AND GOOD NIGHT INDEED
a Bonsoir I la lune te protège Et sourie à tes yeux charmés, Et que mille étoiles de neige Fleurissent tes cheveux aimés!
< Moi, je jalouserai la lune Qui t'enveloppe de baisers...
Ne préfère pas cette brune A moi, la blonde aux doigts rosés;
« Ces doigts qui vont, la nuit prochaine, ■ Avec mille frissons nerveux, Fondre la neige qui égrène Tant d'étoiles dans tes cheveux ! »
Et je lui réponds; ma chère, Bonne nuit, dors paisiblement !
Que de beaux anges de lumière Pour toi veillent au firmament !
Mais cache ta beauté sans voiles A leurs yeux capables d'émoi; Je serais jaloux des étoiles Si tu les regardais sans moi !
Et si leur lumière incertaine Vient caresser ton front qui dort, J'effacerai 1» nuit prochaine Sous mes baisers leurs baisers d'or.
C'est une belle nuit glacée, Une de ces froides beautés Que l'on aime et qui font mourir;- Et je ae sais quelle pensée En voyant les deux argentée M'est venue avec un soupir.
En sa splendeur froide et tranquille Cette nuit d'hiver m'apparaît Une jeunesse sans amour:
L'éclat d'une lune stérile Me rend lugubre la forêt Et fait un spectre de la tour.
Dans cette horreur silencieuse
Nous seuls vivons, nous seuls aimons
Qui portons une rose au cœur,
— Mais notre joie est soucieuse
Et la large brise des monts
Nous vient comme un soufEle vainqueur.
Pour t'envelopper de jeunesse, Qu'un souvenir d'avril ancien Parfume ta nuque et ton front — Aimons-nous, aimons-nous! tristesse, Épouvante, n'y feront rien Tant que nos lèvres s'uniront.
Le dernier oiseau de l'année A chanté pour nous cette nuit, Jusqu'à l'heure où la matinée D'éclairs de pourpre environnée Sur la pâle colline a lui.
Le tiède vent des mers lointaines Est encor venu soupirer Dans les forêts et sur les plaines, Et, malgré l'hiver, les fontaines Ont recommencé à pleurer.
Aussi, sous les noires rainures Que dépouilla le vent du nord, Le long des broussailles sans mûres Nous avons ouï des murmures Tristes et doux comme la mort.
Nous n'osions parler qu'à voix basse Parmi le silence embaumé, Voyant comme un rêve qui passe Dans le mystérieux espace Le spectre des vieux mois de mai.
Mais la bonne nuit nous apporte Sans parfum d'herbe ni de fleurs Un chant d'oiseau, de telle sorte Qu'il fait en cette saison morte Oublier les oiseaux siffleurs ;
Tous ceux qui, les ailes ouvertes.
Effleuraient les flots violets.
Ou qui du fond des masses vertes Fêtaient les clairières désertes De rondeaux et de triolets.
Mais le triste oiseau qui s'oublie A chanter loin du printemps vert, Jette dans Tâme recueillie Une exquise mélancolie Par de si douces nuits d'hiver.
Le stupide hasard qui gouverne le monde
Va l'emporter bien loin d'ici, Et la mer te cachant au repli de son onde
Me sera sourde et sans merci.
Quand tu seras partie, ô chère bien-aimée, Le ciel me verra chaque nuit
En vain tendre les bras vers la maison fermée. Pleine de silence et d'ennui.
Les jours passés vivront en ma triste mémoire l
Dans l'ineffable horreur des bois, Pour me chauffer le cœur je n'aurai que la gloire , De tous nos soleils d'autrefois«
Et que j^aurai d'ennui lorsque les violettes,
En la printanière saison, Voluptueusement reposeront leurs têtes
Sur le satin vert du gazon !
Que tout me sera triste, et, dans la joie intense ' Deà oiseaux, du ciel et des jQieurs,
Gomme je trouverai funèbre cette danse D'odeurs, de sons et de couleurs I
Car toi seule es pour moi la jeunesse du monde; Tes yeux sont le soleil qui me brûle et m*inonde
Des plus sublimes voluptés.
Et ce sont tes cheveux qui parfumaient les roses Que je piquais dedans, et les matins moroses
Par toi seule étaient enchantés.
J'ai rougi de mon sang ta bouche purpurine I Je n'étais plus jaloux de la brise marine
Quand ma main bouclait tes cheveux, Et quand mes yeux pleuraient sur les tiens, de tendresse, Prenais-tu jamais garde au matin qui caresse
L'onde étincelante de feux?
Nous n^avîons nul souci des choses de la terre ; Embarqués tous les deux sur la mer du mystère,
Nous flottions sur l'illimité, Aux clartés de tes yeux, sans étoiles ni phare, N'écoutant pas non plus l'éclatante fanfare
Que chantent les matins d'été!
Que ne sommes-nous morts ensemble dans la joie, Ton cœur contre le mien, avant d'être la proie
Des mélancoliques remords, — Tranquilles, rayonnants de jeunesse et de gloire, Et les printemps futurs, gardant notre mémoire,
Auraient béni les jeunes morts I
Quel son lamentable et sauvage Va sonner l'heure de l'adieu l La mer roule sur le rivage, Moqueuse, et se souciant peu Que ce soit l'heure de l'adieu. .
Des oiseaux passent, l'aile ouverte, Sur l'abîme presque joyeux; Le soleil dore la mer verte, — Et je saigne silencieux En regardant briller les cieux.
Je me sens déjà seul et vide, Gomme un esquif abandonné Flottant sur un fleuve livide, Qui traverserait, entraîné.
Plus d*un grand pays étonné.
Je vois que le moment s*approche; Et j^admire que le destin.
Insensible comme la roche, Au ciel, gris et bleu, de satin Fasse fleurir un tel matin.
Le ciel tranquille sur nos têtes Étalait son dais glorieux ; Baissant leurs clairons, les tempêtes Attendaient au fond noir des cîeux.
Et les ténèbres solennelles Qu'enrichissent quelques fleurs d'or.
Déployaient leurs lugubres ailes Sur la mer calme qui s'endort.
Et nous demeurions face à face, Immobiles comme les flots, Silencieux comme l'espace, Sans rire, larmes, ni sanglots.
Et je pressais ta main, plus blanche Que la main d*un spectre évoqué ; Et ton front douloureux qui penche A tout jamais semblait marqué.
Le clair de lune fantastique De notre ciel était banni; Le bruit joyeux de la musique Ne troublait pas notre infini.
Tous deux nous nous taisions; que dire Quand on pouvait encor s'aimer?
J'ai vu ton mystique sourire Rêveusement se refermer,
Et sous leurs franges d*or soyeuses Ne s'épanouir que bien peu Tes prunelles, fleurs somptueuses Faites de sombre velours bleu. ,