TROISIEME PARTIE
Postface (1858)
Si l'homme qui a résolu sa propre destruction pouvait savoir quel spectacle il laissera après lui, je ne dis pas à ses amis, mais à des curieux, à des allants et venants, à des hommes de police; s'il savait les conversations qui se tiendront pendant une douzaine d'heures auprès de lui. roide, étendu , souillé, méconnaissable, peut-être il reculerait d'horreur, ou du moins sa dernière prière serait qu'on voilât ses restes à tous les regards, surtout à ceux qui aimeraient en lui une créature élevée et faite pour passer de la vie à la mort sans déchirements de ses traits, sans dispersion de ses plus nobles parties.
(Armand Carrel, Une Mort volontaire.)
Ce n'est pas lorsque vingt et quelques années sont aues s'ajouter à celles qu'avait vécu l'auteur à l'épo- B où il écrivait l'esquisse qui précède, ce n'est pas •sque lui est dévolue la réponsabililé de père avec un ide l'âge de Chatterton, qu'il voudrait changer une M à la moralité rattachée par lui à la fin tragique de
l'infortuné poëte : aussi n'est-ce qu'une ou deux notes : suggérées par ses lectures d'hiver, qu'il ajoute ici ei ' forme de post-scriptum.
Chatterton aurait pu dire comme notre Gilbert :
Au banquet de la vie, infortuné convive,
J'apparus un jour et je meurs; Je meurs, et sur la tombe où lentement j'arrive.
Nul ne viendra verser des pleurs.
Il avait une mère et une sœur qui seraient venue pleurer sur sa tombe, si elles n'eussent désespéré de 1 découvrir. On a prétendu qu'un ami de la famille d poëte suicidé envoya son corps à Bristol, et qu'il fut s( crètement inhumé dans un des caveaux de sa cathedra bien-aimée. Un biographe, M. J. Dix, rejette cette ane dote dans ses notes sans la discuter. On a retrouvé < imprimé tout récemment l'enquête qui, selon l'usagi fut évoquée par le coroner devant un jury spécial, et qu les témoins entendus, aboutit à un verdict de « mort yi\ lontaire )) ffelo de se). En conséquence de ce .verdict, corps, qui, dans ces vieux temps que Chatterton ava] partiellement fait revivre par les vers du moine Rowle^ eût été transpercé d'un pieu et enterré au fond d'i fossé de grand chemin, fut placé dans un cercueil d'ii digent et porté au cimetière du work-house de Sho Lane. L'auteur d'une Description topographique historique de Londres^ M. Pierre Cunningham, fils d poëte de ce nom^ a consigné dans son volume la coïnc dence que les mêmes registres de la paroisse de Sain André d'FIolborn, où fut inscrit l'acte de décès, contiei nent aussi, à la date antérieure du -i 8 janvier \ 696^ l'act
baptême du malheureux poëte Richard Savage, celui it S. Johnson a écrit la touchante biographie, « lors- 3 R. Savage, remarque M. P. Cunningham, était né is la rue oii Chatterton venait de s'empoisonner, et it mort misérable dans la prison de cette ville de Bris- , où Chatterton devait naître neuf ans plus tard. » l'est ainsi que Londres et Bristol échangèrent leurs îtes, » s'écrie le professeur David Masson, à qui j'emnte ce rapprochement curieux.
il. William Howitt *, qui a cherché tous les lieux où it pu passer Chatterton pendant sa vie, nous apprend le cimetière qui reçut ses restes mortels n'existe nepluSjleterrain. vendu à la spéculation, étant devenu larché de Farringdon. Enterré comme un pauvre du rtier, le poëte devait être confondu avec ces morts 3 nom dont les ossements furent enlevés et portés on sait où. Quelqu'un dit à M. Howitt que quelques lirateui's de Chatterton avaient autrefois érigé un )e commémoratif sur la place présumée celle où il it été inhumé. Ce monument a disparu aussi dans le leversement du quartier par suite de la transforma- . du cimetière en marché.
luoique peu à peu le suicide de Chatterton finît par mvoir quelques-uns des gens de lettres et des artistes contemporains, Johnson, Goldsmith, sir Josué Rey- Is, qui l'avaient ignoré pendant sa vie, — quoiqu'une Iroverse pareille à celle des poèmes d'Ossian lui Qât cette célébrité dont il avait désespéré, il fallut
iitmes and haunts of English poels, l. I*'.
9ao LES POETES AMOUREUX
bien des années de cette controverse souvent renouvelé i bien des articles biographiques, bien des éditions de s œuvres avec préface, pour que ses compatriotes se dé i dassent à lui ériger, dans Bristol même, le monume i que je saluai, achevé à peine en -1847 : grand piédcsif pentagone du style gothique, sur lequel le poëte imbeil est représenté dans son costume d'écolier, tel qu'il;, présenta chez M. Burghum. Mais, au lieu d'une géni logie, il tient à la main gauche un manuscrit qui se ( roule et sur lequel on lit : Ella, tragédie. Sur le moi ment même est gravée l'inscription qu'il avait réclam dans son testament ironique : j