‹ Les poètes amoureuxChapitre 25 sur 31 · UNE MATINEE D HORACE WALPOLE · texte numérisé non relu

UNE MATINEE D HORACE WALPOLE

Quant à la personne d'Horace Walpole, sa taille était nonseulement haute, mais encore, pour mieux dire, longue etj mince à l'excès; il avait la peau, et plus particulièrement celle des mains, d'une pâleur tout à fait maladive; je parle de lui avant 1772. Ses yeux étaient remarquables par leur éclat, leur pénétration, leurs prunelles noires et leur vivacité. Sa voix n'était pas forte, mais d'un accent extrêmement agréable, et, si je puis m'exprimer ainsi, tout à fait comme il faut. Il entrait dans un appartement avec cet air de délicatesse affectée que la mode avait alors rendu presque naturel, son chapeau entre ses mains, comme s"il désirait le froisser, ou sous le bras, marchant les genoux plies et sur la pointe des pieds, comme s'il avait peur d( marcher dans l'eau. Son costume de visite était le plus sou vent en été un habit couleur de lavande, une veste brodé) d'argent ou de soie blanche, des boucles d'or, des man chettes et un abot de dentelle... Il n'avait point de poudn en été, mais les cheveux de sa perruque relevés sur la tête laissant à découvert son front pâle et poli, avec la queui par derrière.

{Anecdotes of M. L. Haivkins.)

Remonter en bateau le cours de la Tamise depuis l

pont de Richmond jusqu'à Twickenliam est une de

plus poétiques promenades que vous puissiez faire ei

1 Cette seconde partie de nos études sur Chatterton date de 1834 Nous la reproduisons telle qu'elle fut imprimée alors sous sa form de biographie plus poétique que littérale, sans autre changemer que deux ou trois notes nouvelles et quelques ratures indispensable pour éviter les redites aux lecteurs de la première partie.

Angleterre, soit que vous vous embarquiez avec un but, soit que vous n'en ayez d'autre que de rêver entre le ciel et l'onde, sans aucun souci du terme de votre pèlerinage. Nulle part la Tamise ne présente à l'œil des bords plus riants, des scènes plus pastorales et un plus grand nombre de ces cottages ou chaumières anglaises qui réaliseraient si bien un vœu souvent exprimé par les amants de notre prosaïque civilisation, à qui la vie champêtre ne saurait convenir sans une houlette dorée, ou, en d'autres termes, sans cinquante bonnes mille livres de rente.

C'est à Twickenham, c'est dans cet Éden d'allées sablées, de tonnelles de verdure et de grottes artiQcielles, 5ue le célèbre Horace Walpole, artiste et poëte grand seigneur, avait choisi sa résidence d'été; c'était là qu'il ivait meublé à sa fantaisie cette jolie bonbonnière archiecturale, appelée en anglais le Château de la colline des raises (Strawberry-Hill), où l'on admire encore sa belle alerie de tableaux, sa riche bibliothèque et la presse à )ras qui gémissait, sans brevet d'imprimeur ni privilège u roi, pour cinq ou six bibUophiles favorisés, amis du loble amateur *.

La Grande-Bretagne a eu, depuis Horace Walpole, oute une succession de grands seigneurs artistes et lommes de lettres comme lui; mais tous ont reconnu h; hâteau de Strawberry-Hill pour leur type. Lord Byron, ui se piquait d'être de son école, a défendu chaude-

1 Depuis 1834 , tous les trésors littéraires et tous les colifichets ar- ^logiques d'Horace Walpole ont été vendus aux enchères.

ment sa mémoire, en prétendant que Walpole ne pouvait avoir d'ennemis que les auteurs sans naissance, les écrivassiers logés dans des greniers et crottés jusqu'à l'échiné; car le noble lord à qui nous devons Childe Harold et Don Juariy fort libéral en politique, était passablement aristocrate en littérature. L'auteur de Vatheck, dans la construction de son château de Fonthill- Abbey, comme dans ses romans et ses « Souvenirs de voyages, » n'est encore que l'imitateur d'Horace Wal pôle : il en est de même de Monk Lewis, auteur du Moine, et de tous les autres poètes ou romanciers anglais, morts ou vivants, chez qui l'orgueil de race ou la vanité du gentleman et du dandy l'emporte sur la glo riole d'auteur.

Quoi qu'en ait dit Byron, quand on visite Strawberry Hill , on ne peut s'empêcher dp reconnaître qu'Horacf Walpole avait plutôt le goût des petites choses que def grandes; on cherche en vain le poète dans cette minia ture gothique de sa création; dans la distribution de pièces comme dans l'ameublement, tout indique plulô l'homme d'esprit que l'homme de génie. Aussi quelle in' fluence a produite sur son siècle celui que Byron plac si haut? Aucune, ni par ses écrits, ni par sa libéralité Ce Mécène, fils de ministre, ne fut pas, il est vrai, mi nistre lui-même, mais il est douteux que son patronage^ exercé dans un cercle plus étendu que celui d'un simpl particulier, eût su commander des chefs-d'œuvre au enfants de la muse. Ses préférences étaient dictées pf le caprice bien plus que par le goût ; ses jugements n' taient rien moins que sûrs ; il comprenait mieux la fat

aisie que l'enthousiasme. Quant à sa conduite envers es artistes et les littérateurs ses contemporains, au miieu de quelques traits généreux et de quelques bonnes LCtioos, les petitesses tiennent encore trop de place dans a vie, et il n'est pas étonnant que ses détracteurs aient m y glaner une foule d'anecdotes qu'il eût été difficile à ord Byron de justifier, aurait-il entrepris une défense noins générale de son tiéros. Walpole a, d'ailleurs, un ;rand défaut en Angleterre : malheur à qui n'est pas le son pays, dirons-nous, sans vouloir recommander *ar là une nationalité étroite, et Walpole est l'auteur e moins national de la littérature anglaise. En fait de pelles manières comme en fait de poésie, il ne croyait tu'au bon goût des salons de Paris. En France, même j.ujourd'hui, il nous semble que l'ami de madame du )effant était un Anglais par trop francisé, à une époque ù l'on pouvait reprocher à la société française d'être levenue trop superficielle. Prenons garde cependant ; l faudrait bien de l'esprit pour chercher sérieusement uerelle à un homme qui en avait assez pour écrire des ettres qu'on a pu comparer à celles de Voltaire. Avant le juger trop sévèrement Horace Walpole, relisons l'alathème de Byron. Un des écrivains de \ai Revue d'Edim-

ourg faisait dernièrement une comparaison singulière ntre le talent d'Horace Walpole et le pâté de foie gras.

De même, disait ce critique d'Ecosse, que la pâte de Itrasbourg doit sa perfection à la maladie du pauvre voitile dont on est parvenu à faire artificiellement gonfler î foie contre nature, de même il n'y avait qu'une inteligence maladive et désorganisée qui pût produire des

friandises littéraires comaie les ouvrages d'Horace Wal pôle *. » Le critique qui s'exprime ainsi, sentant biei que le monde ne saurait facilement comprendre cetti définition gastronomique, l'a commentée lui-même e; dix pages, où il analyse avec plus de goût que n'en pro mettait un pareil début les contradictions de cet espr original qui, passant d'un caprice à un autre, était altei nativement un Alceste et un Philinte, un courtisan et u démocrate; qui parlait sérieusement de frivolités, ( de politique en riant, mais à qui, encore une fois, on c saurait refuser le mérite d'avoir écrit les lettres les plu amusantes et les mémoires les plus spirituels qu'on puiss citer dans la langue anglaise.

Ce qui peut paraître bizarre, au premier abord, dar les études d'un grand seigneur tel que Walpole, c'e; son amour pour les antiquités. Qu'on plaisante tantqu'o voudra sur sa manie de recueillir dans son cabinet c curiosités le peigne de Marie Stuart, le chapeau rou^ de Wolsey, la pipe de Van Tromp et l'éperon du r< Guillaume, toujours est-il que le château de Strawberr Hill a laissé des documents très-précieux pour l'histoi des beaux-arts. Ce n'est pas que, dans ses calcu d'homme insouciant, plus jaloux en apparence de coi' tenter une fantaisie que de se livrer à de laborieuses r cherches, Horace Walpole ait jamais pâli sur les viei manuscrits ou fatigué ses yeux à la lueur delà lampe s< litaire. Il ne se dissimulait pas que toute son ambitic était de populariser l'érudition par la forme, et il se Ù

Edinhurgh Rev., n» CXVII.

lit dégrossir volontiers une besogne difficile par des Tivains subalternes. Il ne craignait pas non plus de insulter les auteurs en renom qui se mettaient sous son itronage, et il se rangeait sans rougir à leur avis, loin j vouloir leur imposer le sien, lui homme du monde et )n homme de lettres, comme il affectait de le répéter luvent.

Après avoir longtemps cherché un secrétaire intelli- ;nt, Horace Walpole croyait enfin avoir sous la main lui qu'il lui fallait. Un jeune homme se proposait luiêmc, qui était dans une condition de fortune à accepter ec reconnaissance une semblable place chez un pro- :teur aussi distingué que le châtelain de Strawberry- 11. Ce jeune homme habitait la province; Horace alpole élait sur le point de lui écrire de venir le trour, lorsque la visite que lui rendirent en ce moment ux poètes qu'il voyait quelquefois dans ses salons

donna l'idée de leur soumettre le choix qu'il avait à décidé à part lui. Ces deux poètes étaient Mason et ay. Quoique doués d'une certaine indépendance dans ir système de composition, l'auteur du Jardin anglais celui de V Elégie dans un cimetière de camqagne apptenaient plutôt à l'école d'Addisson et de Pope qu'à :ole de Spencer et de Shakspeare. C'étaient à la fois 5 hommes universitaires et des beaux esprits ; aussi premier était surtout fier d'avoir reproduit dans une

gédie assez froide le chœur des anciens, et le second

isait ses odes Scandinaves en strophes et en épodes, Time celles de Pindare.

— Eh bien! dit M. Gray , qui faisait ce petit compli-

ment, sans arrière-pensée, à un auteur trop modesti pour exciter la moindre rivalité, je vous avais bienprédi que vos Anecdotes de la Peinture * auraient un succè populaire; votre roman, le Château d'Otrante, n'a pa été dévoré avec plus d'avidité par nos ladies.

— Vous oubliez, mon cher Gray, ce que j'ai dit dac la dédicace de cet ouvrage à la baronne douairièi Hervey d'Hickworlh : I am rather an editor than a author, je suis plutôt un éditeur qu'un auteur. Voti compliment regarde plutôt feu Vertue que moi; rendor' à César ce qui appartient à César. C'est bien le moir' que je fasse honneur à ce bon antiquaire de ce que ; lui dois. Je ne suis pas sûr qu'il ne m'en veuille pa dans l'Elysée des érudits, d'avoir réduit, en deux trois volumes, des manuscrits qui équivalaient à plus ( quarante in-quarto.

— Miséricorde! dit Mason, remerciez M. Vertue tai qu'il vous plaira, mais nous vous remercions à not tour d'avoir digéré aussi agréablement pour nous cet masse informe de paperasses; rudisindigestaque mok

1 Voici le titre exact de l'ouvrage cité :

Anecdotes of Painting in England

with some account of the principal artists,

and incidental notes on other arts , collected

by the late M. Georges Vertue,

And now digested and pubiished from his original Mss,

By M. Horace Walpole.

London, Dodeley, Pall-Mall. I

Georges Vertue était un graveur archéologue qui avait eu JK* principal protecteur lord Oxford, père d'Horace "Walpole. Il était m depuis quelques années quand Horace Walpole édita son Histo anecdolique de la peinture.

n'y a que vous pour rendre amusant même un cata- ?ue.

— J'admire surtout, dit Gray , le parti que l'auteur, i, s'il le préfère, l'éditeur de l'ouvrage de M. Vertue, su tirer des vieilles chartes.

— Allons, répondit Horace Walpole, vous voulez que vous félicite à mon tour, messieurs, de votre talent rajeunir nospoëtes dramatiques, n'est-ce pas, monsieur ason? ou à moderniser les poètes gallois, n'est-ce LS, monsieur Gray? Mais j'aime mieux utiliser vos luières que les étouffer sous le vide d'un compliment, enez, messieurs, que pensez-vous de ce fragment d'un eux poëme sur la peinture, qui a été découvert récement à Bristol?

En parlant ainsi, Horace Walpole montrait ce fragent manuscrit, intitulé :

THE RYSE OF PEYNETEYNE IN ENGLAND *

WROTTEN BY TH. ROWLIE, 1467, FOR MASTRE CANYNGE.

— Et de qui VOUS vient ce vieux grimoire monacal? manda Gray après l'avoir parcouru et en le passant Vf ason.

— D'un jeune homme inconnu de Bristol, qui me mble doué d'un esprit fort sagace, si le commentaire

ces vers est de lui. Voici la lettre d'envoi :

A l'honorable Horace Walpole.

« Monsieur, « Étant un peu versé dans la connaissance des anti-

quités littéraires, j'ai rencontré quelques manuscrits curieux, parmi lesquels celui que je vous envoie pourrait vous être utile dans une nouvelle édition de vos intéressantes Anecdotes de la Peinture. En corrigeant les méprises, s'il y en a, dans les notes , vous obligerez beaucoup votre très-humble serviteur.

» Thomas Chatterton. »

Corn-slreet, Bristol, mars.

— Eh bien ! qu'avez-vous répondu à ce Thomas Chatterton? demanda Gray.

— Que je recevrais avec plaisir de nouvelles communications, s'il voulait les continuer. En même temps, j'ai fait prendre des informations à Bristol sur mon jeune correspondant, car, à mon tour, je voudrais lui être utile; et justement hier j'ai reçu une lettre oiî l'on me raconte toute son histoire. La lettre est assez longue; mais, lisez, elle vous intéressera, en vous révélant ur petit prodige dans notre prosaïque Angleterre.

A l'honorable Horace Walpole.

« Monsieur,

» Je m'empresse de vous donner les détails que voui désirez sur Thomas Chatterton. Cet enfant, car il a dix sept ans à peine, est né le 20 novembre -1752. Son père qui portait le même nom et qui mourut trois mois avanii la naissance de ce fils, avait été maître d'écriture dan|i une école élémentaire, chantre dans la cathédrale d

Iristol et maître d'une école libre dans Pyle-street de otre ville. On prétend que ce brave homme avait une ertaine tendance à croire à la sorcellerie et qu'il lisait vec amour les œuvres de Cornélius Agrippa. Mais il ne ut y trouver le secret de la pierre philosophale, car il lourut encore plus pauvre que ses ancêtres, qui, depuis n siècle, remplissaient héréditairement les fonctions de acristain, dans l'église de Sainte-Marie-RedclilTe. » Je reviens à son fils, qui, à l'âge de cinq ans, fut enoyé à l'école où avait enseigné le père, mais qui fut endu à sa mère par le pédagogue, sous prétexte qu'il tait trop stupide pour pouvoir jamais profiler de ses leons. Aussi, la pauvre femme fut bien surprise lorsqu'un )ur elle le trouva en contemplation devant les capitales irnées d'un vieux manuscrit français. Elle s'en servit droitement pour lui montrer elle-même ses lettres et, refilant de son goût pour les images, elle lui enseigna Qsuite à lire dans une de ces vieilles bibles gothiques u'on trouve encore dans les familles.

» Bientôt le jeune Chatterton donna de nombreux délentis au maître d'école, qui Tavait condamné à rester upide toute sa vie. Notre évoque, en ayant ouï parler, ; recommanda au conseil municipal, qui le fit entrer à §cole gratuite de Colston, à Bristol, établissement fondé ir le plan de votre Ilôpital-du-Christ, à Londres, où les èves sont non-seulement enseignés, mais encore entreus dans la maison. Au bout de deux ans, l'écolier en vaitplus que ses maîtres, et, dans son amour pour la lence, il avait consacré ses petites épargnes à l'achat assez grand nombre délivres. Cependant, depuis

m LES POETES AMOUREUX

une année environ, sa mère a cru devoir le faire entre en apprentissage chez un procureur nommé Lambert mais il est facile de voir qu'il n'est pas à sa place.

» Le jeune Chatterton est certainement né poète; c'es par des vers qu'il a débuté, vers qui valent certainemen ceux que Pope composait au même âge. Mais Pope , r aucun de nos auteurs précoces, n'eurent jamais, comm lui, un goût beaucoup plus extraordinaire chez un er fant, celui de la science archéologique et l'intelligenc des manuscrits de ce moyen âge, où restent perdus tai de documens précieux pour l'histoire, la topographie, I( sciences et la poésie. Les découvertes faites par lui dar ce genre sont vraiment merveilleuses et ne s' explique) que par la bonne fortune qui l'a fait , en quelque sort l'héritier d'un dépôt de parchemins, légués à notre catb drale par un riche marchand de Bristol, William Canyng aux frais de qui l'édifice avait été réparé, sous le règ d'Edouard IV. Ces parchemins étaient renfermés dans \ ou plusieurs coffres négligés depuis longtemps et do les sacristains avaient fini par s'emparer, sans y avoir taché, jusqu'ici, d'autre valeur que celle de papiers rebut. C'est dans ce qui reste de ces parchemins que jeune antiquaire a découvert cette Histoire de la Viei Peinture, par le moine Rowley, qui vous a été envoyi Les pièces de vers exhumées du coffre de M. Canyn; la plupart composées par le moine Rowley, se mi lent déjà à un certain nombre. J'ai reçu moi-mên, avec reconnaissance, quelques fragments dont je com i bien me servir pour une histoire de Bristol que je p pare; car ma profession me laisse encore quelques)-

sirs, que je consacre aux lettres et à la topographie hisorique. Le jeune Chatterton ne cache pas que son am- )ition serait de se rendre à Londres, pour s'y mettre en •apport avec les érudits et y trouver quelque protecteur claire de son talent. Si j'osais donc, monsieur, joindre, ,ux détails que je suis heureux de pouvoir vous donner, ine humble recommandation, je vous dirais que votre »atronage ne saurait être mieux placé qu'en cette cironstance. J'engage mon jeune compatriote à vous enoyer quelques-unes de ses propres poésies, avec la Tralédie de Bristowe^ le Roman du Chevalier et autres ièces du moine Rowley. Votre goût éclairé jugera faciîment qu'il y a mieux qu'un copiste de vieux manuscrits ans le jeune Chatterton.

» Je suis, monsieur, votre très-honoré serviteur, » Barrett, chirurgien à Bristol. »

3 avril.

— Eh bienl qu'en pensez-vous , messieurs? dit Walole après lecture faite de cette lettre.

— Je pense, répondit Gray, que voilà un joli pendant u roman de Macpherson. Votre jeune antiquaire s'est loqué de ses compatriotes et, entre autres, de ce bon I. Barrett.

— Et de moi, par-dessus le marché, n'est-ce pas ? rerit Walpole avec un peu de dépit.

f — Ohl c'est autre chose, continua Gray; malgré votre lodestie, vous n'ôtes pas homme à vous laisser mystier par des pastiches aussi maladroits. Tenez, voilà une tpression qui n'était pas connue encore dans le treième siècle, date que lui donne notre Ossian de Bristol;

en voici une autre qui a tout juste deux cents ans d( moins que le prétendu moine Rowlcy. Avouez que vouf avez \oulu voir si Mason et moi nous tomberions dam le piège.

Mason disséqua à son tour les vers du prétendu moim de Bristol, et Walpole prit le parti de convenir, en sou riant, qu'il avait voulu tenter une épreuve.

En ce moment, le petit chien bichon, cadeau demadami du Duflant, vint sauter sur les genoux de son maître, qu ouhYm [es Anecdotes de la Peinture ei le besoin qu'il avai d'un secrétaire, pour caresser ce favori à quatre pattes Mason et Gray voulurent aussi faire accueil au bichon mais le capricieux animal leur montra les dents.

— Messieurs, dit Walpole, excusez Bijou; il vou prend peut-être pour des prêtres; et il a été élevé dan unvieuxmanchonde mon indévote amie madame du Def fant.Ohl c'est un philosophe enragé. Lors de mon passag à Amiens, pendant que je visitais la cathédrale, ne s'a visa-t-il pas de laper toute l'eau lustrale du bénitier * I

Mason et Gray rirent beaucoup de l'anecdote et firen leur paix avec Bijou, qui cessa de montrer les dents au: amis de son maître.

Le lendemain, on apporta à Strawberry-Hill ungro paquet venant de Bristol; c'était la suite des manuscrit du moine Rowley, avec une nouvelle lettre de Chattei ton, qui, confirmant celle de M. Barrett , suppliait Hc

1 Horace "Walpole avait raconté cette anecdote à miss Tlawkins, i il prétendait avoir ea grandement peur qu'on ne fût scandalisé Amiens de l'indiscrélion de son favori.

[Anecdotes of miss Hawkins.)

ce Walpole de le retirer des griffes de la chicane et de i fournir les moyens de cultiver sa passion pour la litrature.

Cette fois, la réponse du châtelain de Strawberry-Hill ressentit de la visite et de l'entretien de la veille; ilreercia plus froidement son jeune correspondant de •istol et lui démontra qu'un antiquaire comme lui n'ait pu être longtemps dupe de la mystification : Rowley avait de vieux que son orthographe. Horace Walpole nseillait donc à son jeune éditeur de renoncer à un Hier peu productif et de se créer des ressources plus res par l'étude des lois. « Un procureur, lui disait-il, , dans notre siècle, un homme plus indépendantqu'un ëte. » C'était une cruelle vérité qu'Horace Walpole [ait là, avec la connaissance et l'expérience d'unhomme I monde*.

Quelques jours après, le châtelain de Strawberry-Hill lit sur la route de Paris.

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