‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 109 sur 133 · TRISTESSE · texte numérisé non relu

TRISTESSE

Toutes larmes un jour sèchent sous la paupière ; Car les glaces du temps viennent figer les cœurs. Et nos bonheurs perdus, & toutes nos douleurs, Laissent moins que nos corps qui tombent en poussière. Toujours avec le temps s'efface le regret; Tout fuit, s'envole ou passe ou meurt; tout disparaît.

Ce que l'on a rêvé fuit toujours comme l'ombre.

Et l'oiseau qui s'envole emporte sa chanson.

Le temps passe sur tout, &, comme fait un son,

La douleur s'affaiblit, mais le chant devient sombre.

Toujours avec le temps s'efface le regret ;

Tout fuit, s'envole ou passe ou meurt; tout disparaît.

Quand, au tombeau caché, nous cueillons une rose

Sur le buisson grandi que planta notre main.

Et qu'un insecte ailé bourdonne son refrain,

Voilà ce qu'il murmure où la cendre repose :

« Toujours avec le temps s'efface le regret ;

Tout fuit, s'envole ou passe ou meure; tout disparaît. »

O vous, dont la blessure est encore saignante,

Espérez, & plus tard vous serez consolé.

Moi dont l'unique amour au ciel s'est envolé ,

Je ne puis oublier!... C'est en vain que je chante :

(( Toujours avec le temps s'efface le regrec ;

Tout fuit, s'envole ou passe ou meurt; tout disparaît. >

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