LE TRÉPORT
A mer pendant la nuit.
C'est de l'encre et du bruit.
Cest une bouche horrible Ouvrant sur l'invisible.
Au loin naît un sanglot Qui domine le flot,
Une plainte infinie Comme dans Tagonie.
Ce sanglot prolongé Vient-il d'un naufragé?
258 CHRONIQUE DE LA MER
Non ; des Océanides
Ce sont les chants perfides.
Leur nombre va croissant :
Elles sont d'abord cent,
Puis deux cents, et puis mille, Sur le gouffre mobile.
Se tenant par la main.
Sous le ciel inhumain,
Elles font une ronde
A demi-corps dans Tonde ;
Leurs cheveux déroulés A des fleurs sont mêlés;
Leurs froids visages pâles Ont des lueurs d'opales ;
Et toutes, sans remord, Elles chantent la raort.
CHRONiaUE DE LA MER 259
Mais Tombre s'en rit, l'ombre Engloutira leur nombre !
La mer pendant la nuit, C'est de l'encre et du bruit.
Ce sont des punaises
Bien aises De pouvoir d'un jeune étranger Manger.
(Ch. BlTAILLS.)
UAND vinrent les heures indues, Dodues, Elles accoururent sur moi...
Émoi I
Dès que j*eus soufflé ma bougie, —
Rougie, Elles prirent pour entrepôt
Ma peau.
26i UN HÔtEL DE BDRt)ÈAÙît
Il en venait de la Douane, —
Q^e damne Mon souvenir encor récent, —
Un cent I
Il en venait de Fondaudége ;
Cortège 1 Et même de Saint-Éloi ;
Convoi !
Il en venait de Tlntendance,
En danse ; Il en arrrivait de Toumy
Un nid.
Tu me les envoyais par tranche, Croix-Blanche ;
Vous les lanciez par escadrons, Ghartrons!
Et toutes, sous ma courte-pointe . Mal jointe,
Dévoraient d*ua commun accord • Mon corps.
Elles disaient dans leur sauvage
Langage :
« Qu'il est bon I qu'il est succulent !
« Et blanc!
« Quoique tendre, son épiderme
« Est ferme; « Au marché Ton paîrait fort cher
« Sa chair 1 »
Seul, insensible à cet éloge :
« Déloge 1 « Insecte vomi par Satan,
« Va-t'en 1 »
Sourdes, elles croissaient en nombre
Dans l'ombre»
Jusqu'au jour dura ce duel..*
L'hôtel
Où j*ai fait ainsi fausse route
Ne coûte Qjie vingt francs pour la nuit, — tous prix
Compris.