‹ Les poésiesChapitre 41 sur 172 · LE MYSTÈRE DU LOTUS · texte numérisé non relu

LE MYSTÈRE DU LOTUS

Ta colère triomphe, ô Kâla! nul refuge. Bleue encor des poisons de Tocéan lacté, Ta sombre gorge avait amasse le déluge.

Telle qu'un grand ravin par Torage habité, Ta narine profonde a soufflé la tourmente Sur rincendie issu de ton œil irrité.

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Où sont les vastes cieux et la terre charmante ?

Hélas ! toute la vie et toute la beauté

Gisent sous l'onde morne où le vent se lamente.

Tes vastes cieux, Indra, que baignait la clarté Des étoiles, ont fui dans la tempête noire Comme un pavillon d'or par la bise emporté I

Le Çwarga lumineux aux escaliers d'ivoire

N'est plus. Les seuils de jaspe et les chars de cristal

Sont brisés. O vainqueur, qu'as-tu fait de ta gloire?

Les Gandharw'fs, orgueil charmant du ciel natal,

Ont cessé d'agiter les clochettes sonores

De leurs pieds que dorait la poudre de cantal.

Les Âçwins éclatants comme des météores Ne courbent plus au joug de leur char constellé Les Vaches aux poils roux qui portaient les Aurores;

Et la terre, Prisni, comme un bloc descellé, Avec ses pics hautains et ses plaines fertiles, On ne sait où, dans l'ombre, éperdue, a roulé»

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Tandis que, hérissant sa tête de reptiles,

Et le pied sur les flancs des dragons, le Dieu noir

Brandissait le Ciras, destructeur des sept Iles !

Maintenant Tarme auguste a rempli son devoir. Au sein de TÉtre unique, étang de quiétude, Brahmâ s'est endormi, voyant tomber le soir.

Répudiant Torgueil et la sollicitude

De l'œuvre, il goûte^ après mille âges évolus,

L'anéantissement dans la béatitude.

L'universelle mer précipite ses flux Ténébreux à travers l'horreur universelle, Cherchant la grève absente et l'ile qui n'est plus.

Chaque lame en bramant presse un flot qui harcèle

Une vague tandis que la vague poursuit

Une autre lame en pleurs qui vers un flot ruisselle ;

6o Pd'j^o.îe.

Et, sur la houle énorme au lamentable bruit, Comme un vaste étendard que la tempête arbore Palpite répouvante obscure de la nuit.

Oh I que d'âges suivis de tant d'âges encore Traverseront Teffroi du gouffre illimité, Sans souvenir de jour et sans espoir d'aurore!

Hors du nombre, des lieux et de la qualité, L'Être unique et total s'est abîmé soi-mcm-j Dans l'informe infini de sa propre entité.

Tel se concentre et gît parmi la cendre blême

Le Feu rassasié des mystiques repas,

Tel se recueille, oisif, le Principe suprême.

Sous la forme du Temps, il est ce qui n'est pas; Sa présence a son lieu dans toutes les absences Et son réveil latent dort dans tous les trépas.

L'angoisse des espoirs et des réminiscences Meurt au fond du Tirtha sans rivage et stagnant Fait du fleuve dompté des tristes renaissances \

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Et chaque âge divin se déroule, enchaînant A d'innombrables nuits sa nuit démesurée, Sans vaincre ce repos immense et permanent.

Mais enfin, du constant effort de la durée, L'Amour est né ! Bientôt, mystérieux ferment, Sourdra la force au sein de l'Être demeurée.

Par le temps qui s'amasse accrue infiniment, La passion pénètre en tout ce qui repose, Avec un convulsif et chaud frémissement.

Tel se renforce Agni du coma qui Tarrose, Tel s'enfle, imbu d'amour, le germe originel; Le désir de l'effet s'empare de la cause.

Sous des voiles chargés d'influx passionnel Et pareils à la brume où Taurore va naître. Flotte un contour étrange et vatuement chunel ;

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Palpitante, Màyâ s'efforce d'apparaître ;

Le vide, d'une transe ineffiiblc agité,

Voit s'accomplir l'hymen de la Forme avec l'Être ;

Et dans son adorable extériorité,

Parmi l'effarement des ombres, sur la face

De l'abîme sans bord, l'Esprit-Monde est porté !

O Pourouçha 1 la houle incessante déplace Et ramène ton lit souple, formé des noeuds QjLie le Roi des serpents enlace et désenlace !

Clairs et resplendissants de métaux lumineux,

Les mille chefs du grand Çécha, comme une ombrelle,

S'abaissent vers ton front qui se reflète en eux 1

Tu médites, auguste, à travers la querelle

Des noirs remous 1 portant les œuvres dans ton flanc,

Tu sens frémir au loin ta forme corporelle!

Pagodir. 65

Et de ion pur nombril, mystérieux étang,

Le grand Lotus, berceau des trois Mondes, s'élève.

Doux comme le soleil des jours d'automne, et blanc !

Il éclaire, il féconde, ayant l'amour pour sève ;

Il verse la candeur et la limpidité

De l'aube dans l'effroi de la nuit qui s'achève ;

Et de sa léthargie enfin ressuscité, Brahmâ, pistil géant.de ce calice énorme, Détend ses membres faits de force et de bonté,

D'où se dérouleront l'Étendue et la Forme !

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