LA PIERRE AQUEUSE
C'estoit une belle brune Filant au clair de la lune, Qui laissa choir son fuzeau Sur le bord d'une fontaine :
Mais courant après sa laine Plonge la teste dans l'eau,
Et se noya la pauvrette :
Car à sa voix trop foiblette Nul son desastre sentit, Puis assez loin ses compagnes Parmi les verdes campagnes Gardoyent leur troupeau petit.
Ha ! trop cruelle adventure !
Ha ! mort trop fière et trop dure !
Et trop cruel le flambeau,
Sacré pour son hymenée.
Qui l'attendant l'a menée.
Au lieu du lit, au tombeau.
Et vous, nymphes fontainières, Trop ingrates et trop fières, Qui ne vinstes au secours De ceste jeune bergère.
Qui faisant la mesnagère Noya le fil de ses jours.
Mais en souvenance bonne De la bergère mignonne, Esmeus de pitié, les dieux En ces pierres blanchissantes De larmes tousjours coulantes Changent l'émail de ses yeux...
Va, pleureuse, et te souvienne Du sang de la playe mienne Qui coule et coule sans fin, Et des plaintes espandues Que je pousse dans les nues Pour adoucir mon destin.