LA FILLE DE CAIN
La fille de Caïn dit, prés de la fontaine :.
« Azraël, connais-tu cette brise lointaine
Qui vient à nos baisers mêler un sel amer?
N'’entends-tu pas crier l’hirondellé de mer?
La mer roule vers nous, et c’est. Dieu qui la mène. Nous redonnions. Éden à la famille humaine!
Éden, sous nos baisers, refleurissaic plus cher! Nous avions rétabli la gloire de la chair!
Mais Dieu! Réjouis-toi, Caïn, dans ta semence : Entre la femme er Dieu la lutte recommence.
Sur la terre ébranlée où tendent mes genoux Entends-tu les Démons captifs rire de nous?
Quelle effroyable nuit roule de cime en cime! »
Les eaÿx ayaient rompu les sources de l’abime; Les antiques granits, de leurs flancs entr’ouverts, Larçaient des. gerbes d’eau, de fumée et d’éclairs ; Et bientôt, dans l’horreur des ténèbres compactes, Le ciel du Dieu jaloux ouvrit ses cataractes.
Sur les plaines où sont les tentes des pasteurs,
Sur les sombres forêts ec les.pins des hauteurs,
Sur les grandes cités aux enceintes de brique’ .: . 7 Où l’homme rend hommage aux démons et fabrique, Près des fleuves fangeux, dans de noirs ateliers, : Les étoffes de lin, les anneaux, les colliers,
Les grands couteaux de bronze ‘et les flèches de pierre, Où les fils de Caïn, race maudite. et fière, Li. Lisent au ciel changeant sur le faîte des tours, . L'eau, par nappes, tomba durant quarante jours, :.
Et le vent souffla tel que des brisants humides‘. Heurtaient les sept degrés des hautes pyramides.
Les fauves, les humains, la troupe des vivants: .. - ” Gagna les pics neigeux sous la foudre mouvants. . Et les géants debozt.et.les vierges voilées,
Les mères qui tendaïent leurs mamelles gonflées A leurs petits enfants aux yeux ‘clos, les vieillards, Inertes, et du fond-de leurs yeux sans regäfds | Pleurant leurs jours de paix'ec leurs longues mémoires, Les chefs portant la lance et les esclaves noires, Les marchands étrangers venus sur leurs chameaux, : Et les prêtres savants à conjurer les maux, | .: Sous le choc écumant.de la vague profonde, :: :..