‹ Les poëmes de l'amour et de la merChapitre 4 sur 29 · MADRIGAL · texte numérisé non relu

MADRIGAL

Les royaumes des rois sont grands, Si grands qu'on peut s'y perdre à Taise, Mais ils finissent — n'en déplaise A la fureur des conquérants.

La mer est bien large sans doute Et bien profonde, mais on peut En trouver le fond, si Ton veut, Et môme la mesurer toute;

Là-haut, le grand ciel éclatant Vers qui rœil ébloui s'élève Paraît immense; mais le rêve En fait le tour en un instant

Le rêve 1 c'est que la pensée Est plus vaste que Tunivers, Lorsque sur l'aile d'un beau vers Elle est éperdûment lancée.

Eh bienl l'essor est limité Des plus aventureux génies; Il n'est de choses infinies Que mon amour et ta beauté.

Ayant appareillé pour le pays du rêve.

(Raoul Pomchon.)

Nous nous aimerons au bord d'*un sentier Où rherbe soit haute, et fraîche, et bien douce, Ou dans les grands bois, sur un lit de mousse... Nous nous aimerons dans le monde entier I

Nous nous en irons éperdus, en rêve, Ne comprenant rien aux bruits d'ici bas, Nous aimant toujours, ne nous parlant pas, Sur un océan qui n'a point de grève.

Nous n^aborderons nulle part : toujours Un bonheur tranquille, ineffable, immense; Et le vent des cieux, plus doux qu'un silence, Nous murmurera des chansons d'amour.

Âmonr, pensers d'amour, rêves subtils et doux, De l'air tiède du soir flottantes rêveries, Roses qui parfumez nos visions fleuries, Venez-vous en vers nous qu'on appelle des fous î

Fous de joie et d'amour! — Moi, j'étais à genoux, Les mains jointes, comptant les secondes bénies, Et parfois, m'éveillant d'extases infinies, Du vent qui vous baisait je me sentais jaloux.

Que se passait-il donc en ces deux âmes vierges? Mais les étoiles d'or luisaient comme des cierges; La brise soupirait le lied aérien

D'une mélancolique et discrète infortune;

La mer calme venait mourir au clair de lune,

Et nous nous aimions t^nt que nous ne disions rien.

Mignonne, es-tu dévote et fais-tu ta prière?

Fais-tu ton examen avant de te coucher.

Et te reproches-tu comme un vilain péché De nous être embrassés une journée entière?

Quand un vague sommeil alourdit ta paupière, Quel nom murmures-tu ? quel oiseau passager Te traverse la tête, et quel mot messager S'envole de ta lèvre, en soufflant ta lumière?

C'est — je le gagerais, moi qui rôde alentour — L^amour, le fol amour et rétemel amour !

Car je sens sur mon front passer une caresse.

Et toi, pure dans Tombre où tu vas sommeiller, Tu poses tes cheveux nattés sur Toreiller, Et dans ton petit lit tu pleures de tendresse.

A long, long kiss, a kiss of youth and love.

(Byron.)

Ce jour-là, vous songiez. Qui pouvak remplir, chère,

De si profonds pensers votre tête légère?

Tallai derrière vous sur la pointe du pied,

£t je mis un baiser très-long, très-appuyé,

Sur votre cou de neige où finement ondoie

Un petit cheveu blond comme une fleur de soie.

O ma chère, qu'il t'en souvienne I Et qu'il te plaise,

En tes pensers, de voir souvent cette falaise

Où Ton respirait Pair libre et puissant du ciel ;

Où, les yeux étonnés d'un spectacle éternel

Et Foreille attentive aux immenses murmures

De l'Océan, du vent qui passe et des ramures

Des grands arbres tordus au vent du ciel, couchés

Dans la fougère, ayant à nos pieds les rochers

Et la plage — en rêvant nous laissions fuir les heures...

Souviens-toi comme hier, quand je te dis : «Tu pleures,

Et pourquoi pleures-tu quand nous nous aimons tant? »

Un sourire passa sur ta bouche, emportant

La tristesse d'un cœur qui contient trop de choses.

Et tes lèvres de pourpre étaient deux belles roses

Qui me tentaient la bouche et riaient à plaisir. Gomme un avare, j*ai prolongé mon désir, Muet, f enveloppant d'un regard tout entière ; Tes beaux cheveux étaient inondés de lumière. Et tes yeux à travers tes cheveux emmêlés Apparaissaient — comme des bluets dans les blésl 13

Je meurs d*amour, je suis amoureux comme un chien. Oh! donne-moi ta bouche, et meure sur tes lèvres Ton rire virginal ! — Non, rien au monde, rien Au inonde n'éteindrait tout le feu de mes fièvres.

Jusqu'ici, Fœil perdu au ciel, et triomphant Si je pouvais au cœur me piquer une rose Échappée à tes doigts, naïf comme un enfant.

Je t'aimai sans vouloir ni songer autre chose.

Mais à présent je veux t'adorer à genoux Et rester devant toi le front dans la poussière, Respirant le parfum si cruel et si doux De ton merveilleux corps rayonnant de lumière.

Je veux baiser tes pieds comme les pieds des dieux Et je veux sangloter d'amour sans fin ni trêve, Et vendre à qui voudra ma place dans les cieux Pour presser dans mes bras la chair qui fut mbn rêve.

S'il me fallait mourir le premier soir d*amour Où ton âme serait fiancée à la mienne, Où ton corps, éclatant de la splendeur du jour, A mon corps enlacé comme par une chaîne, Me livrerait ses chairs superbes, ses seins blancs Dont les pointes sont des rubis étîncelants,

Avec sa large hanche à Topulent contour Et ses jambes d'ivoire amoureuses et fines; S'il me fallait mourir par ce beau soir d'amour Dans un enivrement de voluptés divines.

Je n^hésiterais pas, et mon cœur tourmenté Dans un instant mettrait toute une éternité.

£t je me coucherais, pour ne plus m'éveiller, Sous des rideaux de pourpre et parmi les dentelles; Je poserais mon front brûlant sur Toreiller, Et, quand j'aurais goûté tes caresses mortelles, Je baiserais ta bouche et je m'endormirais Dans le tiède parfum de ton corps jeune et frais.

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