‹ Les poètes de la PléiadeChapitre 41 sur 48 · ENEE ET LE CHŒUR DES PHÉNICIENS · texte numérisé non relu

ENEE ET LE CHŒUR DES PHÉNICIENS

ENEE

O bienheureux départ ! ô départ malheureux !

LE CHŒUR

Quel heur en ton départ ?

ENEE

L'heur que les miens attendent.

LE CHŒUR

Les Dieux nous ont faits tiens.

ENEE

Les Dieux aux miens me rendent.

LE CHŒUR

La seule impieté te chasse de ces lieux.

ENEE

La pieté destine autre siège à mes Dieux.

LE CHŒUR

Quiconques rompt la foy encourt des grans Dieux l'ire.

ENEE

De la foy des amans les Dieux ne font que rire.

LE CHŒUR

La pieté ne peut mettre la pitié bas.

ENEE

La pitié m'assaut bien, vaincre ne me peult pas.

LE CHŒUR

Par la seule pitié les durs destins s'esmeuvent.

ENEE

Ce ne sont pas destins, si fléchir ils se peuvent.

LE CHŒUR

Un règne acquis vaut mieux que l'espoir d'estre Roy.

ENEE

Non cestuy, mais un autre est destiné pour moy.

LE CHŒUR

Quel païs se rendra, sçachant ta decevance ?

ENEE

J'ay non pas au païs, ains au Ciel ma fiance.

LE CHŒUR

Que la Religion est souvent un grant fart !

ENEE

La Religion sert sans art et avec art.

LE CHŒUR

Sans la Religion vivroit une Iphigene.

ENEE

Sans elle aussi vivroit et Troye et Polvxene...

LE CHŒUR

Que d'autres meurdres, las ! elle a mis en ce rang !

ENEE

Le Ciel aussi requiert obéissance ou sang.

LE CHŒUR

Tu feras que Didon en augmente la bande.

ENEE

Ha Dieux ! ha Dieux ! tay toi : un remors me commande Bien qu'il soit sans effet, de rompre ce propos.

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