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LES PIERRES PRÉCIEUSES

L'AMETHYSTE

C'estoit au même jour que les folles Ménades, Et le troupeau sacré des errantes Thyades, Alloient criant, hurlant, dodinant et croUant, Leur visage masqué, de serpents tout grouillant, Le javelot au poing entouré de lierre, Bouffonnant, bondissant, et trépignant la terre Sans ordre, pesle-mesle, au son du tabourin, Sous le bruit esclatant des cornes à bouquin. Trop pleine de ce dieu la brigade chancelle, Fourvoyant çà et là de pieds et de cervelle, De rage espoinçonnée errante par les bois. La terre gemissoit de leurs confus abois, La lumière des yeux se bouchoit retenue Sous la brune espaisseur d'une poudreuse nue Les oiseaux estourdis, les entendant hurler. Quittèrent aussi tost les campagnes de l'ser.

L'une portoit en main une lance estoffée De lierre ondoyant, où pendoyent pour trophée Les despouilles d'un bouc : l'autre pleine du dieu Qui la pousse en fureur, sur le fer d'un espieu Secouait embroché, victime de la feste.

D'un porc gaste-raisin le cimier et la teste : L'autre portoit d'un fan tavelé sur la peau Les cornichons poinctus, comme un croissant nouveau L'autre sur une fourche aux deux poinctes guerrières La hure dun sanglier aux défenses meurdrières : De figues et de fleurs l'autre avec le coffin Branloit au ventre creux un vase plein de vin.

Quand ce dieu recherchant, ô divines merveilles ! Les secrets croupissans au fond de ses corbeilles,

Trouve que le destin cruel ne vouloit pas Qu'il jouist bienheureux des allechans appas D'Améthyste la belle, ayant pour ennemie Diane au chaste sein, le secours de s'amie, Et les astres aussi ; alors tout esperdu Et rempli de fureur : « C'est par trop attendu. Dit-il, sus, sus avant, Evantes, qu'on attelle Mon char au timon d'or : l'ordonnance cruelle Du ciel ne fera pas que je n'entre en fureur. Sur un dieu ne peut rien la force ny la peur. »

D'un pied prompt et léger ces folles Bassarides Environnent le char ; l'une se pend aux brides Des onces mouchetez d'estoiles sur le dos, Onces à l'œil subtil, au pied souple et dispos, Au mufle hérissé de deux longues moustaches ; L'autre met dextrement les tigres aux attaches Tisonnez sur la peau, les couple deux à deux : Ils ronflent de colère et vont rouillant les yeux. Un fin drap d'or frisé, semé de perles fines, Les couvre jusqu'au flanc, les houpes à crespines Flottent sur le genou : plus humbles devenus, On agence leur queue en tortillons menus.

D'or fin est le branquar, d'or la jante et la roue Et d'yvoire indien est la pouppe et la proue : L'une soustient le char, l'autre dans le moyeu Des rouleaux accouplez met les bouts de l'essieu, Puis tirant la surpente allègrement habile, Arreste les anneaux d'une longue cheville Dans les trous du branquar : le dessus est couvert De lierre menu et de ce pampre verd Où pendent à l'envy les grappes empourprées Sous les tapis rameux des feuillades pamprées.

Ce dieu monte en son char, les tigres vont d'avant, Qui sans piquer voloyent plus légers que le vent. Sous leurs pieds ergotez d'une griffe meurdrière Faisoyent voler menu la bruyante poussière, D'un mufle entrefendu remaschant, polissant L'or fin entre leurs dents, d'escume blanchissant : Jointes à ses costez ces folastres Evantes Le suivoyent au galop, hurlantes et courantes...

RE M Y BELLE AU

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