MA NUIT DE NOVEMBRE
Un jeune homme vêtu de blanc, • Qui me ressemblait comme un frère.
Son air était malicieux; Il me traita de songe-creux Et persifla ma chansonnette; Puis, sur un signe dt la mairr, M'entraînant au fond du chemin, Il me donna de sa galette.
Me poussant vers le cabaret, Il me versa du vin clairet, Et me fit troquer toute joie Contre un plat bien assaisonné.
Un poisson dûment citronné, Ou contre un lourd pâté de foie.
Lorsque je voulais travailler,
Il arrivait pour me railler;
Et, moquant Byron ou Sénèq.ue,
Il laissait une vague odeur
De mayonnaise ou de chou-fleur
Jusque dans ma bibliothèque.
Et je l'ai partout rencontré,
Partout où mes pas ont erré.
En France, en Alger, en Espagne,
A Bordeaux, sous les pinadas,
A Nice, sous les mimosas,
Et dans notre ancienne Allemagne;
A Rivesalte où l'on boit sec, Dans les ruelles du Rvdeck
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Dont la moitié n'est que ruine; A Nantes, où mon berceau rit, A Londres, où tout s'assombrit.
A Marseille, où tout s'illumine.
Partout où j'ai bâillé mes jours,
A toute heure, en tous lieux, toujours.
Dans le palais ou la chaumière,
J'ai retrouvé, la toque au vent,
Un cuisinier vêtu de blanc
Qui me ressemblait comme un frère.
C'est lui qui m'a, tant qu'il a pu.
Jusqu'aux moelles corrompu Et flétri de sa sotte ivresse, Et fait faire un vaste plongeon.
Absolument comme un goujon, Dans la Seine de la paresse.