‹ Les poètes de la PléiadeChapitre 31 sur 48 · AU SEIGNEUR NICOLAS · texte numérisé non relu

AU SEIGNEUR NICOLAS

Estant au frais de l'ombrage De cest ormeau refrisé Sur les plis de son feuillage, D'un beau cep favorisé, D'un beau cep qui l'entortille, Et qui de grâce gentille A son tige éternisé :

REM Y BELLE AU

Et, prenant l'haleine douce D'un doux zephir voletant, Qui de mignarde secousse Un doux souspir va soufflant, Je suis contraint en eschange De te changer la louange De cest Ombre tremblotant.

Ombre gentil, qui modères Sous une fresche douceur Les plus ardantes colères Du ciel, estant en chaleur, Et les plus chaudes haleines Que reçoivent point les plaines Du soleil en son ardeur.

D'une couleur ombrageuse,

Tu contrefais le portrait

Que la main industrieuse

De la Nature portrait ;

Tu contrefais en nuage,

De tout aparant visage.

D'un noir brun, le premier trait.

C'est toy qui retiens en bride Des heures le glissant pas. Et l'inconstance du vuyde Qui mesures au compas ; C'est toy qui brunis et voiles Le feu brillant des estoiles Qui rayonne contre bas.

C'est toy qui fais que la Lune Mené au galop ses moreaux Le long de la lisse brune, Claire de mille flambeaux ; C'est toy qui de main maistresse Pousse, avant la blonde tresse Du Soleil au fond des eaux.

C'est toy qui sur l'herbelette De ton Esté froidureux,

Entens la douce musette Et les discours amoureux Du berger à la bergère, Lors que la Chienne en colère Rend ses abois chaloureux.

Ombre frais je te salue, Je te salue, ô l'honneur De la crinière fueillûe Des bois, et de la fraîcheur, Et des antres solitaires.

Les plus loyaux secrétaires De ma plaintive langueur.

Page 1