre on n'a pas plus d'amour que de remords.

Viens, aime-moi d'amour, ne pensons pas aux morts ! Ne montre pas le ciel de ta belle main blanche. Gueilles-en les beaux fruits de Tamour, sur la branche Où ne s'est pas glissé Taffreux ver du remords.

Tears, idle tears, I know not what they mean, Tears froiu the depths of some divine despair.

(Tbnmtsom.)

Je regardais la mer où venait se mirer

Une lune sereine et divinement belle ;

Tout à coup — quel penser m^effleura de son aile? —

Je ne sais pas pourquoi, je me pris à ^eurer.

Était-ce Talr du soir? et des parfums, des charmes Subtils et pénétrants m'ayaient-ils su troubler? Étais-je trop heureux, et ne pouvant parler Le trop-plein de mon cœur débordait-il en larmes ?

Était-ce le silence étrange d'alentour?

Était-ce donc qu^au bout de toute joie humaine Nous attend une vague, une secrète peine Qui soudain obscurcit les yeux brillants d'amour

Cette mer aux baisers de la lune pâlie Devait-elle emporter mon aimée, et, pleurant, Devaîs-je sur la plage ainsi qu'un spectre errant Tendre les bras vers elle avec mélancolie^

Lîsais-je en l'avenir l'histoire de mon cœur, Et (séparation bien plus cruelle encore) Prévoyais-je l'oubli, l'oubli qui nous dévore? Hélas 1 la douce lune eut un regard moqueur.

Non, jamais! tant d'amour ainsi qu'une fumée Ne peut s'évanouir et se perdre dans l'air.

J'en atteste le ciel et la profonde mer.

Et le charme infini de la nuit embaumée I

Ce n'était pas cela qui me faisait pleurer.

Et je pleurais pourtant par cette nuit sereine; Et dans les flots d'argent qui palpitaient à peine Je regardais toujours la lune se mirer.

Uautomne est passé, l'hiver est venu, L^automne est passé qui vers l'inconnu Emporte bien loin nos mélancolies.

Doux ciel de l'hiver, ô pâle ciel bleu,

Que je t^aimel et comme auprès d'un bon feu

L'aile de nos cœurs frileux se replie!

S'il pleut sur la mer et s^il grêle, eh bien. Nous nous enfermons, — nous n^en savons rien, Et nous n'osons pas regarder les voiles.

Que les verts sentiers, tout blancs aujourd'hui, Nous paraissent gais, et comme, la nuit.

Nous nous souvenons des blondes étoiles!

Nous nous rapprochons, nous nous aimons mieux- La lueur du feu jette dans les yeux Un éclair de pourpre et d'or qui flamboie,

Et si, le itiatin, le ciel se fait clair,

Dans son manteau blanc frissonne l'hiver

Tout illuminé d'un rayon de joie!

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