POÈTES
Tant de victuailles, ça cube, Ou ça Kiibe (exiger le K), Et son intestin, pauvre tube, Dès l'enfance s'intoxiqua.
En ce séjour pour le bacille La vie est clémente et facile ; Il folâtre du haut en bas, Et ses compagnes préférées, Les Syncopes, les Diarrhées, Prennent "avec lui leurs ébats.
( ) Salmonelloses mutines Oui chez l'ennemi sévissez, ])oublant ses luttes intestines.
Vous ne sévissez pas assez !
Oue vomissements et coliques De ces goinfres mélancoliques S'enq:)arent triomphiUement ; Lancez dans les bières suries Vos régiments de bactéries Pour avoir leur rein allemand !...
Hugues Delorme.
{Pour le Roi de Prusse..., un vol. en préparation.)
HUGUES DELORME 5l
Sabres japonais
Sur tout ce qui nous vient d'Asie Il ne faut pas qu'on s'extasie.
Cependant, Français, reconnais (Car le nier serait sottise) Que ton siir instinct sympathise Avec le peuple japonais.
D'où ce sentiment peut-il uaitre ?
Toujours est-il qu'il parle en maître Et qu'à nos désirs il répond...
Saus explication plus ample, Nous admirons tous, par exemple, Les fameux sabres du Japon.
Leurs lames fortes, bien trempées, Egalent toutes les épées.
Bravent les meilleurs yatagans ; Et, sur la poignée et la garde.
L'œil surpris et charmé regarde Mille détails extravagants :
Dans l'ornement de chaque sabre, Rien de cruel ni de macabre ; Objets uniques sous les cieux.
Ils n'évoquent point de massacres.
Les ivoires avec les nacres S'y mêlent aux ors précieux ;
Sur la laque ou sur le bois fruste Maiut bijou délicat s'incruste.
Oiseaux," papillons, fleurs des champs Alternant leurs grâces légères Font des bibelots d'étagères De ces glaives aux durs tranchants...
Artiste et guerrier tout ensemble, Ce peuple lointain nous ressemble : Si son nom est chez nous fêté.
Et si pour nous son cœur exulte, C'est que l'on a le même culte De l'Honneur et de la Beauté !...
Hugues Delorme.
(jCe Petit Journal.)
GEORGES DOCQUOIS 5^
La Bon ff et te
Ah ! non, certes, du sans-patrie Nul ne fait plus l'afFreux métier !
Et, dans notre France chérie.
Chaque Français est cocardier !
Lorsque le coq du cloclier bouge Au souffle d'un vent menaçant, Un petit chiffon bleu, blanc, rouge.
Sur notre poitrine descend.
Ce chiffon, rond comme une rose.
Et, comme un papillon, léger, Soudain sur notre cœur se pose ; Et nul ne l'en peut déloger !
Regarde à mon habit, regarde, Mon frère ! Et puis regarde au tien ! Ce chiffon, c'est une cocarde, Notre cocarde, citoyen !
Je le fixe à ma boutonnière, Ce chiffon-là, trois fois sacré ; Et jusqu'à mon heure dernière, Simplement, je l'y garderai !
54 GEORGES DOCQUOIS
Oue d'autres, qui devraient se taire, S'en aillent crier, en tout lieu :
« Mon pays, c'est toute la terre ! »
C'est leur affaire, niaugrebleu !
Pour moi, cette boulTette ronde Me fait songer, à tout moment.
Que mon pays n'est pas le monde, Mais ])ien la France, seulement !
Et qu'à toute heure on me brocarde Et qu'on me traite de chauvin- Pour oser montrer ma cocarde, Je le déclare, c'est en vain !
Car je serais un piteux homme, Si je ne savais, par malheur.
Qu'une cocarde, c'est, en somme, Le drapeau qui s'arrange en fleur !
Georges DocQuois.
{Le Rire Rouge.)
GEORGES BOCQUOIS
Le Corbeau de Potsdam
— Mein Gott! comme ça sent mauvais, A présent, partout où je vais.
Dit Guillaume, en mon Allemagne !
Bien que je vive en camp volant Ces temps-ci, ce sale relent En tous lieux, toujours, m'accompagne !
D'où vient, mais d'où vient cette horreur ?
— De moi, de moi, mou Empereur !
Dit une voix rauque dans l'ombre...
Et Guillaume ouït le bruit sec D'un méchant claquement de bec. Et, soudain, vit un oiseau sombre
Perché sur le dos d'un fauteuil.
Et cet oiseau vêtu de deuil N'était rien qu'un corbeau vulgaire.
« Ah ! dit Guillaume, c'est donc toi ? J'aurais dû m'en douter, ma foi !
Eh bien ! que dis-tu de la guerre ? »
Le corbeau dit : — Rien de nouveau,
Si ce n'est que, pour un corbeau,
C'est assez agréable, en somme.
En guerre, un corbeau, c'est certain.
Se trouve sans trêve au festin;
Et rien n'est meilleur que de l'homme !
56 GEORGES DOCQUOIS
— Oui, surtout quand c'est de i'Auglais ! Dit, lors, Guillaume ; et je me plais
A croire que tu fis bombance Et grand'chère de cette chair Ferme, blonde et rose, mon clier !
Ce doit être un régal, je pense ?
— Tu penses mal dessus ce point, Sache-le ; je n'en mangeai point.
Dit le corbeau, se lustrant l'aile.
L'Anglais, il s'en faut de beaucoup, Ne saurait être de mon goût,
Car il sent trop bon le pale-ale.
— C'est donc de Belge, mon lascar, Que tu te gavas? — Oh ! non, car (Et pardonne si je t'assène
Sans ménagement. Majesté,
Cette écrasante vérité)
La viande de Belge est trop saine.
— Dans ce cas, reprit le César, Est-ce de Serbe, par hasard.
Que tu t'engraissas, misérable P
Le corbeau dit : — Mon Empereur, Je n'ai point commis cette erreur :
Le Serbe n'est pas digérable.
— Soit ! De ton menu de gala Tu proscrivis ces trois plats-là ; Et tu voudrais donc que je crusse Que tu ne t'es, tout cet été
Et cet automne, alimenté
Que de Russe, rien que de Russe?
GEORGES DOCQUOIS 5^
— Non, répondit le sombre oiseau, Le Russe est un trop gros morceau, Qu'on n'avale point sans dommage.
Or, j'ai le gosier très étroit.
Et puis c'est un manger trop froid.
Non, je ne suis pas russophage.
Guillaume, rageant à l'excès.
Cria : — C'est donc chez le Français
Que tu trouvas ton réfectoire ?
Le corbeau dit : — Non, ce guerrier,
Mort ou vivant, sent le laurier ;
¥a je n'aime point la victoire.
— Ah çà! hurla Guillaxmie, ah çà!...
Mais le corbeau lui croassa :
— Va, va, ne te mets pas en peine :
J'ai mangé, là, tout bonnement, Tout simplement, de l'Allemand.
Voilà, pour un corbeau, l'aubaine !
J'en ai mangé selon mon vœu ; J'en ai mangé (ça n'est pas peu) Autant qu'on a pu t'en occire !
— Ah ! fit Guillaume. Et maintenant ?
Alors, le corbeau, ricanant.
Dit : — Maintenant, je t'attends, Sire !
Georges Docquois.
(Fantasio.)
f)S AUGUSTE DORCH.\IN
Noël au Camp