VERS INÉDITS
Ce Teuton pilla dans trois villes Et fut ivre en deux ports de mer.
Ce sont prouesses fort civiles :
Qu'on lui donne la Croix de Fer !
Cet autre abattit quatre femmes Armé de son seul revolver.
O Panthéon, tu le réclames !...
Qu'on lui donne la Croix de Fer !
Celui-ci brûla cinq églises Où ne put entrer le Kaiser.
Doux héros ! Tu t'immortalises...
Qu'on lui donne la Croix de Fer !
Celui-là fit sauter six crèches :
Trois cents poupons, jambes en l'air !
Charmants effluves de chairs fraîches.
Qu'on lui donne la Croix de Fer !
Ce roux a grillé sept hospices.
En fit-il autant, leur Kléber ?
Nous lui vouerons des frontispices. Qu'on lui donne la Croix^de Fer !
JEAN RAMEAU lOg
Ce blond, d'un vitriol honnête Seringua neuf turcos, hier.
Par trop vieux jeu, leur baïonnette Qu'on lui donne la Croix de Fer !
O croix lourde, croix allemande.
Moins du Christ que de Barrabas, L'univers pensif se demande Pourquoi Mandrin ne t'avait pas !
Ce joujou de fer gris est drôle Et ne fait pas mal au côté.
Mais, rouge et gravé sur l'épaule.
Ce serait beaucoup mieux porté.
Jean Rameau.
JACQUES REDELSPERGER
Au " ^5
Salut! gaillard saus peur et sans reproches,
Ta voix à la rumeur d'airain Fait se courber là-bas les caboches des Boches.; Et le vol des corbeaux va repasser le Rhin. C'est toi qui vas clouer dans le fond des tranchées
Les brigades effarouchées
Oui, prudemment, s'y sont cachées,
Creusant ainsi, dans leur frayeur, La tombe où tu leur sers bientôt de fossoyeur ; Et tu poursuis ton œuvre humblement et sans faste c( Patrie » est le seul mot gravé sur ton blason ; r)ue le bois soit épais, que la plaine soit vaste. Ton regardvigilant survole l'horizon ;
Tu te tiens sans cesse aux écoutes, Tel un pâtre attentif à détourner les loups l3cs flancs de son troupeau, tu mets un soin jaloux
A déblayer toutes les routes,
Car ta petite âme a compris Que les joyeux soldats qu'on t'a dit de défendi'e
Ne doivent pas être surpris.
Pour que, victorieux, tu puisses nous les rendfe.
Aussi quand ils vont de l'avant
C'est que ta voix qui vibre
Leur chante dans le vent :
«X Allez! mes gars! la route est libre! »
JACQUES REDELSPERGER
Alors c'est la ruée effroyable, sans nom,
La trombe, l'avalanche folle.
Car ils savent fort bien que leur petit canon Leur a tenu, leur tient et leur tiendra parole ; Ils savent que c'est toi le vrai dieu des combats,
Et que dans cette chasse aux fauves,
Sur le terrain où tu t'abats,
Ce sont tes petits que tu sauves.
Le sol d'où ton bronze a surgi
Frémit, joyeux, lorsque tu grondes, .
Car le sang dont tu l'as rougi Nous promet les moissons plus denses et plus blondes.
Ceux qui, trop jeunes aujourd'hui,
Près de toi ne peuvent combattre.
Se diront : « C'était grâce à lui
Oue l'on luttait un contre quatre,
Ouand sa fumée, en s'envolant,
Tenait lieu de panache blanc. »
Et les anciens courbés par l'âge
Murmurent tout bas avec rage :
« Si nous avions eu ce copain, Jadis, à nos côtés, dans les plaines d'Alsace, Nos enfants aujourd'hui ne feraient pas la chasse Aux hordes de Guillaume et de son galopin ! »
Eh bien ! petit canon qui n'es plus une chose, Mais un être agissant, digne d'apothéose.
Quand à force de parler haut
Ta voix imposera silence
Au croassement du corbeau.
Comme c'est toi, sur le plateaUj
JACQUES REDELSPERGER
Qui feras pencher la balance ;
Comme l'univers à jamais
Te devra l'éternelle paix
Et la France un nouveau prestige, Il faudra que sous l'Arc de Triomphe on t'érige
Un piédestal en marbre de Paros, Où, coulé tout en or, d'un or sans alliage,
Tu dresseras ta grande image
Dans cette armure de héros !
Jacques Redelsperger.
(Extrait des Etapes de la Gloire, vol. en préparation.)
De l'Orient,,, à F Accident
La guerre sainte est déclarée :
Le Turc, en tout temps, en tout lieu, Fait serment — jusqu'à la curée — De mourir pour Guillaume-Dieu.
Cet ogre affamé qui désire Avoir le monde pour festin A pris le croissant de l'Hégire Pour son chocolat du matin.
Cette Majesté sans pareille.
Turcs, en levant le drapeau vert.
Vous a mis la Prusse à l'oreille.
Hélas ! . . . Et la tête à l'Enver !
Mais au jeu de la guerre il triche, Cet Empereur des possédés ; Il faut un estomac d'Autriche Pour digérer ses procédés.
Sa botte (à revers), péremptoire, Force François-Joseph mourant...
Et ce pauvre Perd la Victoire Doit la lécher jusqu'au tyran.