‹ Les poètes de la PléiadeChapitre 26 sur 48 · LA COUPE DE CRYSTAL · texte numérisé non relu

LA COUPE DE CRYSTAL

Chante qui voudra les faveurs, Les mignardises, les douceurs.

Les soupirs, les plaintes cruelles, Les pleurs et les soucis mordans.

Les charmes et les traits ardans.

De l'Amour les troupes fidelles.

Enfle sous l'ombre des ormeaux Qui voudra les tendres rouseaux, Ou de Mars les fières batailles, Ou chante les flammes de l'aer, Ou les peuples qui dans la mer S'arment de conques et d'escailles.

Quant à moy je ne chanteray Et rien plus je ne vanteray Que ceste coupe crystalline, Qui pleine de la douce humeur Du dieu qui nous met en fureur Me va rechauffant la poitrine.

Les vases d'or ne me font rien, Ny le bronze corinthien, Ny tous les émaux de Fagence :

J'aime trop mieux dedans la main Voir jusqu'aux bords ce verre plein, Que tous les sceptres de la France.

C'est toy donc qui rends adouci L'aigre fiel de nostre souci ; C'est toy qui romps et qui délie' Par un secret enchantement Le fil courant de nostre vie.

C'est toy, c'est toy, crystal gentil, Qui plein d'air fumeux et subtil Nous mets, resveurs, en allégresse :

Toy qui nous plantes sur le front Les cornes qui braves nous font, Quelque pauvreté qui nous presse.

Le lustre du vin est si beau

Sur la glace de ce vaisseau.

L'un et l'autre honneur de la terre, Qu'œiliadant ce vineux esprit Ondoyant, vous diriez qu'il rit Dedans le crystal qui l'enserre.

RE M Y BELLE AU

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