EUGENE LEMERCIER
Le Lion du Beffroi
Depuis des siècles, immobile Au faîte, dominant les toits Du beffroi de l'Hôtel de Ville, S'érigeait le lion d'Artois.
Le soleil dorait sa crinière, Dès qu'il rayonnait au^^levant ; Il avait l'azur pour tanière Et bravait l'orage et le vent.
Toute la ville en était fière.
Du savant au petit bourgeois ; On venait de la France entière Pour voir le lion arrageois Sur son piédestal de dentelle Sculpté jadis avec amour Et dont la finesse était telle Ou'il semblait un clocher à jour.
Mais la guerre au sombre carnage De la ville fit un enfer ; Sur les maisons du voisinage Ce fut un déluge de fer.
Quand le calme sembla renaître, Remplis de détresse et d'effroi.
Les Arrageois dirent : « Peut-être Epargneront-ils le beffroi ? »