PRÉFACE III
stances, telles quel les j ont une vivacité de ton et d'allure y une familiarité chaude et franche, qui sent la saison des amitiés premières. N'effaçons jamais cela (i). Je regrette aussi Une Date, où perçaient des accents fiers mêlés de dégoût et d'' amertume (2). Il semble qu'en avançant dans la vie, le poète ait renoncé à souffrir ou qu'il en ait honte ; mais à force de renfoncer ses pleurs, on les désaccoutume de naître. Che^ Monselet la gaieté, l'observation fine, une sensualité spirituelle , la malice., la bonne humeur, — ce qui faisait le fonds de cette nature française, — ont triomphé.
« On remarquera pourtant dans son poème le Médoc une veine poétique amoureuse asse:{ délicate, un talent de description harmonieux et nuancé. Voule:{-vous, par exemple, une charmante aurore P. . . {Ici Sainte-Beuve multiplie les tableaux, tels qiiune Soirée d'automne, la Description d'un cuvier, le Spectacle des vendanges, etc., etc.; après quoi, passant aux autres aptitudes de l'auteur, il termine de la sorte :) Cest asse:{ montrer que Monselet a pu être poète; raison et nécessité,
(1) J'ai rétabli ces stances.
{•i) C'est la pièce intitulée aujourd'hui : Poète famcliquc, avec des changements.
IV PREFACE
// a dû préférer la prose. Sa prose, on le sent en maint endroit, a touché la rose, je veux dire la poésie...
« C. A. Sainte-Beuve. »
Dans ces lignes tombées de si haut, on le voit, il y a de quoi motiver une édition définitive des poésies de Charles Monselet.
Elle aura sa place marquée parmi les œuvres des plus charmants esprits de ce temps, les plus enjoués et les plus variés, sans attaches d'écoles ni de théories d'aucune sorte. En promettant de l'augmenter, nous sommes loin de prêter les mains à un mensonge : avec les fruits de son automne l'auteur ti grossi son volume, comme on fait d'un panier. Autrefois^ il avait une clientèle che:( les gourmets littéraires ; c'est à cette clientèle, — qu'il espère avoir conservée, — que nous signalons, dans cette seconde partie, les pièces suivantes : Une Chansonnette des rues et des bois, La Semaine sainte à Rome, Ma Nuit de novembre, Inventeurs et Inventés, Sarah aux bains de mer, Ce que Ton boit. etc.. etc..
On
m'a demandé, l'autre jour.
Dix lignes de biographie Au bas de ma photographie :
Le vilain mot! le vilain tour!
Les voici : la ville de Nantes, A qui je n'en saurais vouloir, M'a vu naître, sans s'émouvoir De mes facultés étonnantes.
Et puis, je suis devenu grand.
J'ai, sans paraître téméraire, Juste la taille militaire; Mais en largeur c'est différent.
Mon histoire est assez banale, Car c'est l'histoire de tous ceux Qui prennent pour la capitale Un passeport de paresseux.
L'amour m'a touché de son aile A l'heure ordinaire; et j'ni su
PREFACE
Comme on triomphe d'une « belle », Et comme on l'aime — à son insu.
J'aurais pu souffrir davantage; Mais, de bonne heure, plein d'orgueil.
J'eus toujours le rare courage De cacher les pleurs de mon œil.
Le principal étant de vivre, Fidèle au : « Tel père, tel fils », Ma ressource devint le livre ; Mon père en vendait; — moi, j'en fis.
Ma verve fut vite étouffée Sous le journal, rude fardeau ; La servante chassa la fée; L'article tua le rondeau.
Quinze ans d'un pareil exercice Ne m'ont laissé que — la malice.
Je suis par la prose envahi; D'autres disent : — et par l'Aï.
Entre les noms dont se contente Avec grand'peine maint rimeur, Il n'en est qu'un seul qui me tente : Poète de la bonne humeur.
Cela me suffit. DesbarroUe A lu dans ma main, cet été.
Quatre-vingt-dix ans de gaieté:
Je veux l'en croire sur parole.