‹ Les poètes amoureuxChapitre 5 sur 31 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

L'idée première de cette esquisse me fut suggérée par deux sonnets du poëte W. L. Bowles : Mu^ton in youth {Milton dans sa jeunesse), et Milton in âge {Milton dans son âge avancé); mais je dois dire que j'avais conçu le tableau de cette vie poétique sur un plan plus large que celui que j'ai définitivement adopté ici. Je me suis aperçu trop tard qu'il m'eût fallu faire un volume

au lieu de cent pages, et une histoire au lieu d'un conte. J'avais rêvé un portrait, je n'ai fait qu'un profil, tout en conservant quelques accessoires un peu trop étendus, je le crains, pour les proportions réduites du cadre. La critique raisonnée de ce prodigieux génie, assez mal jugé parce qu'il n'a jamais été étudié que sous une de ses I ormes multiples, n'est pas une tâche légère. Quant à sa vie proprement dite, on a singulièrement abusé de quelques anecdotes plus ou moins exactes *.

Je n'avais pas terminé la seconde partie de cet essai un peu poétique, mais aussi vrai qu'une fiction peut l'être, lorsque je lus une suite de fragments en vers intitulés MiLTON, par le spirituel auteur de la Famille Caxton. Quoique sir E. Bulwer Lytton y ait évoqué Milton et Léonora dans une espèce de nuage fantastique, il m'a forcé de modifier ma conclusion, que j'avais d'abord imaginée dans le sens de la sienne. Comme lui je faisais ^enir Léonora en Angleterre lorsque le Paradis perdu était publié : pour éviter une ressemblance fortuite, j'ai préféré naturellement placer ce voyage dans la première année de la restauration. Mais il ne faut pas croire que j'aie exagéré la renommée du poëte avant son grand ouvrage. Ce n'était pas seulement pour celle que l'amour rendait solidaire de sa gloire que l'auteur de Comus était déjà autre chose que le scribe latin de Crom\sell, comme il n'est pas vrai non plus que, plus tard, le Paradis PERDU soit resté oublié chez le libraire.

1 Dans un do ses éloquents essais biographiques et littéraires, lord Macaulay a surtout apprécié la politique de Miilon. Je lui dois la comparaison entre la Liberté et la fée Manto.

Sir Buhver Lytton a fait revenir encore Léonora après la mort de Millon pour atlacher une gnirlande à son tombeau : voici cette conclusion, où, comme dans les autres fragments, le titre seul de l'ensemble donne la clef des pronoms, il et elle.

« Sous le sanctuaire d'une église on avait déposé les » restes mortels d'un grand homme, — et lorsque la foule » se fut éloignée, une femme âgée, vêtue de deuil, resta » pour pleurer près du marbre sacré. Personne ne savait r> ni son nom ni son pays; sa voix était douce avec l'ac- )) cent mélodieux d'une langue étrangère ; trois fois on la H vit penchée au même lieu, trois fois ses guirlandes re- » nouvelées furent suspendues sur le tombeuu. Le qua- » trième jour elle ne vint pas, et les fleurs se flétrnent en » perdant leur parfum odorant : si je ne me trompe, ce >) jour-là une âme qui avait aimé jusqu'à la mort avait » quitté ce monde *. »

1 Un poëte anglais, mort jeune en laissant quelques ouvrages où il y a du talent. M. O'Neel, a compose aussi un conte en prose sur le voyage de Milton en Italie. Autant que je puis m'en souvenir, il rend le poète jaloux, et donne à Léonora un frère qui veut le poignarder, etc. M. O'Neel a été quelquefois mieux inspiré.

« That back of thine may bcar !ts bnrden The Deformed transformed. y

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