CXXXVIII
Reconfort sus son partement. — A sa dame
Si je m'en voys pour quelque temps dehors. N'en ternissez vostre beau teinct de pleurs. Pensez, en vous, que le départ des corps Est moins que rien quand uniz sont les cueurs.
Tant de douleurs,
Aigres langueurs.
Viennent de faulte de foy !
Cueillez dont fleurs
Plaines d'odeurs.
Passant le temps sans esmoy.
Pensez souvent aux gracieux accords De nostre amour, et par voz bonnes meurs A tous regretz faictes forger uug mors D'espoir certain pour dompter voz clameurs
Dire, je meurs
En griefs labeurs
Que mon amy je ne voy.
Sont crevecueurs
Dont les fureurs
Rompent Amours et sa loy.
De mon retour point n'en ay de rec^ords. Mais tant y a maulgre toutes longueurs Au plus loing' but, vous me voirrez, alors Que le raisin rend ses doulces liqueurs.
En ces primeurs
Que vendengeurs
Célèbrent Bachus leur roy.
Par voz doulceurs
Et grands valeurs,
Je vous prie, attendez-moy.
Responce au précèdent
Le reconfort de vostre partement M'est gracieulx aultant que je vous ame.
Et prends en gre le dur esloignement Sans en trister que bien a point mon ame.
Mais quand la Dame
En perd sa flamme,
De froid la convient pasmer
Et ny a basme
Perle ny gemme
Qui sçeust doulcir son amer.
Pourtant, amy, je vous prie humblement, Prenez le soing de m'ouster de ce pasme Et retournez vers moy tant briefvement, Que mon esprit vous y soubzhette et clame,
Car seulle femme
De dueil s'affame
Et se laisse consommer.
Son per acclame.
Ou bien la lame
Pour ses ennuytz abismer.
Or a Dieu doncq mon courtoys pensemenl, La froidisseur de l'amour qui m'enflamme, Adieu vous dy, vivez si noblement Qu'en noz amours jamais ne viengne blasme.
Car le bigame
Dangier, l'infâme,
Veult tous amans diff'amer
Et les proclame
A haulte game
En l'air, en terre et en mer.
A Gylon
Tout mon dueil est que mon dueil n'a povoir De vous donner de mes peines douleur, Et que l'espoir, qui me faict hault vouloir, Me tient luy-mesme en martire et langueur. Mort veult que vive, et vie a mort veoir : Qui gangnera, qui sera le vaincqueur?
Ensemble vrais deux contraires avoir C'est ung miracle impossible a l'aucteur. C'est ung miracle estonnant tout sçavoir, Fors que le tien dont pour ta grand valeur, Myenlx veulx la mort a gloire recepvoir Que mou Amour deffaille a ta rigueur.
Dizain sus le mot de l'acteur
Vela que c'est, des biens et maulx d'amours Les travaulx sont plus grands que le desduyt; Mais tout ainsy qu'il y a plus de flours Qu'il n'y a pas en ung arbre de fruict Et que le fruict est le meilleur tousjours, Semblablement le mien qu'amours produvt Tout viengne a tard et par longues clamours Vault cent foiz myeulx ; et partant il s'ensuyt Qu'il fault aymer, nonobstant plaindes et plours Et que l'amer, le doulx, passe en circuyt.
A mes petites seurs
Mon Dieu la toux ! ma commcrc et ma scur !
Las ! quel ah an ! j'en suys prest de transir.
Et si vous deux ne gardiez mon cueur
Je le fondroys a force de toussir.
Gardez le bien, il ayme vostre honneur
Tant qu'il vouldroit pour vous croistr(; accoursir
Et m'envoyez du vostre une vigueur
Pour ung petit mon espoir espessir
Contre les coups de si aspre douleur :
L'octroy est bon dont mal ne peult yssir.
A quatre chanoines d'Angiers
Si vous plaist, Monsieur de Mancy, Breront ', l'official aussy^
1 Jean de Breilrond, orig-inaire de Rennes, mourut en 15(52, « quand commença nostre guerre civille », disait son épitaphe gravée sur cuivre, en l'église Saint-Maurice d'Angers.
« Bon catholique a bien faire très prompt « Vertueux prestre et chanoine honorable « Protonolhaire et partout vénérable... » Le mss. 871 de la Bibliothèque d'Angers, p. 68-69, donne cette épitaphe en entier.
2 Sans doute Hardouin Brehier, officiai d'Angers. (Voir l'introduction, ci-dessus, page 23.)
Avec Juigne ', ce bon seigneur Me faire demain cest honneur De disner avec la commère, Je vous feray très bonne chère Selon nostre petit estât Et si me vante d'ung bon plat Et vous donner, en lieu de farse, A chascun une belle garse.
CYLY
Despitz contre Gylon
Apres ma mort, je te feray la guerre, Et quand mon corps sera remis en terre J'en souffleray la cendre sur tes yeulx. Et si mon ame est répétée aux Cieulx, Croy seurement, dame très rigoreuse.
Je t'envoyray flamme si chaleureuse, De traictz a feu flamboyantz si très fort. Que tant vauldroit sentir armes de mort. Et si je n'ay les droicts de bonne vie Bien accomplis, je courray, a Fenvye, Sans distinguer le temps ny la saison , Comme im garou entour de ta maison.
Toutes les nuictz, en ton lict avallee, De moy lutin seras en peur soullee,
' Voir ci-dessus LU.
Et greveray incessamment ton corps.
Je te feray ainsy misericords Comme tues a l'amoureuse essence.
Et si je fais en l'air ma pénitence, Leiger yray te nuyre et laidenger.
Si suys en l'eau, je t'y forai plonger. Et si je suys cache entre les nues, Glaces alors ne seront retenues ; Gresles, escler, ny tonnerres, aussy.
Je t'en battrai, sans graco ny mercy.
Finablement quelque chose que soye, Je te feray la guerre en toute voye.
Si rien deviens, de rien te combatray, Et sur tout rien a te veoir m'esbatray. Moyen prendray d'issir de Phlegetonte ' Et des paluz infernaulx d'Acheronte, Pour te grever comme je l'ay songe. Et si je n'ay des Parques ce congé, Ma bonne amour que tu as offensée Rompra l'Enfer comme toute incensee, Et s'en ira tes plaisirs estranger.
Car quand vivant je ne me peulx venger Ne rendre aussy les angoisses semblables Que tu me fais par rigueurs exécrables. Mort, te feray tant de griefs recepvoir. Que ce sera grand pitié de te veoir.
' Comme l'Acheron, le Phlegelon était un fleuve de l'Enfer.
L'acteur aux poètes endormis
Estre es jardrins des n}TTiphes Hesperides Et ne cueillir ny violettes ny fleurs, Entrer au gue des Muses Piérides * Et ne g-ouster de leurs doulces liqueurs, C'est a musars et gens de pouvres cueurs. Avoir aussy sens, propos, temps, a main, Pour faire chose agréable aux seigneurs Et demeurer sans rien faire tout vain, C'est desrober aux vertus leurs honneurs Et qui tel est doibt soufi"rir soif et faim.
A ung sien parent
Yeulx tu apprendre a joyeusement vivre
Et a passer tes jours eu grand repos ?