MAURICE LE VAILLANT
La Lettre
Elle n'est trop souvent qu'une carte postale Où la pluie a brouillé les traces du crayon ; Une étoile de boue y mit un noir rayon ; L'écriture est fantasque, et la marge inégale :
« Rassurez- vous... Toujours présent au bataillon... Je vais bien... Tout va bien... Je suis joyeux et sale ; Je crie à plein gosier quand du Boche détale, Et dors comme un lapin dans le creux d'un sillon... »
On déchiffre en tremblant, l'œil brumeux, le cœur ivre. Cette page échappée au plus glorieux livre A travers l'ouragan de la flamme et du fer ;
On la baise ; on lui rit ; on penche son oreiUe Vers les échos puissants qu'elle apporte, pareille A la conque où survit la fureur de la mer.
Maurice Levaillant.
{Le Figaro, 31 octobre lyi-J.)