‹ Les Poésies de Germain Colin Bucher, [poète] angevinChapitre 8 sur 31 · I-aisse les cours des grands seigneurs a suyvre · texte numérisé non relu

I-aisse les cours des grands seigneurs a suyvre

Ou il n'y a que faincts et vains propos.

Retire toy en quelque petit lieu

Gras et fertile, et tourne à dueil le dos.

* Les Piérides, filles de Piérus, ayant défié les Muses de chanter mieux qu'elles, furent changées en pies, par ces déesses.

Ne prends espouse, aiiis fuy la comme feu ; Ou bien prends la telle, je te conseille, Qu'elle ne soit trop belle n'y trop pou ; Clergesse moins. A banqueter ne veigle Et ne t'adonne a trop boire et manger, Qui l'homme en vice et en crime assommeille. Debatz d'aultruy ne vueilles chalenger.

N'ayes la main prodigue ny serrée.

Tien ung estât moyen, sans le changer.

Durant l'yver prends ta robbe fourrée.

Et sus l'esté vestz toy leigerement.

Fuy toute envye et rancune altérée.

Ainsy vivras cent ans heureusement.

GXLVIII

Douleur du piteux temps d'aujourduy

Pleure la vie, Heraclite, des hommes Plus que jamais, et par force de cris Seiche tes yeulx tant que tu les consommes ! Desrathe toy, Democrite, en ton ris, Car seurement, en ce temps ou nous sommes, Les humains sont si meschantz et verris^ Que puys que Dieu est Dieu on n'a veu chose Qui plus a rire et plorer nous impose.

* En Anjou, le mot verri s'emploie encore dans le sens de moisi.

A mon amy Philippes '

Esse ainsy que vous promectez, Monsieur le bailleur de bons jours ?

En promectant, vous endebtez ; En faillant, sont de maulvais tours.

Et fault que vous en repentez.

Bon Dieu mentirez vous tousjours ?

Je croy que vous y esbatez Comme Françoyse faict d'amours I

A quelqu'une

Si vous m'aymez, je vous prie, en pur don, Ne m'appelez plus monsieur, Demoyselle ! Mais ou Germain, au Colin, ou Gylon.

Car porter peulx au moins le nom de celle Dont mon cueur tient a tout heure sermon, Pour me venger de sa beaulte cruelle.

Au commandeur Loys de TinteviUe

En tes presens on congnoist clerement Les grands vertuz que tu tiens en trésor,

♦ Voir ci-dessous CLXXIII.

Et que tu es divin aulcunemeut De transmuer les paioUes en or.

Mercy t'en rends et grâces humblement, Me vouant tien et a cry et a cor, Comme a Gylon sus qui mon pensement Sans repentir a pris air et essor.

CLIJ

Dicton sur une excellente paincture. — Au regardans

Nayes point peur, la Dame que regardes N'est seullement qu'un soûlas en paincture, Mais de sa veue Amour tyre des dardes, Durs aguillons d'aspre et bruslaut pointure. Dedans ses yeulx Fart a mys la parleure Et a frustre la langue de ce bien.

— Ahy ! fuy t'en ! fuy t'en ! si n'as armeure.

— Fouyr, hellas ! la fuytte n'y vault rien : Avant le cop, j'ay profonde bleçeure !

L'acteur aux lecteurs

Si mes escriptz te déplaisent, lecteur, Va t'en ailleurs tes plaisances choisir ; Quand est a moy, j'y prends ung grand plaisir. Suffist bien s'ilz plaisent a l'acteur.

Page 1