‹ Les Poésies de Germain Colin Bucher, [poète] angevinChapitre 10 sur 31 · {SI · texte numérisé non relu

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Car a la chose il ne convient en rien :

Tout'vostre faict est de trouble mémoire.

La chose au nom donne force, et l'hystoire

Pour les beaux faictz non pour beaux noms est leue:

Qui nommeroit os de lanterne', yvoire,

Et le fer, or, tufîe, lycorne esleue^

Hz ne seroient pourtant de leur value,

Et ne tiendroient leur resplendeur jamais.

Soubz beau semblant, menez vie pollue

Dont pour très bons serez dict très maulvais.

Contre les sotz riches

Pour ce que n'ay or ny argent en bourse. Gemmes es doitz, ny la table eburnee Et que fortune a mes veuz est rebourse. Que ma maison n'est fulgent ny ornée D'antiquitez ou de vieilles ymaig'es.

Pour ce que n'ay mondaine destinée Et que je suys sans aulcuns heritaiges, Pour ce que n'ay tourbe de serviteurs

* Les lanternes étaient ordinairement garnies, au lieu de verres, de minces plaques de corne ou d'os.

* Plusieurs quadrupèdes, entr'autres l'antilope oryx, prirent le nom de cet animal fabuleux. La corne de licorne passait pour être un contre-poison incomparable, on en conservait de petites parcelles choisies dans les trésors, pour les enchâsser comme bijoux dans des objets de valeur,

Vassaulx, subjectz, simples ny haultz hommaiges, Ung tas do gens, barbiers, foulons, forgeurs M'appellent beste et sot a tous envers. Noblesse aussy, de race et non de meurs, Villain me font et me reputtent besle, Me regardant de tort et de travers Comme si j'eusse une corne en la teste. Chascun me hait, chascun me dampne et fuyt, Car aujourd'huy on ne faict cas ny feste D'homme vivant, tant soit il clerc instruit, S'il n'est puissant d'heritaige ou pecune. Le riche seul est saige, et qui ha bruict; Seul est loue, a voix simple et commune; Mais s'on ' vouloit les honneurs départir Parles vertuz, sans hazard de fortune.

Ils se verroient plus testes sans mentir, Plus estonnez, plus sotz et plus honteux Que gros bouviers, car pour a droit sentir. Vrais honneurs sont qu'on porte aux vertueux.

A ung quidam

L'ymage d'or que Michel ^ a pourtraicte Est sur ton vif assez proprement faicte

* Si on.

2 Nous ne connaissons pas d'artiste de ce nom, en Anjou.

S'agirait-il d'un orfèvre de Tours, Eloi Michel, connu par un acte de 1532, cité par M. Giraudet : Les Artistes tourangeaux? (Tours, 1885, in-8°, p. 29o.)

Tant qu'on dyroit c'est Anthoine Tritoy, Si elle fut punaise comme toy ; Mais elle sent le musc et le binjouin Et toy tu es puant comme ung- fouin ; Item, tu as une aureille pourrie, L'ymaige non ; en quoy l'ouvrier varye. Dont tu lui es grandement débiteur, Quant pour cacher ton vice il faict erreur,

A Monsieur de Mandon, chanoine d'Angiers *

Nous avons veu voz deux espitres

Et selon nostre jugement.

Ce sont perles dignes de mytres *

Qui ont de plomb l'enchâssement.

Mais si, pour vostre esbatement,

Daigniez abaisser voz tiltres

Et venir en l'hébergement

Des pouvres rustres et ministres,

1 Jacques Mandon mourut le 25 novembre 1555. Le Répertoire archéologique de l'Anjou, 1865, p. 265, cite la longue épitaphe en vers que fit placer à la cathiédrale, sur son tombeau, en 1566. son neveu, Guillaume de Mandon, en restaurant un autel fondé par lui, et détruit par les Huguenots : « Feu mestre Jacques de Mandon « Noble de cœur, d'œuvre et de nom « Prestre était, chanoine, curé ; » L'honneur de Dieu a procuré... »

(Voir le mss. 871 de la Bibliothèque d'Angers, pp. 10 et 12.) * Di^ne d'un évèché ou d'une abbave.

Combien qu'ayons pouldreux pupiltres Et que vivions dietement, Nous vous ferons chère sans citres :

La kyrace ' a commandement.

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