‹ Les poètes de la PléiadeChapitre 24 sur 48 · A LA REINE DE NAVARRE · texte numérisé non relu

A LA REINE DE NAVARRE

Je veux de main industrieuse Sur les bords de l'onde fameuse Choisir une perle de prix, Une perlette dont la gloire Sur les colonnes de mémoire Immortelle emporte le prix.

Perle dont jamais ne ternisse, Ne s'enfume et ne se jaunisse Le lustre argenté de son eau, Et que la force violente Du temps à la pince mordante N'offense et n'entame la peau.

Belle et gentille créature.

Rare merveille de nature, Thresor qu'on ne peut estimer, Plus précieux qu'on ne veit oncques Prisonnier au fond de deux conques Sur le sablon de l'Inde mer.

Divine et céleste semence, Qui tient sa première naissance Du ciel et des astres voisins, Empruntant du sein de l'Aurore Son beau teint, quand elle colore Le matin de ses doigts rosins...

Perle que jamais ne s'efface Le lustre argenté de sa face, Et que l'on ne destrempe pas Ainsi que la perle indienne Que la prodigue Egyptienne Gourmanda seule en un repas.

Or va doncques, perle d'eslite, Va trouver ccste Marguerite, Des beautez la perle et la fleur, Et fais tant que tu trouves place A son oreille, ou sur sa face, Afin de gaigner sa faveur.

Si tu l'as, perlette mignonne, Ce faucheur ailé qui moissonne Tout cela qui vit dessous l'aer Ne sçauroit offenser la grâce Des chastes honneurs de ta face, Ny le teint qui te fait aimer.

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