LA NUIT BIENHEUREUSE
En écoutant les voix amoureuses du soir, Nous demeurions pensifs, votre main dans la mienne ; En écoutant le bruit des vagues — sans les voir — Et c'est le plus doux soir dont mon cœur se souvienne.
En respirant Todeur des puissantes forêts, Je vous vis approcher, pftle et tout oppressée; En respirant la nuit et ses parfums si frais. C'est la meilleure nuit que j'aie encor passée.
En entendant soudain chanter un rossignol.
Je vous baisai la joue et vous baisai la bouche; En récoutant chanter et pleurer comme un fol, Vous n'aviez pas souci de vous montrer farouche.
Oh! bénis à jamais soient tous ces bruits du soir, Et rôdeur des forêts soit à jamais bénie; Béni, le rossignol que nous ne pouvions voir Et qui troubla ton cœur avec son harmonie.
En revenant, je regardais Le ciel étîncelant d'étoiles Qui balançait, somptueux dais.
L'azur et Tor de ses grands voiles.
En suivant les sentiers en fleurs
Je chancelais comme un homme ivre;
Il nous tire de larges pleurs.
Le premier jour qu'on se sent vivre.
Je marchais les yeux, éblouis.
Perdu dans la splendeur des choses; A mes rêves épanouis Se mêlaient des senteurs de roses.
Je me rappelais son baiser Et sa souple taille qui ploie; Et mon cœur prôt à se briser Éclatait en sanglots de joie^