‹ Les poëmes de l'amour et de la merChapitre 9 sur 29 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Nous sommes partis un matin; La menthe, Tiris et le thym Mêlaient leurs senteurs pénétrantes ; Nous allions vers les pays bleus Pour cueillir des lis fabuleux Et de mystiques amarantes.

Fleurs coquettes et fleurs des blés Paraient ses cheveux déroulés; Mais on cueille sur les chemins Plus de baisers que de jasmins.

LA FLEUR DES EAUX. til

Nous voulions écouter aussi Rossignols, merles sans souci, Toutes les voix de la ramée; Même, pour les entendre mieux, Dans un fourré silencieux J'avais conduit ma bien-aimée.

Nous avons écouté, rêvé; Mais sous bois nous avons trouvé Plus de chansons que de pinsons.

Plus de baisers que de chansons.

Aye Mariai 't is the hour of prayer A.ve Mariai 't is fhe honr of loTel

(Btron.)

On entendait encore au loin, dans l'air du soir, Les derniers tintements des cloches de Péglise ; En face de la mer je la menai s'asseoir ■ Et je lui dis : « Il faut aimer, c'est l'heure exquise.

« La mer silencieuse est comme un lac d'argent Et les flots de la mer sont comme des sourires ; Mais les cloches du soir font seules de leur chant Palpiter l'air salubre et frais que tu respires.

« C'est rheure de Tamour qui passe dans les cieux. Et voici s'éveiller au vent de Tharmonie Les étoiles ouvrant doucement leurs beaux yeux Comme des fleurs d*azur dans la plaine infinie.

c C'est rheure de Tamour, ma bien-aimée, et c'est L'heure de la prière ; à genoux sur la dure, Tous les adorateurs de l'éternel, qui sait?

Uimplorent en tournant le dos à la nature.

c Mais- nous les amoureux des étoiles, les cœurs Épanouis au soir comme des fleurs étranges, Nous pouvons contempler, loin des regards moqueurs, Le ciel où nous voyons distinctement des anges.

c Des anges déployant leurs larges ailes d'or, Jetant à pleines mains des roses sur la terre. Qui chantent à voix haute en prenant leur essor : « C'est l'heure de l'amour, l'heure de la prière I »

c Qui veux-tu que je prie, et de quel nom nommer Le Fantôme créé par la terreur des hommes?

Car nous sommes ici, nous, pour nous trop aimer, Gomme des amoureux et des fous que nous sommes !

a Et pour religion n^avons-nous pas Tamour?

Et nous aimant, perdus sur la plage igi^)rée Dans le silence et les ténèbres d'alentour, Nous pouvons dire aussi que c'est Pheure sacrée ! »

Pourquoi regardes-tu toujours Thôrizon triste Et les flots éternels qui roulent sur les flots? Et toi tu me réponds : « J'écoute leurs sanglots, Et la mer sombre et belle est comme une améthyste.

« J'écoute et je regarde ; et je demande au ciel Pourquoi tant d^amertume et de mélancolie, Tandis que dans notre âme ardente et recueillie S'épanouît la fleur d*un bonheur immortel.

a récoute, me dis-tu, les plaintes infinies

Que murmure le soir, que chante le matin;

Je cherche à soulever le voile du destin,

Et mon esprit se perd au sein des harmonies. »

Ah! ne regarde pas la mer! ferme les yeux!

Ne brûle pas ton cœur à ce rêve de flamme.

La science est cruelle et nous défleurit Tâme : Quand tu comprendras tout, m'en aimeras-tu mieux ?

Lorsque les flots viendront expirer sur les grèves Ou mugiront au pied de quelque haute tour.

Ma femme, mon enfant, mon éternel amour, Couche-toi sur mon cœur que j'y berce tes rêves!

Mais si cette nature est triste, que t'importe, Et que m'importe à moi puisque nous nous aimons? Tu sais bien que nos jours sont des feuilles qu'emporte Le triste vent d'hiver qui souffle des grands monts.

Pendant que le printemps fait verdoyer les arbres. Et qu'il nous met du sang au cœur, aimons-nous donci Assez tôt nous irons nous coucher sous les marbres, A l'heure de Toubli, du calme et du pardon.

Puisqu'un torrent de pourpre en tes veines ruisselle, Puisqu'il dort sur ta bouche un baiser de velours; Puisqu'il brille en tes yeux une vive étincelle Qu'y jeta le soleil de nos jeunes amours,

Jouissons de la vie et ne soyons point sages Malgré cette tristesse éparse autour de nous ; Et laissons rayonner toujours sur nos visages Le sourire divin qu*ont les amoureux fous!

M'aimes-tu? le caprice ouïe besoin d'aimer Ne parlaient-ils point par ta bouche

Lorsque, la joue en feu, cheveux tombants, farouche, En mes bras tu te vins pâmer t

Ton incompréhensible et mystique sourire Me trouble jusqu'au fond de moi,

Et malgré tout mon cœur, malgré toute ma foi. Je ne sais pas ce quMl veut dire.

Le souffle de parfum, de musique et d'amour Qui vers moi, chère, t'a portée.

Laissant seule veiller mon âme dévastée.

Doit-il tout me reprendre un jour t

Ah I par les mots tombés de ta lèvre suave.

Et par tant de serments bénis.

Par cette douce nuit de plaisirs infinis

Qui m'a fait ton bien, ton esclave I

Par les vœux échangés à l'oreille devant

La silencieuse nature.

Par les sauvages fleurs dont tu fis ta parure,

Par le ciel où chantait le vent I

Garde jusqu'à la mort la parole donnée.

Car, la première nuit, le ciel

Plein d'étoiles, chargé d'ivresse et solennel Fut témoin de notre hyménée.

Taî pendant longtemps caressé ce rôve De poser mon ft*ont sur ta joue en feu.

Te laissant, le soir, un dernier adieu, Mots inachevés que le cœur achève.

J'ai rêvé d'un long et tranquille amour, De baiser tes mains aux longues soirées Ou de caresser tes tresses dorées.

Et de nous aimer jusqu'au dernier jour.

Un calme foyer lorsque le soir tombe Et que Février souffle à nos carreaux ; De vieux souvenirs, des rêves nouveaux.

Et, quand finiront ces rêves,, la tombe.

* Tls sont morts jusqu'à r&me, ils Kont anéantis, y

(Sully Prudhommb.) ^

Et nous coucher ensemble, immobiles et froids, Nous étant plus aimés que les héros célèbres. Et toujours égrenant avec nos maigres doigts . Le rosaire glacé des bonheurs d'autrefois, Dans notre lit muet d'éternelles ténèbres.

Ah ! quelle volonté pourrait nous réveiller-? Rien ne saurait tenter notre chair assouvie* La trompette d'airain du jugement dernier Ne ferait pas dresser nos fronts sur l'oreiller; Rien ne vivrait pojuT pous que l'ombre de la vie.

Nous n^aurions pas souci des lis nobles et purs, Des immortelles d'or et des tendres pensées Qui s'épanouiraient sur nos réduits obscurs ; Et, dédaigneux du bruit et des soleils futurs, Nous nous réfugîrions dans les gloires passées.

Car, vois-tu, nous aurions vécu jusqu'à mourlrt

Car pour vivifier nos âmes épuisées

Nous aurions desséché les sources du désir ;

Et pour que nos deux cœurs pussent encor fleurir,

Où seraient le soleil, l'azur et la rosée?

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