CHANT D'AMOUR
Sans toi, la colère et la haine M'emporteraient je ne sais où, Car la vie est une géhenne Où bondit notre rêve fou.
Le sort aveugle nous ballotte Gomme un esquif désemparé, Et la lugubre mer sanglote Où plus d'une barque a sombré.
Des voiles ! d'innombrables voiles !
Arriveront-elles un jour?
Se faut-il fier aux étoiles
£t devons-nous croire à Tamour ?
Pour moi, tu m'as fait faire un rêve Blein d'ivresse et de volupté.
Et lorsque j'ai quitté la grève Tout mon cœur, joyeux, a chanté.
Et je n'en crois pas les rafales Qui rugissent; car tu semas Le pont de roses triomphales Et mis des guirlandes aux mâts.
Je n'en crois pas la grande vague Qui danse tout autour de nous, Car tu mis à mon doigt la bague De l'amour éternel et doux.
Et j'ai, pour guider mon navire Sur l'océan tempétueux, La lumière de ton sourire Et la lumière de tes yeux !
Nos souvenirs, toutes ces choses Qu'à tous les vents nous effeuillons Gomme des pétales de roses Ou des ailes de papillons,
Ont d'une joie évanouie Gardé tout le parfum secret, Et c'est une chose inouïe Comme le passé reparaît.
A de certains moments il semble Que le rêve dure toiyours Et que Ton soit encore ensemble Gomme au temps des défunts amours ;
Pendant qu'à demi Ton sommeille, Bercé par la vague chanson D'une voix qui charme Toreille, Sur les lèvres voltige un nom.
Ivre d'une dernière ivresse, Perdu dans un rêve sans fin, L'on sent qu'une ombre vous caresse Et qu'une main vous prend la main ;
Et cette heure où l'on se rappelle Son cœur follement dépensé.
Est comme un frissonnement d'aile Qui s'en vient du joyeux passé.
C'est novembre. C'est le mois Où tombent les feuilles mortes, Où le vent qui bat les portes Cause de soudains émois.
11 fait bien froid dans la chambre Et le soleil va pâlir.
On est comme le roi Lear, Sans foyer, en plein décembre I
Les soirs sont tristes et longs.
Avant que le jour s'achève, Je veux voir au fond d'un rêve Rayonner ses cheveux blonds.
Je veux, en ma fantaisie Étrange, cueillir le vers Qui tremble au vent dôs hivers Sous Taile de Poésie.
La fleur des tristes amours Refleurira. Mais qu'importe?
Le vent bat toujours la porte.
Les feuilles tombent toujours I