‹ Les poètes de la guerreChapitre 32 sur 54 · MAURICE LE VAILLANT · texte numérisé non relu

MAURICE LE VAILLANT

La Lettre

Elle n'est trop souvent qu'une carte postale Où la pluie a brouillé les traces du crayon ; Une étoile de boue y mit un noir rayon ; L'écriture est fantasque, et la marge inégale :

« Rassurez- vous... Toujours présent au bataillon... Je vais bien... Tout va bien... Je suis joyeux et sale ; Je crie à plein gosier quand du Boche détale, Et dors comme un lapin dans le creux d'un sillon... »

On déchiffre en tremblant, l'œil brumeux, le cœur ivre. Cette page échappée au plus glorieux livre A travers l'ouragan de la flamme et du fer ;

On la baise ; on lui rit ; on penche son oreiUe Vers les échos puissants qu'elle apporte, pareille A la conque où survit la fureur de la mer.

Maurice Levaillant.

{Le Figaro, 31 octobre lyi-J.)

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