ENEE ET LE CHŒUR DES PHÉNICIENS
ENEE
O bienheureux départ ! ô départ malheureux !
LE CHŒUR
Quel heur en ton départ ?
ENEE
L'heur que les miens attendent.
LE CHŒUR
Les Dieux nous ont faits tiens.
ENEE
Les Dieux aux miens me rendent.
LE CHŒUR
La seule impieté te chasse de ces lieux.
ENEE
La pieté destine autre siège à mes Dieux.
LE CHŒUR
Quiconques rompt la foy encourt des grans Dieux l'ire.
ENEE
De la foy des amans les Dieux ne font que rire.
LE CHŒUR
La pieté ne peut mettre la pitié bas.
ENEE
La pitié m'assaut bien, vaincre ne me peult pas.
LE CHŒUR
Par la seule pitié les durs destins s'esmeuvent.
ENEE
Ce ne sont pas destins, si fléchir ils se peuvent.
LE CHŒUR
Un règne acquis vaut mieux que l'espoir d'estre Roy.
ENEE
Non cestuy, mais un autre est destiné pour moy.
LE CHŒUR
Quel païs se rendra, sçachant ta decevance ?
ENEE
J'ay non pas au païs, ains au Ciel ma fiance.
LE CHŒUR
Que la Religion est souvent un grant fart !
ENEE
La Religion sert sans art et avec art.
LE CHŒUR
Sans la Religion vivroit une Iphigene.
ENEE
Sans elle aussi vivroit et Troye et Polvxene...
LE CHŒUR
Que d'autres meurdres, las ! elle a mis en ce rang !
ENEE
Le Ciel aussi requiert obéissance ou sang.
LE CHŒUR
Tu feras que Didon en augmente la bande.
ENEE
Ha Dieux ! ha Dieux ! tay toi : un remors me commande Bien qu'il soit sans effet, de rompre ce propos.