‹ Les poésies de l'enfanceChapitre 51 sur 78 · A MA FILLE · texte numérisé non relu

A MA FILLE

Ondine ! enfant joyeux qui bondis su) la terre, Mobile comme l'eau qui t'a donné son nom, Es-tu d'un séraphin le miroir solitaire? Sous ta grâce mortelle orne-t-il ma maison ?

Quand je t'y vois glisser, dansante et gracieuse,

Je sens flotter mon âme errante autour de toi,

Je me regarde vivre, ombre silencieuse ;

Mes jours purs, sous tes traits, repassent devant moi.

Car, toujours ramenés vers nos jeunes annales, Nous retrempons nos yeux dans leurs fraîches couleurs; Midi n'a plus le goût des heures matinales

Ou ron a respiré tant de sauvages fleurs I

Le champ, le plus beau champ que renfermât la terre,

Furent les blés bordant la maison de mon père,

Où je dansais, volage, en poursuivant du cœur

Un rêvt qui criait : Bonheur ! bonheur ! bonheur !

C'est toi ! mes yeux blessés par le temps et les larmes, JRedevenus miroirs, se rallument d'amour. N'es-tu pas tout ce monde infini, plein de charmes, Que j'encerclais ^'espoir en essayant le jour?

Viens don 3, ma vie, enfant ! et si tu la prolonges,

Ondine, aux mêmes flots ne l'abandonne pas.

Que les ruisseaux, les bois, les fleurs où tu te plonges,

Gardent leur fraîche amorce au penchant de tes pas;

Viens ! mon âme sur toi pleure et se désaltère.

Ma fille, ils m'ont fait mal ! mets tes mains sur mes yeux,

Montre-moi l'espérance et cache-moi la terre ;

Ange, retiens mon vol ou suis-moi dans les cieux :

Mais lu n'entendras pas mes plaintes interdites ;

Dit-oa au passereau de haïr, d'avoir peur?

Tes oreilles encor sont tendres et petites,

Enfant, je ne veux pas méchantiser ton cœur.

Garde-le plein d'écho de ma voix maternelle, Dieu qui t'écoute encore ainsi réécoutera, 0 ma blanche colombe! entr'ouvre-moi ton aile; Mon cœur a fait le tien, il s'y renfermera. Car ce serait affreux et pitié de Rapprendre, Quand tu baises mes pleurs, ce qui les fait couler : Va les porter à Dieu sans chercher à comprendre Ce qu'une larme pèse et coûte à révéler.

Tout pleure, et l'innocent que le courant entraîne, Et ceux qui pour prier n'ont que leur repentir; Peut-être en ce moment les soupirs d'une reine Sur la route du ciel rencontrent mes soupirs.

Mais que l'oiseau des nuits t'effleure en sa tristesse; Il passe, monOndine, il passe avec vitesse : Sur tes traits veloutés j'aime à boire tes pleurs; C'est Fondée en avril qui roule sur les fleurs.

Que tes cheveux sont doux! étends-les sur mes larmes Gomme un voile doré sur un noir souvenir. Embrassons-nous! sais-tu qu'il reste bien des charmes A ce monde pour moi plein de ton avenir?

DE L'ENFANCE t"l

Et le monde est en nous : demeure avec toi-même; L'oiseau pour ses concerts goûte un sauvage lieu : L'innocence a partout un confident qui l'aime. Oh! ne livre ta voix qu'à cet écho : c'est Dieu.

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