MUEZZIN
Quand les peupliers et quand la prairie Avec le ruisseau chantèrent en chœur, Quand je vis briller les fils de Marie, Je sentis la paix monter à mon cœur.
Mille oiseaux jasaient, je me sentais vivre: D'un chaste bonheur mon cœur se berçait; Et c'était pour moi, qui d'un rien m'enivre, Comme un frais bonjour que Dieu m'adressait.
Et voyant ainsi le ciel me sourire, Pour que votre esprit ne fût pas jaloux, A mon tour aussi j'ai voulu vous dire Que le ciel s'était levé bleu sur vous.
Car peut-être alors, belle paresseuse,
Les volets fermés à l'éclat des cieux,
Vous pensiez — souvent l'aurore est berceuse
A tout ce qui fait le front soucieux.
Vous pensiez aux jours de courte durée, Qui laissent en nous si longs souvenirs, A l'espoir qui passe en robe dorée, Haillons rattachés avec des saphirs !
MUKZZIN
Vous pensiez sans doute à tout ce qu'emporte L'ombre qui décroît, voile replié, Au rayon qui vient quand la Heur est morte, Au malheur qui fuit sans être oublié.
Vous pensiez, tendant l'oreille aux mensonges Qu'à votre chevet souflle le sommeil.
Qu'il valait bien mieux poursuivre des songes, Que de tant hâter l'heure du réveil ;
Que, peut-être, hélas! le jour qui va luire Sera triste, et noir, et plein de courroux; Et voilà pourquoi j'ai voulu vous dire Que le ciel s'était levé bleu sur nous.