‹ Les poètes de la PléiadeChapitre 25 sur 48 · L'AGATHE · texte numérisé non relu

L'AGATHE

Les Heures, filles immortelles

Du Soleil, compagnes fidèles

Du Temps, trepignoyent à l'entour

De la couchette ensafranée

De la belle Aube, encourtinée

D'un pourpre où couvoit le beau Jour

Lorsque la royne de Cythères, Du bord de ses lentes paupières Secouant la sorcière humeur Du sommeil, s'éveille, et ses filles En pied se vestirent gentilles, Prestes pour servir sa grandeur.

La Beauté pleine d'allégresse, Dame d'honneur de la princesse, S'approche, et de sa blanche main Luy fait caresse, la mignote, Luy baille sa chemise où flotte L'yvoire blanc de son beau sein :

REM Y BELLE AU

La vest d'une cotte pourprée De mille fleurons diaprée, Teinte de cent et cent couleurs, Ainsi que les verdes prairies Au printemps se monstrcnt flories Sous un bigarrement de fleurs.

Cent petits Cupidons à l'heure A l'entour de sa chevelure Branloyent leurs ailerons mollets, Et les bouchettes zephyrines Frisottoyent ses blondes crespine€ En cent tortillons annelets.

Les Grâces de leurs mains d'albastre Semoyent sa perruque folastre De gros rubis estincelans, Et paroissoit sa teste belle Comme une nuit qui estincelle Au rayon des astres brillans.

Là se trouvent les mignardises, Les attraits, les ris, les surprises, Les ruses de son fils Amour, Les plaisirs, les douces malices, Les souspirs, les pleurs, les délices, Suite ordinaire de sa cour.

Ce jour la déesse Cyprine Alloit visiter sa cousine La fille du grand Océan, Thétis, esperdument esprise De la jeunesse bien apprise Du grand Thessale Peléan.

Si tost que Venus la dorée Arrive richement parée Au palais de sa déité.

Les Naiades, les Phorcydes Honorent de baisers humides Les lèvres de sa majesté.

L'une, de ses mains yvoirines, D'un gros carquan de perles fines Couronne l'honneur de son front ; L'autre sur la peau délicate De son beau teint pend une agathe, Qui portoit figure d'un rond.

Rare chef-d'œuvre de nature.

Qui sans art, burin ny sculpture, Y grava le cheval volant, Qui sur la croupe tant connue Ouvrit de sa pince cornue La source du ruisseau parlant :

Où s'eslevoit à double poincte D'Helicon la montagne sainte, Et les brigades des neuf Sœurs, De Jupiter race immortelle, Qui ceint de la branche pucelle Le docte front des bons sonneurs.

Chacune portant en la dextre L'instrument dont elle est adextre, La trompette à l'esclatant son, Les chalumeaux et la musette, La harpe, le lut, l'espinettc, La guiterre et le violon.

Plus haut le dieu aux blondes tresses, Qui sur ces filles chanteresses Retient l'empire souverain, Portoit sa perruque enlacée De laurier, et l'aube plissée.

Sa lyre et l'archet en la main.

Venus, admirant la merveille De ceste agathe nonpareille, La monstre à la troupe des dieux.

Qui de vertus et grâces belles, Outre ses beautez naturelles La douèrent à qui mieux mieux.

REM Y BELLE AU

L'un voulut qu'on veist en sa glace Vivement empreinte la face D'hommes et d'animaux divers, La terre, le ciel, les estoiles, La mer grosse de vents et voiles, Monts, rochers, fleuves et bois verds.

* Je veux, dit le facond Mercure, Que le porteur qui prendra cure De la tenir dedans son sein, Ait la langue prompte et diserte.

L'œil bon, et trafique sans perte Suivant le fil de son dessein...

« Je veux, dit Bacchus le bon père, Que dans la bouche eUe modère La soif ardente du fiévreux. »

Pallas à celuy qui la porte Donne grâce et prudence accorte, Venus le souhait amoureux...

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