‹ Les poëmes dorésChapitre 30 sur 31 · LE BASILIC · texte numérisé non relu

LE BASILIC

Entends la faïble voix qui gémit dans sa bouche :

« Gemma, n’accuse plus mes retards en pleurant.

Ton frère m’a tué sous le pin du torrent,

Et c’est Là, dans la pluie et l'ombre, qu'est ma couche. »

Il ne dit rien de plus et dans le clair matin S’enfuit. Gemma répand des perles sur sa tête, Pour honorer son corps met sa robe de fête,

Et, portant des parfums, sort d’un pied clandestin.

Comme une jument barbe, elle a, dans la rosée, Prompte et soufflant du feu, bondi jusqu’au torrent ; Elle a bien fort henni d’épouvante en flairant

La terre sous le pin nouvellement creusée;

Mais, grattant le sol noir de ses ongles, elle a Découvert aussitôt la chevelure blonde,

La poitrine que perce une entaille profonde, Tout le corps de l'ami qui fut égorgé là.

122 IDYLLÉS ET LÉCENDES.

Oh! qu’elle eùt bn voulu le prendre et fuir avecque : Oh! qu'elle l'eûc bienxôt porté contre son cœur Jusqu'en la cathédrale et couché, dans le chœur,

Au tombeau qu’a pour soi fait dresser l’archevèque ! . -

Elle a senti combien de tels vouloirs sont vainss .

Et, pressant dans sés’bras lé corps meurtri qu’elle aime, Elle a longtemps hurlé contre la face blême ;

Et son grand désespoir a rempli les ravins.

Puis, tranquille et muette, elle a d’uñe maïn sûre Trarché par un couteau la tête belle encor: : Contente, elle l'emporte enclose en un drap d’or, Après l'avoir lavée et de baume et d’eau pure.

Gemma, depuis ce temps, sur le haut escabeau, Tout près de la fenêtre aux vitres en losanges, - Et le jour et la nuit, boir les senteurs étranges

D'un pied de basilic spiritueux et beau.

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Et jamais bésilic dans ‘un pot de faïence. :

Blanc et bleu;.comme ‘én ont les filles des cidés, :: °°": De ses rameaux touffus, par la sévè-humertés, :° : N’exhala tout fleuri si molle défaillince. ©: Ses feuilles; qu'elle mâche,-ont ün merveilleux goût: -7 Glacial, erivrant, amer. Elle l’arrose : - 7 = D'’eau de fleur d'oranger et d'essence de rose, Et de larmes d'amour, oh! de larmes surtoñr.- 7 ©

Mais quelle terre noire a nourri cette plante» Quels sucs mystérieux en forment la senteur,

os . DORE Pour qu’elle ait chargé l'air d’une âcre pesanteur,

Et dans les lourds rideaux. épandu la mort lente»

Laissez la pâle enfant respirer seule en paix . L'âme du basilic; oh! laissez-la, par grâce! Elle sait bien pourquoi cette plante est si grasse ;

Elle sait que l’on meurt de son parfum épais.

C’est le dernier espoir, c’est l’unique tendresse,

C'est le doux entretien de la triste Gemma ;

Car de ce vase où giît la tête qu’elle aima, ° Le parfum de la mort s’exhale et la caresse.

Consume-toi, Gemma, dans ta brève langueur!

Ton nom plaît au poëte ec doucement résonne, Et l’on t'honorera dans plus d’une canzone, Car un naïf amour a rempli tout con cœur.

Dans les siècles de foi, surcout dans les derniers, La grand'danse macabre était fréquemment peinte Au vélin des missels comme aux murs des charniers,

Je crois que cette image édifiante et sainte Mettait un peu d’espoir au fond du désespoir, Et que les pauvres gens la regardaient sans crainte.

Ce n’est pas que la mort leur fût douce à prévoir : Le Diable les happait au sortir de la terre;

Pour eux, mourir, c'était passer du gris au noir,

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