SÉRÉNADE EN HIVER
La nuit est froide, mais si belle Que, si ta beauté m'est rebelle.
Sur ta poitrine de satin Où j'ai vu fleurir deux grenades Je puis chanter des sérénades Jusqu'au lever du bleu matin.
Je peux me morfondre, et redire La grâce de ton doux sourire Humide, velouté, vermeil, — Si ta fenêtre reste close.
Et si ton joli museau rose N'apparaît pas comme un soleil!
Et pourtant la bise me glace ; Et si tu me gardais ma place A tes genoux, auprès du feu, Que j'aimerais la nuit entière Voir rayonner sous ta paupière Les mille étoiles du ciel bleu!
La nuit est belle, mais glacée...
Que je Faurais bien mieux passée Là-haut dans le boudoir bien clos !
— S'il pouvait de cette croisée Tomber Tamoureuse rosée Des baisers sous tes doigts éclos I
Ma peine, hélas I est infinie.
J'ai, pour me tenir compagnie, A chaque moustache un glaçon :
Oh I que ma prière te touche.
Et je jure que sur ta bouche Je te finirai la chanson l
Après avoir marché sur la route durcie £t sous le morne ciel noir comme du charbon, Quand j'arrive chez toi, quand ma bouche transie Cherche ta bouche où dort une odeur d'ambroisie, Que les baisers sont froids, mais comme ils sentent bon !
Dans les plis de ta robe alors posant ma tête.
Je m'enivre longtemps d'amour et de chaleur :
C'est une heure divine et cependant muette l
Je vois s'ouvrir tes yeux comme des violettes.
Et ta lèvre sanglante est réçjlantine en ifleur.
Ton beau col et ta joue ont une grâce mièvre Et qui n'appelle pas les caresses en vain ; Alors me monte au front la rougeur de la fièvre, Tes doigts que j'aime tant se posent sur ma lèvre Et c'est comhe un baiser qui n'aurait pas de fin.
Le monotone bruit de l'incessante pluie, Celui des flots, le vent passant comme un soupir, Semblent le bâillement du monde qui s'ennuie; Mais il est une fleur bien fraîche épanouie Que je sais où trouver et que je peux cueillir.
Réveille la vigueur de tes sens épuisés Et laisse-moi t'aimer. Le sol est blanc de neige, Mais ton sein n'est-il pas une éternelle neige I^Oue brûle le soleil pourpré de mes baisers?
glorieuse neige, ô neige immaculée
Où deux roses boutons par miracle ont fleuri !
Tes yeux voudraient pleurer, mais ta bouche me rit
Comme le gai matin fraîche et tout emperlée.
Je sais bien qu'il fait froid, que le vent souffle et veut Entrer par la fenêtre et par-dessous la porte ; Mais je te baiserai cent fois, et que m'importe Si pour fourrure j'ai ton manteau de cheveux?
Est-ce mon âme, est-ce la tienne qui palpite? ( / Le vent souffle toujours et gémit pour entrer, ^ J\ Et toi, chère, voulant te mieux faire adorer, // Devant moi tu te fais exquîsement petite. ^ J
Va, je me roulerai sans honte sous tes pieds, Et pour boire ton sang j'y collerai ma boiyshe. Cependant que le vent lamentable et farouchei Pleure les rêves morts et les morts oublié|^